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Le Lys de Fer

Lire le chapitre 8: The Archivist's Secret

La demande d'accès aux archives royales mourut dans le silence du bureau de Maître Aubry, conseiller du roi, avant même d'avoir été formulée.

« Capitaine Moreau, dit-il sans lever les yeux de son dossier, la procédure d'accès aux archives de la Couronne exige une autorisation signée par trois ministres et contresignée par la Chancellerie. Votre statut d'enquêtrice temporaire ne vous donne aucun droit particulier. »

Élise serra la lanière de son sac. Elle avait usé son autorisation pour les appartements du Prince sur une valet disparu. Il ne lui restait rien, sinon l'insistance.

« L'attentat contre le Prince héritier justifie une dérogation, Maître. La commission d'enquête a besoin de vérifier les allées et venues du personnel civil dans l'enceinte du palais durant la semaine précédant l'attaque. Les registres d'entrée pourraient révéler — »

« Ils révèleraient ce que la commission souhaite révéler, répondit Aubry en fermant son dossier. Et la commission, capitaine, n'a pas émis de demande en ce sens. »

Il la congédia d'un geste de la main, l'index déjà pointé vers son téléphone.

Dehors, sous la galerie nord, Élise s'adossa à une colonne de marbre. Le froid de la pierre traversait son manteau d'uniforme. Elle ferma les yeux une seconde. Ses pensées dérivaient vers son père, assis dans sa cuisine avec cette lettre au sceau inconnu, et vers Duval, le financier des Béarn-Armagnac, tenant la corde de ses dettes comme on tient la laisse d'un chien.

« Capitaine ? »

Une voix grave, presque un murmure. Un homme en costume de bureauté de la maison de la Couronne, la cinquantaine, lunettes cerclées d'or, une serviette de cuir fatiguée sous le bras. Il jeta un regard derrière lui avant de s'avancer.

« Clément Lefèvre, archiviste royal. J'ai appris que vous cherchiez à consulter les registres. »

Élise se redressa, la main instinctive vers son arme. « Qui vous a dit — »

« Dans mon métier, on apprend à lire ce qui n'est pas écrit, capitaine. » Il sourit faiblement. « Le conseiller Aubry parle fort et mon bureau est contigu au sien. »

Elle le détailla. Une cicatrice fine sur la mâchoire, des doigts tachés d'encre ancienne, la posture d'un homme habitué à se faire oublier.

« Pourquoi m'aider ? »

« Parce que vous êtes la seule personne qui semble vouloir la vérité sur ce qui s'est passé au jardin des Orangers. Et parce que j'ai vu... des choses, ces dernières semaines. Des visites qui ne figurent dans aucun agenda officiel. » Il hésita. « Et un inventaire qui ne colle pas. »

Le mot résonna. Un inventaire. Un document.

« Où, quand ? »

« La bibliothèque des chartes, salle 3, sous-sol. Ce soir, vingt-deux heures. Je passerai par le passage de service. En face de l'entrée, il y a un café — Le Nantais. Vous attendrez ma confirmation, je vous ferai signe. »

Il disparut dans l'ombre des arcades, trop vite pour qu'Élise puisse demander davantage.

Le ministère la réclamait à seize heures. L'horloge de la cour du palais indiquait quatorze heures quarante.

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Le rapport à la direction générale se déroula comme prévu. Trois hommes en costume sombre, un dossier épais sur la table, des visages fermés. Le directeur adjoint Rocard présidait — un homme que la rumeur disait promis à un siège à la Cour des comptes, ce qui expliquait sa prudence.

« Capitaine Moreau, dit-il en tournant les pages de son dossier. Faisons le point. L'hypothèse d'un acte terroriste isolé est-elle toujours votre conclusion ? »

Élise croisa les mains sur ses genoux. Sous la table, sa paume gauche portait encore la marque de la bague de sa mère, qu'elle avait tordue toute la nuit.

« L'enquête suit son cours, Directeur. Le profil de l'assaillant, Mercier, suggère un déséquilibré agissant seul, probablement sous emprise idéologique. Les éléments balistiques confirment un tir unique, prémédité, mais sans réseau logistique apparent. »

« Pourtant, insista Rocard, il y a des rumeurs de complicité interne. Des graffitis, des menaces. La presse commence à s'agiter. »

« La presse s'agite toujours, Directeur. Le Roi lui-même a fait part de sa confiance dans la Sécurité d'État. Nous devons éviter d'alimenter des théories de complot qui nuiraient à l'image de la Couronne et à la stabilité du royaume. »

Elle prononça la phrase comme on récite une prière apprise la veille. Les mots de Renaud, qu'il lui avait glissés dans la voiture blindée. *Dis-leur ce qu'ils veulent entendre. C'est la seule façon d'enquêter.*

Rocard hocha la tête. Une perle de sueur brillait à sa tempe. « Très bien. Je vais recommander la prudence dans les prochaines communications. Le cabinet du Roi appréciera votre discrétion. »

Discret. C'était le mot qu'on employait pour ceux qui fermaient les yeux.

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À vingt et une heures cinquante, Élise s'installa à la table du fond du Nantais, un café sombre et étroit où l'odeur de chicorée rimait avec celle du papier moisi. Le garçon — un vieil homme au tablier graisseux — lui servit une tasse sans qu'elle commande. Elle attendit dix minutes, le regard braqué sur la vitrine embuée, jusqu'à ce qu'une silhouette courte traverse la rue sous le réverbère, le col relevé.

Lefèvre entra, s'assit sans un mot, et posa sur la table une enveloppe de papier kraft, fermée d'un sceau de cire rouge aux armes de la maison royale.

« Je ne peux pas vous laisser consulter les registres, dit-il. Mais je peux vous donner ceci. »

Il ouvrit l'enveloppe et en tira une feuille pliée en quatre. Les rayures des impressions d'imprimante trahissaient une copie d'écran. Élise l'étendit sur la table, sous la lumière blafarde de la lampe.

Une liste. Dates, heures, noms. Des entrées au palais durant les trois mois précédant l'attentat. La plupart étaient des noms connus — ministres, ambassadeurs, membres de la maison royale. Mais à mi-page, son regard s'arrêta sur une entrée répétée. Quatre fois. Toutes entre minuit et trois heures du matin.

SYLVANERIE DYNASTIES S.A. — Représentant non précisé. Accompagné de la maison Béarn-Armagnac.

« Sylvannerie... » répéta Élise. « C'est un nom de société d'élevage. »

Lefèvre secoua la tête. « C'est un nom de boîte. Une coquille. Derrière, il y a un conglomérat appelé Groupe Larzac, spécialisé dans la bio-ingénierie végétale — semences, hybridation, manipulations génétiques. La maison Béarn-Armagnac en est actionnaire majoritaire. »

Élise leva les yeux. « Quatre visites nocturnes en trois mois ? Pour quoi faire ? »

« Voilà ce que je n'arrive pas à savoir. Mais j'ai un autre détail. » Il baissa la voix, presque plus un souffle. « La nuit de l'attentat, une camionnette de la société Sylvannerie a été enregistrée à la barrière sud du palais. Vingt-deux heures quarante. Soit douze minutes avant le premier coup de feu. »

Le silence s'épaissit entre eux.

« Et personne n'en a parlé ? »

« Le registre a été purgé ce matin. » Lefèvre jeta un regard vers la vitre. « Quelqu'un dans l'administration a effacé l'entrée. J'ai conservé cette copie parce que j'imprime tout, par principe. Je suis de la vieille école, capitaine. Le papier, ça ne se pirate pas. »

Élise replia la feuille et la glissa dans la poche intérieure de son blouson. « Vous risquez gros. »

« Je le sais. Mais j'ai passé trente ans à préserver l'histoire de ce royaume. Si on la réécrit en direct, je veux au moins que quelqu'un sache ce qui s'est vraiment passé. »

Il se leva, plus lentement qu'à son arrivée, comme si le poids de la conversation l'avait vieilli.

« Une dernière chose, capitaine. La réunion de cette nuit ne concernait pas que des semences. J'ai croisé le secrétaire du Prince cette nuit-là, près de la barrière. Il m'a dit — il avait l'air ivre ou terrifié — que "les lys ne fleurissent que dans le sang". »

Le proverbe de la Ligue du Lis. Le tatouage sur le poignet de Mercier. La bague brisée sur le sein de la duchesse.

Élise se leva à son tour. « Soyez prudent, Monsieur Lefèvre. »

« Vous aussi, capitaine. Vous marchez sur un terrain miné. »

Il sortit. La clochette de la porte tinta dans le silence. Élise resta seule, la copie brûlant contre sa poitrine.

Une société de bio-ingénierie visitant le palais en pleine nuit, accompagnée de la maison Béarn-Armagnac, douze minutes avant un attentat. Et la Ligue du Lis murmurant son rite dans le couloir.

Elle sortit son portable et composa le numéro de Tours. Pas de réponse.

Marchand avait peut-être déjà payé pour ce qu'il avait vu. Et elle commençait à voir beaucoup.