Le Fort Caché du Méandre
Lire le chapitre 29: The Search Widens
La pluie s'était arrêtée pendant la nuit, mais les feuilles dégoulinaient encore, et chaque pas dans la mousse détrempée menaçait de trahir leur approche. Étienne s'accroupit derrière un tronc de pin tombé, les yeux fixés sur la piste qui s'ouvrait devant eux — une trouée boueuse où les empreintes de chevaux se chevauchaient dans toutes les directions, preuve que plus d'une douzaine de cavaliers étaient passés par ici au cours des dernières heures.
Nicolas le rejoignit, la main pressée contre son épaule bandée. La blessure avait viré au violet sombre sous la toile, et chaque mouvement lui tirait un plissement de paupières qu'il s'efforçait de masquer.
« Ils ne font même plus l'effort de couvrir leurs traces, dit Nicolas à voix basse. Ils veulent qu'on les suive. »
Étienne acquiesça sans détourner les yeux de la piste. C'était le défaut du capitaine — sa confiance. L'homme croyait avoir semé ses poursuivants dans l'embuscade, et son orgueil le rendait négligent. Mais autre chose le troublait. Des empreintes, plus récentes, qui s'écartaient du groupe principal pour rejoindre la trouée quelques centaines de pas plus loin.
« Un éclaireur. » Étienne désigna les traces du bout du menton. « Le capitaine a détaché un homme, il y a deux heures environ. Il a fait un aller-retour jusqu'à la route. » Il suivit des yeux la ligne des arbres. « Cette route mène à Sainte-Anne-des-Pins. »
Nicolas se redressa, le visage soudain tendu. « Le poste de ravitaillement. »
« Le poste de ravitaillement français, oui. » Étienne sortit la carte de sa poche, celle qu'il avait prise dans la fortification en ruine, et la déplia entre eux. « Tu te souviens de ce que j'ai dit du capitaine — qu'il connaissait les secrets de la place ? Il ne fuit pas. Pas vers l'Angleterre, du moins. » Il posa le doigt sur un point marqué de croix, à l'ouest de la rivière. « Sainte-Anne est sur le chemin vers le nord. Et il y a un millier de barils de poudre entreposés là, sous la garde de quarante hommes qui ne savent pas encore que la guerre a changé de visage. »
Le silence qui suivit ne fut troublé que par le cri lointain d'un geai. Nicolas regardait la carte, mais ses yeux paraissaient ailleurs.
« Tu penses qu'il va attaquer le poste ? » demanda-t-il enfin.
« Non. » Étienne replia la carte avec soin et la glissa sous sa chemise. « Il n'a pas besoin de l'attaquer. Le capitaine était l'officier de liaison pour toute cette région. Les hommes de Sainte-Anne connaissent son nom, son rang, son autorité. Il va s'y présenter avec des nouvelles — de fausses nouvelles, des ordres forgés — et ils suivront ce qu'il leur dira. Il pourrait faire détourner un convoi entier ou mettre la garnison en mouvement vers une position où les forces anglaises n'auront qu'à tendre un piège. »
Il se releva, scrutant la piste entre les troncs. « Il nous précède de deux jours, peut-être un peu moins. S'il arrive à Sainte-Anne avant nous, ce poste est perdu, et avec lui la seule ligne d'approvisionnement qui relie l'ouest à Québec. »
— Alors on augmente le pas, dit Nicolas en resserrant sa ceinture avec un coup de tête résolu.
— Pas ensemble. »
Nicolas s'immobilisa, la main suspendue sur sa boucle. « Explique-toi. »
Étienne se tourna vers son frère, et pour la première fois depuis des jours, il le regarda vraiment — la fatigue qui tirait ses pommettes, la fièvre qui commençait à alourdir ses paupières, la façon dont il se tenait le bras gauche légèrement écarté du corps pour éviter la friction du bandage.
« Ton épaule ne tiendra pas une journée complète à marche forcée, dit Étienne. Tu le sais, je le sais, et la seule personne qui ne veut pas l'admettre, c'est toi. »
Nicolas ouvrit la bouche pour protester, puis la referma. Ses doigts se crispèrent sur la boucle comme si elle seule pouvait l'ancrer.
« Le capitaine va prendre le chemin des voyageurs, celui qui longe la rivière, poursuivit Étienne. C'est le plus droit et le plus rapide, et il se croit en sécurité. Mais il y a un deuxième chemin — un portage plus ancien, celui que trappaient les Algonquins avant que les robes noires ne tracent leurs cartes. Il raccourcit la distance par trois heures de marche si on coupe à travers les marais hauts. »
Il fixa son frère, laissant le poids du choix s'installer entre eux.
« Je connais ce portage. Je l'ai parcouru une dizaine de fois avec père. » Il marqua une pause, conscient de ce que ce nom évoquait chez Nicolas, de la manière dont il n'utilisait que rarement ce mot — père, quand il parlait de l'homme qui les avait tous les deux trahis. « Toi, tu prends la piste principale. En suivant les traces du capitaine. Tu le laisses croire qu'on est à tes trousses. »
« Comme appât, dit Nicolas, la voix plate.
— Comme appât, confirma Étienne. Si tu le rattrapes — tu ne l'engages pas au combat. Pas avec cette épaule. Tu lui montres tes couleurs à distance, tu fais du bruit, tu le ralentis. Une ou deux heures de déroute, c'est tout ce qu'il me faut pour arriver au poste avant lui. »
— Et si c'est toi qui arrives après ? Si le capitaine a accéléré le pas ?
Étienne considéra la question, puis écarta les mains avec une âpreté qui n'appartenait qu'à lui. « Alors je ferai ce que tu as fait à la rivière. Je m'occuperai du capitaine seul, et je trouverai un autre moyen de sauver le poste. Mais je préfère que tu sois vivant derrière moi plutôt que mort à côté de moi. »
Le visage de Nicolas se durcit. C'était une allusion directe à l'embuscade, à la façon dont il avait laissé Élie avancer sans dire qu'il avait rencontré le capitaine plus tôt. Il resta un long moment sans répondre, puis il s'accroupit et commença à resserrer les lacets de ses mocassins.
« Il a blessé père, finit-il par dire sans lever les yeux. Explique-moi ce qu'il a fait à père. »
La question frappa Étienne plus fort qu'il ne l'aurait cru. Il regarda son frère — l'angle de ses épaules, la raideur de sa nuque — et comprit que ce n'était pas une provocation, mais une requête. Deux jours plus tôt, dans la salle poudreuse de la place, Nicolas avait entendu le capitaine se vanter d'avoir tué leur père. Il n'avait pas entendu la fin de l'histoire, celle qui avait poussé Étienne à épargner l'homme au lieu de l'achever sur place.
« Père était arrivé au fort anglais avec une lettre de change, dit lentement Étienne. Une reddition qui devait être signée avant le lever du soleil. Quand il s'est présenté à la porte, la sentinelle l'a conduit dans une salle vide où le capitaine l'attendait seul. » Il s'interrompit, les souvenirs affluant comme une eau sale qu'on remue. « Le capitaine lui a dit que sa signature vaudrait l'or du roi de France, puis il lui a mis un pistolet dans la bouche et lui a demandé de confesser ses péchés pour son âme. Père a refusé de confesser la trahison — il n'y en avait pas — alors le capitaine a tiré. »
Le visage de Nicolas semblait taillé dans la pierre. « Et toi, tu appelles cet homme notre adversaire ? C'est notre affaire de famille. C'est nous qu'il a volés, c'est notre sang qu'il a versé. »
« C'est pourquoi je préfère le prendre vivant, dit Étienne. S'il meurt avant d'avoir confessé ses autres plans, personne ne saura ce qu'il a mis en marche. Et ces plans, Nicolas, sont plus grands qu'un seul homme. Ce fort qu'il veut bâtir au nord, s'il se construit, il coupera la route du marché à tout l'ouest. Nous ne parlons pas d'une vengeance. Nous parlons d'une guerre qui peut durer dix ans. »
Nicolas se leva, ajusta la bandoulière de son mousquet. Une lueur différente passa dans ses yeux — pas la colère sourde d'une heure plus tôt, mais une détermination plus claire, qui ressemblait étrangement à celle d'Étienne.
« Je ralentirai le capitaine, dit-il. Mais quand tu l'auras entre les mains, je veux être là pour l'entendre parler. Je veux entendre comment il a pu dormir après avoir tué notre père. »
Étienne hocha la tête. C'était une promesse, et ils savaient tous les deux que c'était tout ce qu'ils pouvaient se donner sans faiblir.
Ils séparèrent la charge — Étienne prit le plus gros sac, laissant à Nicolas ses pansements propres et une gourde d'eau claire pour atténuer la fièvre encore invisible. Ils n'échangèrent plus que des gestes, des regards, cette communion muette des gens de même sang qui n'avaient plus besoin de mots.
Étienne disparut vers l'ouest, vers les marais hauts, sa silhouette se fondant dans la lumière grise entre les troncs. Nicolas attendit vingt respirations puis s'engagea sur la piste principale, suivant les traces du capitaine avec un soin rigoureux, le bras gauche pendant presque immobile contre son flanc.
Dans les arbres, à trois cents pas au nord, un homme en vert et bruns les observa partir dans des directions opposées. Il attendit qu'ils aient disparu tous les deux avant de se détacher du tronc contre lequel il était appuyé, un sourire mince sur les lèvres. Il se pencha sur la piste centrale, suivit du doigt les empreintes fraîches d'Étienne, puis son regard se porta vers l'ouest, vers ce portage ancien qu'il connaissait bien.
« On ne rattrape pas un homme en se divisant, murmura-t-il dans une langue qui n'était ni tout à fait française ni tout à fait anglaise. On le rattrape en sachant où il ira. »
Il ajusta son couteau à sa ceinture et s'engagea sur la trace d'Étienne, invisible comme une ombre parmi les ombres.
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