Le Gardien des Murailles
Lire le chapitre 14: Recovery
La lumière la frappa comme un coup. Pas la lumière du jour — celle-ci était pâle, grise, filtrée par un ciel écossais obstiné. Eilidh cligna des yeux, la paupière lourde comme si quelqu'un y avait cousu du plomb. Sa bouche avait le goût de la poussière et du fer.
La première chose qu'elle vit fut le plafond de la chambre de la maison de garde. Les poutres sombres, une fissure qu'elle avait notée dans son carnet dès le premier jour — « à consolider, urgence modérée ». Elle était chez elle. Enfin, chez elle, dans le sens où elle avait un toit au-dessus de sa tête et ses outils éparpillés quelque part dans la pièce voisine.
La seconde chose qu'elle vit fut Hamish.
Il était assis sur une chaise que quelqu'un avait dû traîner depuis la cuisine — une chaise bancale, trop petite pour lui, ses genoux remontant presque au niveau de sa poitrine. Sa mâchoire était couverte d'une barbe de trois jours, ses yeux cernés de rouge, et il tenait un verre d'eau qu'il n'avait visiblement pas bu.
— Vous êtes réveillée, dit-il. Il n'y avait pas de question dans sa voix. Juste une constatation, presque épuisée.
Eilidh essaya de parler. Sa gorge produisit un son rauque, inarticulé. Elle toussa, et la douleur lui traversa le côté comme un couteau chauffé à blanc. Sa main se posa instinctivement sur ses côtes, rencontrant un bandage serré.
— Cassées, dit Hamish, répondant à une question qu'elle n'avait pas posée. Deux. Le docteur de Kyle est venu. Avec Hamish et un infirmier de l'hôpital, ils vous ont sortie de là.
Le souvenir remonta par fragments. Le mur qu'elle avait percé. Le craquement sourd sous ses pieds. La chute — un vertige, un cri, puis le noir plein de poussière. Et avant le noir… la pierre. Une dalle de pierre gravée.
— Fenella, murmura-t-elle. Sa voix n'était qu'un fil.
Hamish se raidit. Il reposa le verre d'eau sur la table de chevet, avec une précaution excessive, comme si l'objet allait exploser.
— Elle est toujours là, dit-il. Sous les décombres. J'ai fait condamner l'accès, le temps que vous récupériez.
Il y eut un long silence. Hormis le vent contre les vitres, le monde entier semblait retenir son souffle.
— Vous êtes entré dans l'aile est, dit Eilidh, chaque mot coûtant un effort.
— Oui.
— Vous l'avez vue.
— Oui.
— Vous saviez.
Hamish se leva d'un coup, faisant grincer la chaise contre le plancher. Il alla à la fenêtre, lui tournant le dos, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. Il portait une chemise froissée, tachée de terre — les mêmes vêtements que la nuit précédente, peut-être. Il n'avait pas dormi.
— Personne ne savait, dit-il. Pas vraiment. Pas moi. Pas avant que vous ne commenciez à gratter le sol avec cette obstination qui vous caractérise. Mais mon père… Il a commencé à murer cette partie de l'aile quand j'avais douze ans. Il disait que la structure était compromise. Qu'il fallait condamner avant qu'un mur ne nous tombe dessus.
Eilidh voulut s'asseoir. Son corps protesta, et elle laissa échapper un gémissement. Hamish se retourna, fit un pas vers elle, puis s'arrêta, les mains toujours dans les poches, incapable de franchir cette distance invisible.
— Ne bougez pas, dit-il. Vous avez la tête fêlée, les côtes brisées, et une contusion qui m'a fait croire…
Il s'interrompit. Le mot resta suspendu entre eux, lourd comme une dalle.
— Quoi ? demanda Eilidh.
— Rien.
— Hamish.
Il détourna les yeux. La lumière grise faisait ressortir les fils blancs dans ses cheveux noirs, les rides autour de sa bouche. Il avait l'air plus vieux que ses années, soudain. Broyé de l'intérieur.
— J'ai cru que vous étiez morte, dit-il enfin. Quand je vous ai vue au fond de ce trou, blanche comme la pierre autour de vous, avec ce nom gravé dans le sol… J'ai cru que vous partiez, et je me suis rendu compte que je n'avais pas fini de vous parler. Que je n'avais pas commencé.
Il passa une main dans ses cheveux, geste nerveux, presque fébrile.
— Je ne voulais pas de vous ici. Je n'ai pas voulu de vous depuis la première seconde où vous avez franchi cette grille. Vous représentiez tout ce que je déteste — le changement, le bruit, l'intrusion. Une femme de Glasgow avec ses carnets et ses plans et sa certitude de savoir mieux que quiconque ce qui devait être fait de mes murs.
Eilidh garda le silence. Elle connaissait cette tirade. Elle l'avait entendue en version condensée lors de leur première rencontre, quand il l'avait presque jetée dehors avant même qu'elle ait posé ses valises.
— Mais vous avez parlé à Angus. Vous avez pris le temps de l'écouter, ce vieux fou qui aurait dû prendre sa retraite il y a vingt ans. Vous vous êtes souciée de lui. Et quand il est mort, vous êtes venue me trouver, avec vos mains tremblantes et cette expression que je ne comprenais pas. Vous pleuriez un homme que vous connaissiez depuis trois semaines. Vous pleuriez un homme que je connaissais depuis toujours, et que je n'ai pas vu mourir.
Sa voix se brisa. Il la rattrapa, reprit son souffle comme on remonte un seau d'un puits profond.
— Et puis vous avez trouvé cette porte. Cette dalle. Tout ce que mon père a passé sa vie à enterrer.
Il revint s'asseoir sur la chaise, cette fois plus près du lit. Il posa les avant-bras sur ses genoux, se pencha, et pour la première fois depuis son réveil, il la regarda vraiment. Ses yeux étaient humides, mais il ne pleurait pas. Pas encore.
— Vous m'avez demandé si je savais. C'était la mauvaise question. La bonne, c'est : est-ce que mon père savait ?
Eilidh attendit.
— Je l'ai compris en voyant cette dalle, dit Hamish. La façon dont il a muré cette section, la hâte qu'il y a mise, les ouvriers qu'il a fait venir de nuit, sans papiers, sans traces… Ce n'était pas de l'entretien. C'était une sépulture. Il enterrait quelque chose. Il enterrait quelqu'un.
— Mais pourquoi ? La voix d'Eilidh n'était qu'un souffle.
— Je ne sais pas. Je ne sais plus. Pendant des années, j'ai cru que c'était la vision d'un homme prudent, celui qui voyait la ruine partout. Mon père était hanté par Kintail. Il en parlait comme d'une malédiction, pas comme d'une maison. Il disait toujours : « On n'hérite pas de ce qui est à nous, on en est simplement les gardiens. »
Hamish se tut un instant. Le nom du titre du livre lui revint — Le Gardien des Murs. Étrange coïncidence. Ou peut-être pas.
— Il a commencé à démolir l'aile est du vivant de mon grand-père. Un conflit qui a duré des années. Mon grand-père l'appelait un vandale. Mon père, lui, disait qu'il faisait le travail que le vieil homme n'avait pas le courage de faire. Quand grand-père est mort, mon père a accéléré. Il a embauché des équipes entières. Il aurait rasé toute la section si le conseil du patrimoine n'était pas intervenu. Moi, j'étais un gamin. Je pensais qu'il voulait simplement moderniser, ou peut-être réduire les coûts d'entretien.
Il se frotta les yeux du revers de la main.
— Ce n'est qu'en voyant cette dalle, cette nuit, avec votre nom — le nom gravé, celui de Fenella — que j'ai compris. Mon père ne détruisait pas l'aile est. Il la verrouillait. Il enterrait à nouveau ce qui refusait de rester enterré.
Un frisson parcourut Eilidh, bien que l'air de la pièce fût doux. Sa main trouva celle de Hamish sans qu'elle en ait pleinement conscience. Il sursauta, puis ne la retira pas.
— Vous auriez pu me la laisser là, dit-elle. Sous terre, dans ce trou. Vous auriez pu dire que c'était un accident, qu'elle s'est aventurée où elle n'aurait pas dû.
— Ça aurait été vrai.
— Oui. Mais vous êtes venu quand même.
Le silence s'installa entre eux, plus doux cette fois. Dehors, une corneille cria, et quelque part dans la maison, un tuyau gémit. La vie qui reprenait. La vie qu'elle avait failli perdre.
Hamish semblait sur le point de parler à nouveau, mais il se contenta de serrer ses doigts, brièvement, presque timidement. Ils restèrent ainsi un long moment.
Eilidh ferma les yeux. La fatigue la submergeait à nouveau, douce et inévitable comme une marée. La douleur aux côtes pulsait, sourde et régulière. Elle sentit Hamish dégager sa main, puis remonter la couverture sur son épaule avec une maladresse touchante, comme s'il n'avait jamais bordé personne de sa vie.
Avant de sombrer dans le sommeil, quelque chose lui revint. Pas un souvenir, mais une image. L'instant avant la chute, le vertige, les débris. Elle avait entrevu, dans le noir derrière la dalle écroulée, quelque chose. Une ouverture, plus profonde encore. Une chambre. Et dans cette chambre, des contours que sa lampe avait à peine effleurés — des étagères, peut-être. Des caisses. Obscurité dense, presque solide.
Et quelque part au fond, le battement rythmique de la terre, ce pouls sourd qu'elle avait senti à travers ses semelles à chaque visite du jardin d'Angus.
Le cœur de la colline.
Ce nom lui traversa l'esprit comme une évidence — pas une découverte, mais une reconnaissance. Une chose qui avait toujours été là, sous la surface, attendant d'être retrouvée.
Elle ouvrit les yeux une dernière fois. Hamish était toujours là, penché en avant, la tête entre les mains maintenant, comme un homme en prière devant un autel auquel il ne croyait pas. En bas de la colline, la lumière semblait bouger entre les arbres, joueuse, presque vivante.
La chambre attendait. Le secret attendait. Et le compte à rebours entre les deux familles n'avait pas cessé, même à l'agonie.
Mais pour l'instant, il n'y avait que le souffle régulier de la maison, la chaleur d'une présence qui refusait de partir, et le ciel gris qui tournait lentement au-dessus de la mer.
Eilidh laissa le sommeil l'emporter.
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