Le Léviathan Doré
Lire le chapitre 7: The False Manifest
La lampe à huile balançait au rythme du roulis, projetant des ombres mouvantes sur les registres humides du carré des officiers. Je passai mes doigts sur la colonne des cargaisons déclarées — huile de baleine, fanons, rien d'autre. Pourtant, je connaissais la cale mieux que quiconque. Les barriques étaient là, alignées comme des cercueils vides, et les tonnes d'huile promises au manifeste n'existaient que sur le papier graisseux que je tenais entre mes mains.
Le *Gilded Leviathan* n'avait pas pris une seule baleine depuis notre départ de Londres. La piste de graisse que nous traînions derrière nous aurait dû être notre fortune. Au lieu de cela, elle n'était qu'un mensonge écrit à l'encre pâle.
Je laissai retomber le document sur la table. Au-dessus de ma tête, le bois gémissait tandis que le navire tanguait dans une houle de plus en plus nerveuse. Le baromètre n'avait cessé de chuter depuis la veille au soir, et l'air avait cette odeur d'orage que je connaissais trop bien.
Mon regard revint sur les chiffres. Cinq cents barils d'huile, déclarés au port de Londres. Jamais remplis. Jamais scellés. Jamais pesés. Chaque baril vacant chantait la même vérité : ce voyage n'avait jamais été une campagne de pêche.
Un bruit derrière la porte. Je ne bougeai pas. Des pas lourds sur l'échelle, puis la silhouette du capitaine Vane se découpa dans l'embrasure.
— Monsieur Hooke. Vous devriez être au pont, à surveiller la voilure.
Sa barbe était hirsute, ses yeux enfoncés dans leurs orbites comme des pierres au fond d'un puits. Il portait encore son manteau trempé par les embruns, et son regard tomba sur le manifeste dans mes mains.
Il s'arrêta net.
— Je vérifiais nos registres, capitaine. Curieuse chose, ces documents. On pourrait croire que nous transportons une cargaison d'huile que nous n'avons jamais produite.
Le silence s'étira entre nous, élastique comme un fil de baleinier sous tension. Vane ne cilla pas. Il entra dans le carré, referma la porte derrière lui sans se presser, puis s'assit en face de moi.
— Asseyez-vous, Elias.
J'étais déjà assis. Il hocha la tête, comme si l'importance de ses propres paroles lui échappait.
— Vous êtes un bon second, Hooke. Un homme de marine. Un homme qui sait garder un secret quand la mer l'exige.
— Je n'ai jamais caché que je savais compter, capitaine. Et je sais compter jusqu'à douze mille livres.
Vane me regarda. Pendant un instant, je vis autre chose que de la folie dans ses yeux — une lueur d'homme rationnel, trop lucide pour son bien. Il ouvrit un tiroir de la table à cartes et en tira un bout de parchemins roulés, jaunis par l'humidité.
— La *San Cristóbal*, dit-il lentement. Navire marchand espagnol, parti de Cadix il y a onze ans avec une cargaison d'or destinée aux colonies. Près de quatre-vingt mille livres d'escudos et de doublons. Disparue au sud de l'Atlantique, sans un seul naufragé, sans une épave jamais signalée.
— Je connais cette histoire. Vieille légende de port.
— Ce n'est pas une légende, Elias. C'est un fait maritime. Les dépêches de l'époque mentionnent une dernière position relevée par un baleinier français — les quarantièmes rugissants, et une série de récifs que personne n'a jamais cartographiée. La nuit du passage, le navire a sombré. Corps et or engloutis.
Je posai mes mains à plat sur le manifeste.
— Vous vous êtes lancé dans cette campagne — avec l'argent de ce navire, avec la vie de trente hommes — pour chercher le trésor d'un navire espagnol disparu depuis dix ans ?
Vane se pencha en avant, et son visage changea. Ce n'était plus le capitaine que j'avais vu échouer sa route dans les récifs, ce n'était plus l'homme qui murmurait la nuit en dormant. C'était un homme qui voyait ses rêves à portée de mains.
— Près de quatre-vingt mille livres, répéta-t-il. Assez pour rembourser Pratt au centuple. Assez pour laver ma famille de la honte, pour donner à chaque homme de ce navire une part qui le rendrait riche pour le restant de ses jours. Cette quête n'est pas un acte de folie, Hooke. C'est un acte de nécessité.
— Un acte qui vous a déjà coûté nos tryworks, et qui nous a presque tués sur ces récifs.
Le crépitement de la pluie contre le hublot sembla s'intensifier. Vane ferma les yeux une seconde, les rouvrit, et sa voix se fit plus basse.
— Qu'avez-vous vu, Elias ? Qu'avez-vous vraiment vu ?
Je savais ce qu'il attendait. Une réponse d'homme loyal, une réponse de marin qui se soumet à l'autorité. Mais je pensais à la ligne coupée, au feu dans les tryworks, aux murmures des hommes, aux regards de Silas. Je pensais aux doigts osseux de Primm sur son registre secret, à la dette de douze mille livres, écrite en clair dans un livre qui attendait déjà le nom du vaincu.
— J'ai vu un navire sans prise, capitaine. Un navire dont le manifeste est un mensonge, dont l'équipage affamé se demande si son officier le trahit, dont les cales sont vides et les pots brisés. Et maintenant vous me demandez de garder votre secret ?
— Je vous demande de m'aider à le réaliser.
Il poussa le parchemin vers moi. Il était couvert d'une écriture fine, presque microscopique, chargée de signes et de coordonnées.
— La dernière position de la *San Cristóbal*, dit-il. Relevée par le second du *Cyane*, un baleinier français qui a croisé ces eaux avant la disparition. J'ai passé vingt ans à reconstituer cette carte. Nous sommes à moins de deux jours de ces récifs. Deux jours, Elias.
Ma gorge était sèche. Je regardai le parchemin, puis le visage de mon capitaine. Et dans ce visage, je vis quelque chose qui me glaça plus que tous les mensonges : la certitude d'un homme qui s'était convaincu que sa folie était une vision.
— Je vous jure, dit-il en posant sa main sur la table, que si je trouve ce navire, chaque homme à bord recevra sa part. Vous serez prospère. Vous serez libre. Mais vous devez garder ce savoir en vous — pour la sécurité du voyage. Si le mot *or* sort de votre bouche devant un homme de l'équipage, ce navire deviendra un enfer.
Un coup éclata au-dessus de nos têtes. La pluie battait maintenant les planches comme des milliers de clous.
Je fixai le capitaine Vane, puis le manifeste qui ne mentionnait que de l'huile que nous ne possédions pas.
— Vous voulez que je mente pour vous.
— Je veux que vous surviviez avec moi.
Le navire plongea dans un creux de houle, et pendant une seconde, le monde entier sembla suspendu. Je pensai aux doigts de Silas serrés autour des épaules des hommes, à Raton qui m'observait depuis la mâture, à Primm qui tournait les pages de son livre avec la patience d'un décompte.
Et je répondis. Non pas avec des mots, mais par un silence qui suffit à Vane pour sourire.
— Bon, dit-il. Alors nous parlons le même langage.
Il se leva et quitta le carré sans un regard en arrière.
Je restai seul avec le manifeste. Seul avec le mensonge qu'il venait de sceller entre nous.
Et dans l'obscurité du carré, je compris que je venais de devenir complice de sa quête.
Ou qu'il venait de sceller ma propre damnation.