Le Léviathan Doré
Lire le chapitre 32: The Storm of Knives
La pluie arriva comme un coup de poing.
Le ciel, qui s'était assombri à l'ouest depuis des heures, s'abattit sur le Leviathan avec une violence que même les vieux loups de mer n'avaient jamais vue. Des murs d'eau, plus que des gouttes. Le vent hurlait à travers les espars ébranchés, et la coque éventrée gémissait sous les coups de boutoir des vagues qui déferlaient sur la plage.
Hooke était à la barre fracassée quand Silas apparut derrière lui, les yeux fous, un couteau à la main.
« Ils arrivent », hurla Silas pour couvrir le vent. « Baë et les autres. Ils veulent le sang. »
Hooke regarda par-dessus son épaule. Dans la pénombre du gaillard d'arrière, des ombres armées avançaient, ruisselantes, la rage gravée sur leurs visages. Baë était en tête, brandissant un harpon brisé.
« Ils ne veulent pas l'or, murmura Silas. Ils veulent toi. »
Les premières lames sortirent de sous les cirés. Hooke lâcha la barre et recula contre le bastingage estropié, la main sur son pistolet — chargé, oui, mais à quoi bon une balle contre une meute ?
Un éclair déchira le ciel et illumina la scène. Baë hurlait quelque chose à propos du trésor caché, de la trahison, du sang des frères morts. Ses hommes l'acclamèrent.
« Je n'ai rien caché ! » cria Hooke. « Trente-deux lingots. Tout est dans la cabine. »
Baë cracha. « Mensonge. Obadiah nous a dit la vérité avant de partir. Tu gardes l'or pour toi, pour ton capitaine mort, pour Londres. Nous allons le prendre. »
Ils chargèrent.
Silas bondit devant Hooke, sa lame dansant. Il en blessa un au bras, un autre à la jambe. Mais ils étaient six, sept, huit peut-être. Hooke dégaina son pistolet et tira sans viser. Un cri de douleur. Une chute.
Puis la vague arriva.
Elle ne fut pas annoncée. Pas de crête blanche qui grossit à l'horizon. Non — un mur liquide, noir comme l'enfer, qui s'éleva soudain au-dessus du flanc brisé du navire. Les assaillants la virent trop tard. Leurs visages se tournèrent, leurs bouches s'ouvrirent, et la mer les happa.
Baë fut le dernier, les doigts accrochés au bastingage, les yeux hallucinés de terreur. Il regarda Hooke, et quelque chose — une reconnaissance, peut-être, une dernière étincelle d'humanité — traversa son regard avant que la vague ne l'arrache.
Le Leviathan se souleva. Il se souleva comme un vieux cachalot blessé, et Hooke sentit la coque entier fléchir sous lui. Les membrures craquaient comme des os. Si le navire restait sur ce rivage, il serait déchiqueté en une heure.
« Il faut le sortir de là », hurla Hooke.
Silas, trempé, les mains tremblantes, le regarda comme s'il avait perdu l'esprit. « Le sortir ? Tu veux le faire naviguer ? »
« La barre est cassée. Mais on a encore les voiles d'artimon. Et je connais une passe au nord. Une lagune abritée. Les cartes de Vane la montraient. »
Silas hésita. Ses yeux allèrent vers la cabine où l'or attendait. Puis il hocha la tête.
« Alors on navigue. »
Ils n'étaient plus que quatre sur le pont avec Hooke et Silas. Les autres — une douzaine d'hommes — s'étaient réfugiés sous le gaillard, terrifiés par la mer démontée. Hooke les rassembla d'un cri, leur ordonnant de couper les cordages qui retenaient l'ancre, de hisser la misaine.
Ils obéirent. Non par loyauté, mais par instinct de survie.
Le Leviathan tourna lentement, porté par une vague énorme qui le souleva du banc de sable où il s'était échoué. La quille grattait le fond, gémissait. Hooke tenait une barre de fortune — une planche arrachée à la cloison — et jurait entre ses dents en sentant le gouvernail résister.
« Plus de voile ! » hurla-t-il.
Un homme grimpa dans la mâture. Le vent le secoua comme une poupée de chiffon, mais il réussit à déferler la toile. Elle se gonfla d'un coup sec, et le navire bondit en avant.
Ils franchirent la passe à cinq nœuds, portés par le ressac. De part et d'autre, des récifs noirs jaillissaient de l'écume comme les crocs d'une bête immense. Le Leviathan les évita de peu, deux fois, trois fois. À chaque fois, la coque frémissait — un bruit de bois mort, la mort qui appelle.
Silas était à la proue, scrutant les eaux, criant des instructions. Hooke n'entendait pas les mots, seulement l'urgence dans la voix.
Puis, soudain, le vent tomba.
Le silence fut si brutal que Hooke crut devenir sourd. La pluie cessa. Les vagues s'aplanirent. Et devant eux, nichée entre deux falaises de basalte, une lagune d'eau émeraude, calme comme un étang de jardin.
Le Leviathan glissa lentement, majestueusement, dans cette eau tranquille. La quille toucha le sable blanc sans effort. Les voiles pendirent, mortes.
Les hommes restèrent figés, le regard perdu. Certains pleuraient sans bruit. D'autres, à genoux, remerciaient un dieu que la mer ne leur avait pas volé.
Hooke lâcha la barre de fortune et inspira. Sa poitrine le brûlait. Ses mains saignaient. Il regarda autour de lui — le navire ruiné, les hommes brisés, Silas qui s'appuyait contre le bastingage, épuisé mais vivant.
Puis il les compta. Douze sur le pont. Deux dans la mâture. Un à la proue. Un dans la cale. Seize survivants sur le Leviathan.
Seize. Plus ceux restés sur l'île. Plus Obadiah parti chercher la grotte dont il ne reviendrait jamais. Plus Motte, quelque part dans les collines, qui les observait peut-être.
« Il faudra réparer ou abandonner », dit Silas d'une voix rauque. « Et... l'or ? »
Hooke se tourna vers la cabine. La porte était entrebâillée, la serrure arrachée par quelqu'un — Baë, probablement, avant la vague. L'or était-il encore là ?
Il n'eut pas le temps d'aller voir. Un craquement sinistre monta de la coque, suivi d'un gémissement sourd. Le Leviathan, enfin, commençait à mourir sur son banc de sable bleu.
« Chaque chose en son temps », murmura Hooke.
Sous ses doigts, la barre de fortune se fendit en deux.
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