Le Grand Livre des Ombres
Lire le chapitre 22: The Secret of the Vault
La lumière de la torche vacillait sur les murs de pierre, projetant des ombres dansantes qui semblaient se moquer d'eux. Jean de Montfort tenait Roland par le collet, la lame de sa dague pressée contre sa gorge. Son souffle sentait le vin et la peur.
« La dame va nous montrer ce que renferme ce coffre, n'est-ce pas ? » dit-il en inclinant la tête vers Isabelle.
Isabelle se tenait au centre de la chambre souterraine, le médaillon d'argent toujours serré dans son poing. Sa robe était tachée de sang séché, celui de Thibaud, et ses yeux reflétaient la flamme comme une braise mourante. Deux hommes de Montfort se tenaient en retrait, leurs arbalètes chargées pointées sur elle.
« Je ne sais pas comment l'ouvrir », dit-elle.
Montfort appuya davantage la lame. Une perle de sang apparut le long du cou de Roland, qui ne broncha pas.
« Menteuse », murmura Montfort. « Votre frère n'était pas le seul Clermont à connaître les secrets de cette famille. Je sais que vous possédez l'autre moitié. »
Roland sentait la colère monter en lui, mais il se força au calme. Il observait la pièce — les étagères taillées dans la roche, les coffres empilés, les rouleaux de parchemin posés sur un lutrin de bois. Le petit coffre qu'ils avaient ouvert était le seul à contenir des documents. Mais il fallait gagner du temps, trouver un angle.
« Elle dit la vérité », intervint Roland. « Nous avons ouvert le coffre par force. Le croix seule ne suffit pas pour tous les mécanismes. Certaines serrures exigent un sacrifice de sang. »
Montfort se figea. Il jeta un regard au coffre ouvert, puis à la croix qui pendait maintenant autour du cou d'Isabelle.
« Un sacrifice ? »
« Le sang d'un Clermont », répondit Roland. « Mais elle est faible, à peine capable de tenir debout. Si elle saigne davantage, elle s'évanouira, et la clé mourra avec elle. »
Les pommettes de Montfort se contractèrent. Il relâcha Roland d'une poussée et s'approcha d'Isabelle. Elle ne recula pas — elle soutint son regard, le menton légèrement relevé malgré la fatigue qui creusait ses traits.
« Alors vous allez nous accompagner, tous les deux », dit Montfort. « Nous sortirons pour trouver un lieu plus confortable. Vous parlerez, et nous verrons si votre histoire tient. »
— Non.
Le mot sortit de la bouche d'Isabelle avec une fermeté surprenante. Elle tenait le médaillon devant elle maintenant, le fermoir brillant entre ses doigts.
« Le mécanisme est ici, dans le mur. Mon père m'a montré le principe quand j'étais enfant. Il croyait que je ne m'en souviendrais jamais. » Elle désigna un joint invisible dans la pierre. « Mais si vous voulez l'ouvrir vous-même, vous devrez me laisser approcher. Je risque de me tromper. Et si je me trompe, nous sommes tous piégés. »
Montfort plissa les yeux. Un homme prudent aurait refusé. Mais la cupidité, Roland le savait, rendait les hommes imprudents. Et l'homme de l'évêque avait l'appât du gain dans le regard — non pas la loyauté à son maître, mais la convoitise personnelle.
« Approchez, dit Montfort en reculant d'un pas. Mais faites attention, madame. Je vous promets que si vous tentez quelque chose, votre compagnon paiera pour vos erreurs. »
Isabelle marcha vers le mur nord, sa silhouette frêle vacillant dans la lumière. Elle tendit le médaillon vers le joint qu'elle avait désigné, et Roland vit alors ce qu'elle faisait : elle n'ouvrait rien, elle laissait tomber le médaillon d'une main derrière un pilier de pierre brisé.
Montfort ne s'en rendit pas compte. Il la vit placer ses mains sur le mur, tourner quelque chose d'invisible, et le sol vibra. Un pan de roche coulissa lourdement dans l'ombre, dévoilant un passage étroit et descendante.
L'air qui en surgit était froid et sec. Une odeur de vieux cuir et d'encaustique.
« Une seconde chambre », souffla Montfort. Ses hommes se rapprochèrent, arbalètes toujours braquées.
Dans le renfoncement, une nouvelle caisse — plus grande, en chêne massif cerclé de fer, sans aucune serrure visible. Posée sur un socle de pierre. Autour d'elle, les débris de plusieurs tentatives d'effraction : des outils tordus, un pied-de-biche noirci, des traces de brûlures sur le bois.
Montfort éclata d'un rire dur. « Votre père était un cautious homme. Mais vous êtes venue ici en sachant exactement où trouver ceci, n'est-ce pas ? »
Isabelle garda le silence.
Il la poussa vers la caisse. « Ouvrez-la. »
Elle tendit les mains vers le couvercle, les fit courir sur les arêtes du bois. Puis elle lâcha un soupir épuisé et se tourna vers Montfort.
« Il ne s'agit pas d'une serrure », dit-elle. « C'est un mécanisme de destinataire. Seul le sang de la personne à qui elle est destinée peut la déverrouiller. »
Montfort la dévisagea, puis éclata de rire. « Encore ces histoires de sang. Vous prenez-moi pour un idiot ? »
« Essayez vous-même », dit-elle simplement. « Ouvrez-la. »
Un silence. Montfort fit un pas, puis s'arrêta. Il se tourna vers Roland, la mâchoire serrée. « Vous. Approchez. »
Roland vint à contrecœur, les arbalètes toujours braquées dans son dos. Il posa les mains sur le bois froid. Sous ses doigts, il sentit des rainures à peine perceptibles — des motifs gravés trop fins pour être visibles dans la lumière des torches.
Il poussa. Rien ne bougea. Il essaya de tirer, puis de faire glisser. Le couvercle demeura immobile.
« Votre histoire de sang ne tient pas la route, madame », dit Montfort en dégainant sa dague. « Mais nous allons essayer autre chose. Si le coffre réclame du sang, il aura celui de votre compagnon. »
Roland vit la lame venir et ne bougea pas. Isabelle, elle, fit un petit bruit dédaigneux.
« Frappez-le si vous voulez, je m'en moque », dit-elle. « Son sang n'est pas celui de la famille. Vous ne ferez que l'affaiblir pour rien. Mais si vous me laissez mourir de fatigue, vous perdrez la clé vous-même. »
Montfort s'arrêta, la dague à mi-course. Il commençait à comprendre qu'il était dans une position devenue instable : deux prisonniers qui lui glissaient entre les mains, des paroles qui ressemblaient à des mensonges mais étaient peut-être des vérités. Il pesa le risque.
« Très bien », dit-il enfin. « Vous l'ouvrirez. Mais je vous volerai le médaillon d'abord. » Il se tourna vers Roland. « Où est-il ? »
Roland haussa une épaule en direction du pilier brisé. « Elle l'a laissé tomber quand vous l'avez poussée. Par là. »
Le visage de Montfort blêmit de fureur. Il envoya un de ses hommes chercher le médaillon. Pendant qu'il fouillait dans l'ombre, Roland — qui avait observé les mouvements des arbalétriers — fit un pas de côté pour se placer dans l'angle mort du second garde.
L'arbalétrier pivota trop tard. Roland lui arracha l'arme des mains, la brisa contre le mur, puis renversa le garde d'un coup de coude dans la gorge. Il se saisit de sa dague et la planta dans le flanc de Montfort avant qu'il ait compris ce qui se passait.
Montfort s'effondra en gargouillant, les yeux écarquillés de surprise. Roland assena un deuxième coup pour être sûr.
Le garde restant leva son arbalète, mais Isabelle s'était déjà jetée sur lui depuis le côté, un éclat de pierre taillée à la main. Elle le frappa à la tempe avec un bruit mat. L'homme s'écroula comme une masse.
Le silence retomba, troublé seulement par le souffle court de Roland et le gémissement d'Isabelle. Elle se releva en tremblant, pâle comme une morte.
« Le cave s'effondre », murmura-t-elle.
Roland écouta. Au-dessus d'eux, un grincement sourd, puis une pluie de gravillons s'abattit du plafond.
« Le mécanisme de protection. Mon père avait prévu ceci pour les intrus. »
Elle courut vers le coffre de chêne, posa sa main sur le bois avec une concentration douloureuse. Cette fois, sous la pression de ses paumes entières, un déclic sourd retentit dans les profondeurs de la pierre.
Le couvercle s'ouvrit sans effort.
À l'intérieur, pas d'or, pas de joyaux, mais un coffret de cuir écrasé — et des lettres. Des rouleaux de parchemin scellés de cire violette, chacun portant le sigle du diocèse de Narbonne.
« Le livre de comptes de l'évêque », souffla Isabelle.
Roland en saisit un. Le déroula. L'encre avait pâli, mais l'écriture était limpide. Une lettre privée, adressée au notaire de la couronne, faisant état d'une dette d'une ampleur considérable — non pas due à la banque Peruzzi comme le bruit courait, mais à la trésorerie royale de France.
Le plafond gronda plus fort. Un bloc de pierre se détacha et s'écrasa à deux pas d'eux, soulevant un nuage de poussière aveuglant.
« Nous devons sortir ! » cria Isabelle.
Roland serra le coffret contre sa poitrine, saisit la main d'Isabelle d'une main ferme, et fonça dans le passage tandis que le sol s'ouvrait derrière eux. Les lourdes colonnes de roche cédaient dans un fracas de tonnerre. Ils émergèrent dans la chambre principale juste à temps — une avalanche de pierres et de poussière scella à jamais la grotte derrière eux.
Debout, haletants, couverts de poussière grise, ils se dévisagèrent dans la lumière mourante de la torche de Roland.
Le coffret de cuir pesait entre ses mains comme un fer rouge.
« Des lettres à la couronne », dit-il d'une voix rauque. « Si ce qu'elles contiennent est vrai, l'évêque ne doit rien aux banquiers italiens. Il doit tout au roi. »
Isabelle ouvrit le coffret, en sortit un rouleau plus fin que les autres. Ses yeux parcoururent les lignes, et son visage se creusa.
« Ce n'est pas une simple dette, Roland. » Sa voix était faible. « La lettre révèle que le pape a demandé à l'évêque de créer cette fausse dette pour affaiblir la crédibilité du roi auprès des banques de Florence. Une machination pour faire paraître le trône de France insolvable. » Elle releva les yeux. « Cette lettre ne détruit pas l'évêque. Elle détruit la papauté. »
Roland sentit son cœur battre contre ses côtes. Il rangea le rouleau dans le coffret, le referma d'un geste sec. Dehors, très loin au-delà de la montagne crevassée, le silence du petit matin commençait à céder sous les premiers chants d'oiseaux.
« Nous devons retrouver Aelis », dit-il.
Isabelle acquiesça, mais quelque chose dans son regard — une ombre qu'il n'avait jamais vue avant — le retint.
« Elle est en train de fuir avec notre faux », dit-elle doucement. « Il faudra lui dire la vérité sur le contenu du livre réel. »
Roland ne répondit pas. Le vrai livre était toujours caché dans sa selle, loin de là, et il ne savait pas encore à quel moment il le révélerait — même à ceux qui marchaient à ses côtés.
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