Le Léviathan Doré
Lire le chapitre 14: The Captain's Confession
La porte de la cabine du capitaine se referma derrière Hooke avec un bruit sourd qui résonna dans le silence. Vane se tenait devant sa table, les mains appuyées sur le bois éraflé, son visage éclairé par la lampe à huile vacillante. Il paraissait plus vieux que sur le pont, moins certain, comme si l'air clos de la cabine dissolvait la croûte d'autorité qu'il portait comme une seconde peau.
« Ferme à clé, dit Vane.
Hooke obéit. Il entendit le loquet glisser et se sentit enfermé avec ce qu'il avait redouté depuis des semaines : la vérité, peut-être, ou du moins une version de celle-ci.
Le capitaine contourna sa table et s'assit lentement. Il tendit la main vers un coffret de cuir noir, du genre de ceux que l'on gardait pour les lettres importantes, et en sortit une feuille de papier pliée, jaunie, les bords usés par les manipulations répétées. Il la poussa vers Hooke.
« Lis. »
Hooke prit le papier, l'ouvrit. L'encre avait pâli mais restait lisible. Une écriture fine, appliquée, celle d'un commis ou d'un homme d'affaires. La date remontait à dix-huit mois. Elle était adressée à un certain Barnett, marchand de Londres, et concernait une dette colossale, des montants si élevés que Hooke dut lire deux fois pour les croire. Le capitaine signait Vane, noir sur blanc, reconnaissant un emprunt impossible à rembourser avec la seule pêche à la baleine.
Il leva les yeux. Le visage de Vane était impassible, mais ses doigts tapaient contre la table une cadence nerveuse.
« Cette dette, dit Hooke lentement, est bien supérieure à ce que dix ans de chasse apporteraient. »
« Vous comprenez, alors. Pourquoi j'ai besoin de l'or. »
« Pourquoi vous poursuivez le San Cristóbal. »
Vane acquiesça. Son regard plongea dans celui de Hooke et ne vacilla pas. « Barnett m'a ruiné avant même que je lève l'ancre. Mon ancien navire, mes parts dans les chantiers, mon crédit — tout est parti dans les maisons de jeu et les marchands de Londres. Je croyais pouvoir me refaire avec trois bonnes saisons de pêche. Mais les baleines se font rares et les prix s'écroulent. Puis j'ai eu cette information. »
Il sortit une seconde lettre, moins ancienne, scellée d'un ruban bleu. Celle-ci n'était pas une promesse, mais un ordre. L'armateur du San Cristóbal, un homme que Hooke connaissait de nom sans jamais l'avoir rencontré, confirmait que tout ce qui serait retrouvé de la cargaison revenait à son propriétaire, moyennant une part de vingt pour cent pour le capitaine qui ramènerait le navire ou sa valeur.
« Une part, dit Hooke. C'est ce qu'il offre. »
« Sur le papier. Mais un homme qui perd un navire chargé d'or ne regarde pas les chiffres. Il veut la marchandise. Et moi, je veux une autre marchandise. L'or trouve son chemin dans les coffres de ceux qui le ramassent, si personne ne pose trop de questions. »
Vane se leva et fit quelques pas vers la fenêtre ovale, les mains croisées dans le dos. La nuit était noire, la mer calme après la tempête. « Le San Cristóbal n'était pas un navire marchand ordinaire, Hooke. Il transportait l'or de la banque espagnole, des barres destinées à payer des dettes de guerre. Les Espagnols ont demandé une route discrète, par le sud plutôt que par les routes habituelles. C'est pour cela qu'il n'a jamais été retrouvé — les navires envoyés à sa recherche cherchaient à l'ouest des Açores, là où aucune épave ne gisait. »
Il se retourna. « Moi, j'ai eu accès aux registres du port de Cadix. J'ai passé trois mois à compulser des archives moisies, à payer des commis pour qu'ils copient des documents oubliés. La route initiale devait passer par le 47e parallèle, mais il a dévié pour éviter une zone de patrouille anglaise. Il a descendu bien plus au sud — bien plus au sud que ce que les cartes officielles indiquent, et que ce que vous avez trouvé dans mes notes. »
La gorge de Hooke se serra. Sa propre carte corrigée, cachée sous une latte du plancher de sa cabine, ne correspondait pas aux coordonnées affichées par Vane. Sauf que, maintenant, il comprenait que Vane avait falsifié ses propres chartes pour brouiller les pistes. Les quarante milles de différence n'étaient pas une erreur de navigation, mais une protection.
« Vous m'avez dit que vous ne saviez pas. Lorsque j'ai recalculé la position, vous m'avez dit que vous ignoriez si nous étions sur la bonne route. »
Vane sourit — un sourire mince, sans chaleur. « Bien sûr que je le savais. Mais vous deviez croire que je cherchais au hasard. Si vous saviez que j'avais la véritable position, vous auriez compris que je savais tout depuis le début. Et je ne pouvais pas vous laisser comprendre cela tant que je n'étais pas sûr de vous. »
« Et maintenant ? » demanda Hooke, la voix plus basse qu'il ne l'aurait voulu.
« Maintenant, vous avez montré votre main en tirant ce pistolet. Vous êtes de mon côté — ou du moins vous avez fait semblant de l'être assez longtemps pour que les autres le croient. » Vane ramassa son verre d'eau et en but une gorgée. « Et je pense que vous êtes un homme qui comprend que les promesses ont une valeur quand elles sont garanties par l'or. »
Hooke resta immobile. L'air de la cabine lui semblait plus lourd à chaque parole. Il pensait à Obadiah, à son frère, au canot vide retrouvé à ces mêmes coordonnées. L'homme qui était tombé du navire n'avait rien de comparable avec une dette bancaire. Vane parlait d'or, mais quelqu'un d'autre était mort déjà à la recherche de ce trésor.
« Et l'équipage ? demanda Hooke. Ils ne savent rien de la véritable cargaison. Certains d'entre eux croient encore que nous chassons la baleine, et d'autres, comme Silas, commencent à comprendre qu'il y a autre chose. »
« Silas est un problème. Lars aussi. » Vane reposa le verre. « Mais ils seront traités. Nous avons encore trois jours avant d'atteindre les coordonnées réelles. Trois jours pour contenir la rumeur, et pour préparer le débarquement de ceux qui ne peuvent pas être fiables. »
Le mot débarquement claqua dans l'air comme un coup de fouet. Hooke savait ce qu'il signifiait : une île déserte, des provisions minimales, une mort lente. Le projet murmuré entre Vane et le bosco prenait forme — pas une menace vaine, mais une procédure déjà planifiée.
« Vous m'avez dit que vous me vouliez comme homme de confiance. Que j'étais devenu un homme de sang. » Hooke prit la lettre du débiteur et la reposa sur la table, face contre bois. « Que voulez-vous de moi exactement ? »
Vane s'approcha, la lampe entre eux, et son ombre tomba sur Hooke comme un voile. « Je veux que vous soyez mon second — non seulement sur le papier, mais dans les faits. Que vous exécutiez mes ordres sans hésiter, même lorsque vous n'en savez pas la raison. Que vous soyez celui que l'équipage craint et que les dissidents redoutent. En échange, vous aurez votre part. Celle que Barnett m'a promise sera divisée en deux — une pour lui, une pour moi, et vous en toucherez vingt pour cent de la mienne. »
Vingt pour cent de la moitié de la cargaison d'un navire doré. Une fortune. Le genre de chiffre qui faisait tourner les têtes et pourrir les âmes.
Hooke garda son expression neutre. Vingt pour cent, cela signifiait qu'il ne serait plus jamais un second de baleinier, plus jamais à la mer pour des années sans voir la terre. Cela signifiait des maisons, un avenir pour sa famille.
Et cela signifiait de la complicité dans ce que Vane avait fait — ou ferait — à ceux qui se mettraient en travers du chemin.
« Et ceux qui resteront sur l'île ? demanda Hooke. Silas, Lars, ceux qui doivent être marronnés — ils sauront ce que nous cherchons ? »
« Ils sauront qu'ils ont désobéi. Le reste n'est pas leur affaire. »
Vane s'approcha encore et posa une main sur l'épaule de Hooke. Une pression amicale, presque paternelle. « Vous avez une âme pragmatique, Hooke. C'est ce que j'apprécie chez vous. Vous ne vous laissez pas emporter par les serments et les loyautés abstraites. Vous regardez les faits : un équipage qui gronde, un capitaine qui doit de l'argent, un navire chargé d'or à quelques jours d'ici. Le reste est de la littérature. »
Hooke baissa les yeux vers la lettre jaunie. L'écriture de Vane, reconnaissable même dans la signature. Des reconnaissances de dette, des promesses perdues aux cartes et aux marchands.
« Je vous donnerai une réponse demain matin », dit Hooke.
Vane hocha la tête. « Le matin, alors. Mais rappelez-vous : demain, Silas continuera à recruter. Et après-demain, sa faction sera trop forte pour que je l'ignore. Votre décision, qu'elle soit oui ou non, changera la manière dont nous procèderons. »
Hooke déverrouilla la porte et sortit sans se retourner. Le couloir était sombre, la mer calme. Traversant le pont, il leva les yeux vers les étoiles. Elles n'avaient rien à lui dire.
Dans sa cabine, il s'agenouilla et souleva la latte de plancher. Sa carte — la vraie, avec les quarante milles de correction — reposait là dans l'ombre. Il la prit, la regarda un long moment, puis la replaça.
Il ne dormit pas cette nuit-là. Il pensa aux vingt pour cent de l'or, aux vies des dissidents qui seraient jetés sur une île nue, au frère d'Obadiah qui peut-être avait connu le même sort, à la différence entre suivre un capitaine et suivre un homme qui savait précisément combien valait une vie.
Au matin, lorsque le quart de six heures sonna, il n'avait toujours pas trouvé de réponse claire. Mais il avait trouvé une question : à combien de marins Vane avait-il déjà fait taire avant même de lever l'ancre ?
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