Le Gardien des Murailles
Lire le chapitre 8: The Portrait Gallery
La lumière du matin filtrait à travers les hautes fenêtres de la galerie des portraits, dessinant des losanges poussiéreux sur le parquet de chêne. Eilidh s’arrêta sur le seuil, son carnet de notes serré contre sa poitrine, et laissa son regard parcourir la rangée de visages MacKinnon qui la dévisageaient depuis plusieurs siècles.
Des hommes, surtout. Des mâchoires carrées, des sourcils épais, des uniformes et des fusils de chasse. Elle compta vingt-trois tableaux, du sol au plafond, chacun encadré de bois doré ou d’argent terni. Mais c’est l’espace vide qui retint son attention — un rectangle plus clair sur le papier peint, comme une absence qui saignait encore à travers le temps.
Elle s’approcha.
Le mur, à cet endroit, avait conservé la teinte plus sombre de pigments anciens, protégés des décennies de lumière par une toile qui n’existait plus. Un crochet de fer, tordu et rouillé, dépassait encore à hauteur d’œil. On n’avait jamais retiré le support. On avait seulement arraché ce qui y pendait.
Eilidh sortit son téléphone et photographia l’empreinte fantôme, puis se tourna vers la console de bois sculpté qui longeait le mur opposé. Un registre relié de cuir rouge y était posé à plat, sa couverture estampée d’armoiries effacées par des générations de doigts. Elle l’ouvrit avec précaution, tournant les pages calligraphiées d’une encre brune qui avait viré à l’ambre.
*Inventaire des œuvres et biens de la Maison Kintail — 1820.*
Ses yeux coururent le long de la liste des portraits, notant les numéros de référence, les dimensions, les noms des artistes. Elle atteignit la fin de la section consacrée à la galerie et s’arrêta.
*N° XVII — Portrait de Dame Finella, sixième du nom. Huile sur toile, 164 × 130 cm. Artiste inconnu. Accroché dans la galerie est.*
La plume de l’inventaire avait formé les lettres avec une précision presque obsessionnelle. Finella. Le nom vibra en elle comme une corde tendue. La sixième du nom. Une lignée qui n’existait nulle part ailleurs dans les documents qu’elle avait étudiés.
Elle compta les portraits répertoriés — vingt-quatre. Puis les présents sur le mur — vingt-trois. Le compte correspondait : il manquait précisément ce tableau-là.
— Vous n’êtes pas censée être ici.
La voix de Hamish la fit sursauter. Il se tenait dans l’embrasure de la porte, une tasse de café à la main, la mâchoire serrée. Il portait une veste de tweed élimée sur un pull de laine brune, et ses bottes étaient couvertes de boue séchée.
— Je terminais l’inventaire architectural de l’aile nord, dit-elle, refermant le registre avec une lenteur délibérée. La galerie en fait partie.
— Et pourtant vous n’avez ni crayon ni niveau à la main.
Elle soutint son regard. Une semaine plus tôt, cette confrontation l’aurait fait reculer. Maintenant, après l’escalier, la porte de fer, après le troupeau de moutons dans la brume et cette seconde où leurs corps avaient failli se toucher — elle se tenait fermement.
— Il y a un tableau manquant, dit-elle. Le portrait de Dame Finella.
Hamish ne broncha pas. Seule sa main se resserra sur la tasse, les jointures blanchissant à peine.
— Il a été détruit.
— Dans un incendie ?
— Je croyais vous avoir dit de ne pas toucher à l’aile est.
— C’est la galerie nord.
— C’est la même pierre, le même sang.
Il fit deux pas dans la pièce, et l’air sembla se raréfier. Eilidh tint bon, le registre toujours ouvert derrière elle.
— Quand ?
— Avant ma naissance. Un accident. La toile a brûlé.
— Et le crochet, dit-elle en désignant le mur vide, il est resté là. On ne l’a jamais retiré. On ne l’a jamais remplacé.
Hamish regarda le rectangle de papier peint décoloré comme s’il le voyait pour la première fois.
— Ma mère disait qu’il était de mauvais augure. Que les morts se souviennent de ceux qui les effacent.
— Votre mère, dit Eilidh doucement, elle l’avait vu ? Le portrait ?
Le silence s’étira.
— Elle disait que cette femme avait les yeux des MacKinnon. Les mêmes yeux que moi. Qu’elle avait tenu le domaine avant nous, quand les femmes dirigeaient les collines. Et puis la famille l’a effacée. Le tableau est parti en fumée, et son nom a disparu des registres après 1820. Mais la légende, elle, n’a pas brûlé.
Il approcha du mur vide et posa la paume sur la surface décolorée, comme s’il cherchait un pouls dans la pierre.
— Les vieux du village racontent que Finella a été bannie pour avoir désobéi à son père. Qu’elle a épousé un homme contre la volonté de la famille et qu’ils ont rasé son souvenir pour punir sa lignée. D’autres disent qu’elle a été tuée et qu’on l’a enterrée en secret, dans un endroit où personne ne pourrait jamais la trouver.
— Et vous ? demanda Eilidh. Qu’est-ce que vous croyez ?
Il se tourna vers elle, et quelque chose passa dans ses yeux — une fissure dans le granit.
— Je ne crois pas les histoires. Je vis avec leurs conséquences.
Il quitta la pièce sans un mot de plus, laissant sa tasse à moitié pleine sur la console, juste à côté du registre ouvert.
Eilidh attendit que ses pas se soient éteints dans le couloir avant de se retourner vers le mur vide. Elle déroula doucement le plan du XVIIe siècle qu’elle avait découvert dans les archives du grenier quatre jours plus tôt, celui qui montrait le « Donjon de la Dame » antérieur au château principal. Elle le posa contre le mur, alignant la silhouette du bâtiment disparu avec l’espace laissé vide sur le papier peint.
Le rectangle du tableau manquant correspondait presque exactement à la zone où le donjon s’élevait autrefois, selon le dessin.
Sa gorge se serra.
Ce n’était pas une coïncidence. Quelqu’un avait soigneusement effacé — à deux reprises, à deux époques différentes — une présence féminine dans la mémoire de Kintail. La tour avait été démolie. Le portrait avait brûlé. Et le nom de Finella avait été rayé des registres.
Mais les murs, eux, n’avaient pas oublié.
Elle attrapa son sac à dos et vérifia le contenu de sa poche intérieure : le passe-partout qu’elle avait fait fabriquer au village, la lampe frontale, un rouleau de corde fine. Le plan de la porte de fer, ouvert et refermé cent fois, était plié dans son carnet.
Le soleil déclinait déjà derrière les collines quando elle sortit de la galerie. La nuit tomberait dans deux heures.
Elle remonta vers l’aile est, suivant les couloirs qu’elle connaissait désormais par cœur. À mesure qu’elle approchait de la porte dérobée, un bruit s’élevait des profondeurs — non pas le grattement, mais quelque chose de plus régulier, de plus doux.
Un battement. Lent. Humain.
Elle posa la main sur la pierre et sentit la vibration traverser sa paume comme un cœur battant sous la terre.
*Finella*, pensa-t-elle. *Sixième du nom.*
Et elle sut, au plus profond d’elle-même, qu’elle allait ouvrir cette porte ce soir, quoi qu’en dise Hamish, quoi que son père et sa mère aient vu, quoi que promettent les ombres.
La vérité avait commencé à l’appeler.
Elle ne pouvait plus ignorer cette voix.