Le Lys de Fer
Lire le chapitre 15: The Turncoat
La première lueur grise filtrait à travers les volets de la ferme quand Louis frappa à la porte de la chambre d'Élise. Elle dormait encore, la tête posée sur le dossier de la chaise où elle avait passé la nuit à relire ses notes. Le prince entra sans attendre la réponse, le téléphone serré contre l'oreille.
— Il est vivant, murmura-t-il en raccrochant. Philippe vient de me confirmer que le Roi a tenu le conseil de ce matin. Les médecins disent que sa faiblesse n'est qu'une fatigue passagère.
Élise se frotta les yeux. — Philippe, votre frère. Le duc de Montpensier.
— Oui. Il est le seul au palais à qui je fais encore confiance. Depuis le début de tout cela, il me fait passer des informations. Il a été le premier à me prévenir que l'on me surveillait.
— Et vous ne l'avez jamais mentionné.
Louis s'assit en face d'elle, les mains croisées. — Je ne pouvais pas. Si l'on découvrait que nous communiquions, ils le tueraient comme ils ont tué Marchand.
Élise le regarda longuement. Quelque chose dans son ton ne collait pas. Elle avait vu des menteurs toute sa carrière, des hommes qui croyaient que leur rang les protégeait de l'observation. Le prince Louis n'était pas un menteur-né. Il était un homme désespéré qui s'accrochait à la seule bouée qu'il croyait avoir trouvée.
— Comment vous contacte-t-il ? demanda-t-elle.
— Par un canal discret. Une ancienne ligne du château de Gandôme qui n'existe plus dans les registres. Elle a été posée pour les communications de la Reine mère dans les années soixante.
— Et c'est par cette ligne qu'il vous a joint ici ?
— Oui. Il y a encore quelques heures. Il m'a dit que le chancelier Béarn-Armagnac avait demandé un inventaire complet des sceaux royaux. Que l'on préparait le terrain pour faire valider la clause de révision.
Élise se leva et fit les cent pas. La poussière du plancher dansait dans le rai de lumière. — Votre frère vous a dit que le Roi tenait son conseil. Il vous a dit que le chancelier préparait l'inventaire des sceaux. Ce sont des informations précises, internes.
— Philippe a toujours eu accès aux couloirs du pouvoir. C'est pour cela que je me suis tourné vers lui quand j'ai découvert le document.
— Vous vous êtes tourné vers lui, répéta Élise lentement. Ou bien est-ce lui qui s'est tourné vers vous ?
Louis fronça les sourcils. — Que voulez-vous dire ?
Elle s'arrêta devant lui. — Réfléchissez, Altesse. Depuis le début, chaque fois que vous avez voulu agir, quelqu'un a su où vous étiez. Le consul de Rouen nous a vus arriver avant même que nous ayons frappé à sa porte. L'homme qui vous a tiré dessus vous attendait dans un lieu que vous n'aviez partagé qu'avec une seule personne.
— J'avais partagé ce lieu avec vous aussi.
— Je n'ai pas tenté de vous tuer. Mais réfléchissez à votre frère. Quel est son intérêt dans la succession ?
Louis se raidit. — Philippe est le cadet. Il ne peut prétendre au trône. Il a toujours accepté cela.
Élise sortit la lettre de Lefèvre, celle qu'elle portait dans une poche intérieure depuis Paris. Elle l'avait relue tant de fois que le papier commençait à se plier aux marques de ses doigts.
— Votre père est malade. Supposément empoisonné par une médication contrôlée. S'il meurt sans successeur désigné — et si vous êtes discrédité, écarté, ou simplement mort — qui est le suivant dans l'ordre ?
— Philippe…, souffla Louis. Mais il n'a aucun soutien. Personne ne le prendrait au sérieux à la tête d'un conseil de régence.
— Mais dans une république ? Qui a besoin d'un monarque ? Les ministères sont déjà attribués. Duval à l'Intérieur. Auriol au cabinet fantôme. Mais il faut bien une figure de transition, quelqu'un qui puisse négocier la reddition du palais, quelqu'un qui connaît les codes et les alliances de la famille royale.
Louis se leva brusquement, renversant sa chaise. — Vous accusez mon frère de… quoi, exactement ? D'avoir orchestré l'attaque contre moi ?
— Pas l'attaque. La récupération. L'attaque devait vous mettre à l'écart. Le reste — votre fuite, vos découvertes, votre tentative de rejoindre Gandôme — vous étiez utilse vivant. Tant que vous couriez, vous étiez la preuve vivante que le prince héritier était instable, incompétent, dangereux. Et chaque pas que vous faisiez était rapporté par celui qui semblait vous aider.
La porte s'ouvrit derrière eux. Un homme se tenait dans l'embrasure, veste de tweed, cheveux châtains, le menton carré du duc de Montpensier. Il tenait un pistolet à la main, le canon orienté vers le sol.
— Elle est plus intelligente que je ne le pensais, dit Philippe d'une voix presque admirative. Vraiment, Louis, tu aurais dû rester au palais à te faire dorloter. C'était tellement plus simple.
Louis blanchit. — Philippe. Toi.
— Tu as découvert la clause. Tu as découvert le document. Et tu t'apprêtes à filer à Gandôme pour mettre la main sur le sceau. On ne peut pas laisser cela arriver, tu le comprends.
Philippe leva le pistolet. Élise bougea. Sa main trouva le manche de la poêle en fonte posée sur le poêle, et elle la lança de toutes ses forces vers la fenêtre de la pièce adjacente. Le verre explosa. Philippe pivota, et Louis fonça vers la porte arrière.
Élise saisit Louis par le bras et l'entraîna dans le matin froid, le son des pas de Philippe derrière eux.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.