Le Léviathan Doré
Lire le chapitre 11: The Navigation Error
La lampe à huile vacillait, jetant des ombres mouvantes sur la carte déployée devant Elias Hooke. Il avait attendu que le quart de nuit soit confié à Silas pour s'enfermer dans la cabine de navigation, volant quelques heures volées au sommeil dont son corps épuisé réclamait pourtant l'urgence.
Le compas de pointage glissait sur le parchemin jauni par les années et les embruns. Hooke avait déjà refait le calcul trois fois, refusant d'accepter ce que les chiffres lui criaient avec une évidence cruelle. La position que Vane avait tracée à l'encre rouge – la dernière coordonnée du *San Cristóbal* selon le vieux capitaine – se trouvait à quarante milles au sud du point qu'il venait de vérifier dans les tables de navigation les plus récentes.
Quarante milles. Au-delà du passage des Quarantièmes Rugissants, là où les cartes ne portaient plus que des blancs inquiétants et des annotations prudentes de navigateurs précédents : *"Eaux inexplorées – risques d'icebergs – courants imprévisibles."* Aucun baleinier digne de ce nom ne s'aventurait si loin au sud. Les baleines franches ne descendaient jamais si bas, et le prix de l'huile ne justifiait pas de risquer coque et équipage dans ces latitudes damnées.
Mais le *Cormoran* n'était plus un baleinier, pensa Hooke en reposant son crayon. Il ne l'avait jamais vraiment été.
Ses doigts coururent sur la route tracée par Vane, suivant le trait de plume qui serpentait entre les récifs comme une couleuvre affamée. Le vieux capitaine connaissait ces eaux. Il les connaissait trop bien pour un homme qui prétendait n'avoir jamais chassé la fortune dans ces parages. Chaque hachure, chaque annotation dans la marge portait la marque d'une familiarité acquise au prix d'années – ou de voyages précédents.
Un bruit sourd venant du pont supérieur tira Hooke de sa contemplation. Les pas lourds de Jenkins, le maître d'équipage, suivis du pas plus vif et plus sec du capitaine Vane. Ils descendaient l'échelle menant au gaillard d'arrière, là où Vane aimait discuter à voix basse avec son homme de confiance.
Hooke souffla la lampe sans réfléchir, plongeant la cabine dans l'obscurité. À tâtons, il gagna la cloison de bois qui le séparait du couloir menant à la cabine de Vane. Il appuya son oreille contre une jointure où le calfatage s'était aminci, un endroit qu'il connaissait depuis des semaines pour avoir surpris maintes conversations entre les deux hommes.
"-…pas une question de volonté, Jenkins. C'est une question de temps." La voix de Vane, basse et minérale, filtrait à travers les planches. "Hooke approche de quelque chose. Il pose des questions qu'un deuxième ne devrait pas se permettre."
"L'officier en second Obadiah est également un problème. Il ne détourne plus le regard quand je distribue les corvées. Il regarde la carte dans mes mains quand je la déplie."
"Obadiah…" Vane laissa le nom flotter dans l'air comme un juge pèserait une preuve. "Le frère. Celui du *Santa Catalina*."
Un silence s'étira, si lourd que Hooke retint sa respiration. Ainsi Vane connaissait la raison de l'insistance d'Obadiah. Il savait que le harponneur cherchait la vérité sur la disparition de son frère. Et il n'avait rien dit, rien laissé paraître, laissant les hommes s'entre-déchirer autour de rumeurs de trésor quand la vraie vipère se cachait plus profondément encore.
"Il faudra les séparer avant que le ver ne gagne le fruit entier. Le vieux Silas pourrit dans son coin comme une pomme tombée de l'arbre, et le grand Lars a toujours des yeux qui parlent trop."
"Le marin Lars se souviendra du fouet", dit Jenkins avec une satisfaction grasse. "Pendant un temps. Ensuite, il faudra du plus durable."
"J'ai déjà pensé à cela."
Le bruit d'un parchemin qu'on déplie longea jusqu'à Hooke. Il imaginait Vane montrant une zone de la carte, son index calleux appuyé sur un point précis.
"À douze milles de notre route, dans quatre jours, se trouve un îlot sans nom ni arbre. Pas d'eau. Pas d'ombre. De quoi y survivre trois semaines en économisant chaque goutte. Les baleiniers anglais l'appellent la Tombe aux crevettes, quand ils daignent le cartographier."
"C'est là que nous abandonnerons ceux qui gêneront trop avant l'arrivée au site de l'épave."
Ce ne fut pas une question. Jenkins connaissait déjà la réponse.
"Précisément," confirma le capitaine Vane. "Le *Cormoran* a besoin de bras pour manœuvrer jusqu'aux récifs. Après… nous serons peu nombreux à remonter vers le nord chargés d'or. Chaque bouche inutile deviendra un poids impossible à nourrir ou à garder enchaîné d'ici au retour. Trois canots, une cinquantaine d'hommes, un millier de milles d'océan vide."
"Et le capi-… Et Hooke ?"
"Nécessaire jusqu'aux coordonnées finales. Il connaît ces eaux aussi bien que moi. Mais sa loyauté a une date d'expiration, Jenkins. Compte dessus."
Une chaise racla le plancher, signalant la fin de l'entretien. Hooke s'écarta de la cloison comme mû par un ressort, regagnant sa place devant la carte dans un silence absolu. Son cœur battait un contre-temps rageur dans sa poitrine.
Quatre jours. Dans quatre jours, ils atteindraient l'îlot signalé sur la route – si Vane ne changeait pas sa trajectoire une fois arrivé aux récifs. Hooke avait remis en cause chaque donnée, chaque calcul de longitude depuis des semaines. Maintenant il savait : le trajet entier n'avait jamais servi qu'à cela. Un filtre à hommes. Une évolution artificielle du voyage qui trierait les utiles des gênants, les silencieux des interrogateurs.
Et lui, Elias Hooke, figurait sur la liste des temporairement utiles.
Ses yeux retournèrent à la carte, à ce point exact qu'il avait marqué quarante milles plus au sud que les écritures du capitaine. Si le calcul de Vane était vieux de dix ans – le temps qu'il fallait à un courant pour déplacer l'épave d'un navire marchand, ou à une tempête pour la disloquer…
Hooke n'avait pas encore confronté Vane sur cette erreur. Il avait gardé ses suspicions contre son veston, protégé comme on protège une lame dont on ne connaît pas encore l'utilité.
Mais la conversation voilée qu'il venait de surprendre changeait tout. Car si Vane avait délibérément vieilli les coordonnées, ou falsifié la carte, alors il cherchait à conduire le *Cormoran* – et les hommes qui survivraient à cette route – vers un point précis. Pourquoi dévier si loin de la position officielle, ajoutant quarante milles de danger à une navigation déjà désespérée ? Pourquoi compliquer encore un voyage aux confins du monde habitable ?
À moins que la véritable position du *San Cristóbal* ne fût ailleurs. Beaucoup, beaucoup plus loin.
Un bruit derrière lui. Hooke se retourna, la main déjà sur le manche de son coutelas dans sa ceinture.
L'obscurité de la cabine laissait deviner une silhouette. Large d'épaules, patiente. Un souffle lent, régulier – celui d'un homme habitué à attendre dans les ombres.
"Je me demandais quand tu reviendrais à cette carte, Elias."
La voix d'Obadiah Harwood. Le harponneur s'avança d'un pas, son visage émergeant dans la faible lueur qui perçait par la fenêtre de tribord.
"Je n'aime pas qu'on m'observe sans me prévenir", répondit Hooke, la main toujours sur la lame.
"Et moi, je n'aime pas les conversations qu'un second est censé ne pas entendre à travers les cloisons." Obadiah hocha la tête en direction du couloir. "J'étais dans la soute aux cordages. Juste en dessous. J'entends mieux que vous tous, ici."
Sa voix portait une tristesse compacte, ancienne, qui enserra la gorge de Hooke plus efficacement qu'aucune menace.
"Mon frère Titus était à bord du *Santa Catalina* quand elle a sombré… ou bien quand elle a été sombrée. Le capitaine Vane en savait trop quand je l'ai vu consulter ses cartes. Et toi, Elias – toi qui prétends vouloir rester loyal, qui refuses de nourrir les rumeurs – tu calcules précisément la position d'une épave qui n'est pas où ton capitaine prétend qu'elle se trouve."
Il tendit la main vers la carte, effleurant le point entouré au crayon.
"Quarante milles plus au sud." Il leva les yeux, et Hooke y vit une lueur d'acier froid qui n'appartenait pas au vieil équipage paisible qu'il connaissait. "C'est à quarante milles d'ici que l'on a retrouvé le canot vide du *Santa Catalina*, il y a neuf ans. Mesure brisée, trois avirons manquants, l'étrave éclatée comme par un éperon."
Il se pencha, son visage à quelques pouces de celui de Hooke.
"Alors maintenant tu vas me dire, Elias Hooke, pourquoi notre très honorable capitaine navigate veuf solitaire connaît si bien un point de l'océan où personne n'avait de raison d'aller en ces années-là – sauf pour marchander ou piller."
Hooke soutint son regard. La carte s'étalait entre eux comme une étendue d'eau nocturne. Il sentait le poids de la promesse faite au capitaine Vane peser sur sa nuque, et plus lourd encore le poids de tout ce qu'il découvrait depuis des jours : la trahison du rôle qu'on lui assignait, les plans d'élimination à l'îlot désert, la conspiration qui enveloppait ce voyage d'un manteau de mensonge qu'il avait aidé à coudre.
Le cri d'une vigie lui donna sa réponse.
"Navire à l'horizon ! Dans le sud-sud-ouest ! Coque basse, deux mâts… Dieu du ciel, elle nous fait signe, elle est en détresse !"
Hooke et Obadiah échangèrent un regard. La mer qui s'étendait devant eux était censée être vide à des centaines de milles à la ronde. Aucun baleinier, aucune route marchande ne passait par là.
Et pourtant, un navire les attendait.
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