Le Marquis Éternel
Lire le chapitre 12: The Price of Blood
Le Conseil se tenait dans une chapelle désaffectée du septième arrondissement, sous l'égide de l'obscurité et des vitraux brisés. Des chandelles de cire noire vacillaient dans des niches creusées à même la pierre, et les ombres qu'elles projetaient semblaient plus longues que nature, comme si la lumière elle-même refusait de révéler trop de visages.
Camille avançait au bras de Philippe, son regard balayant la nef. Ils étaient peut-être quinze, enveloppés dans des capes de velours et de soie, assis sur des bancs de chêne disposés en cercle imparfait. Des visages pâles, des yeux qui brillaient d'un éclat fiévreux dans la pénombre. Certains la dévisageaient avec une curiosité malsaine, d'autres ignoraient son existence comme on ignore un meuble. Mais tous savaient qui elle était. Tous savaient pourquoi elle était là.
« La journaliste, dit une voix grave, provenant d'un homme au visage taillé à la serpe, assis près de l'autel. Nous avions espéré que vous auriez plus de discernement, Philippe, que de traîner une mortelle dans nos affaires. »
Philippe guida Camille jusqu'à un banc situé face à l'autel, lui offrant la place où il pourrait surveiller l'assemblée entière. Il resta debout derrière elle, une main posée sur le dossier, en promesse silencieuse.
« Camille est venue clarifier certaines choses, dit-il. Et elle a des informations qui méritent votre attention, Anastase. »
L'homme — Anastase — arqua un sourcil. « Des informations. Venant d'une mortelle. Dois-je rappeler combien de nos secrets ont été perdus par la bouche d'une femme éprise ? »
La chaleur monta aux joues de Camille, mais elle garda la voix ferme. « Je ne suis pas éprise, monsieur. Je suis enquêtrice. Et ce que j'ai découvert, c'est que votre communauté ne se tue pas la nuit — mais sacrifie les siens dans les ténèbres du jour, par procuration. »
Murmures. Certaines des créatures tendirent le cou, d'autres se raidirent. Anastase laissa un sourire mince se dessiner sur ses lèvres.
« Vous parlez des Disparues. Les marquées. Le Prix du Sang. Oui, nous connaissons ce terme. Nous savons aussi qu'il s'agit d'une calamité nécessaire, un fardeau que nous portons pour éviter que la brèche entre notre monde et l'entité ne s'ouvre davantage. »
« Vous l'appelez une calamité, dit Camille en se levant à demi, mais votre serviteur Louis s'arrange pour que les victimes portent une marque précise. Une marque solaire. Ce n'est pas l'entité qui choisit, n'est-ce pas ? C'est vous. »
Le silence tomba comme un couperet. Philippe se pencha, et son souffle frôla son oreille. « Camille… »
Mais Anastase éclata de rire. Un rire sans joie, qui résonna contre les murs de pierre. « Vous avez du culot, ma petite. L'entité ne choisit pas ses proies, c'est vrai. Elle exige un tribut — trois âmes au solstice. Qui nous les donne, elle n'en a cure. Mais nous, nous avons des règles. Nous désignons celles dont la disparition passera inaperçue. Les solitaires. Les extravagantes. Celles dont la disparition ne suscitera que des haussements d'épaules. » Il se pencha en avant. « Ce n'est pas une chasse. C'est un devoir. Un devoir que certains d'entre nous voudraient voir disparaître. »
La phrase flotta dans l'air chargé de cire et de sang. Camille la saisit au vol.
« Certains d'entre vous ? »
Anastase jeta un regard appuyé vers un groupe de trois vampires assis dans l'ombre d'un pilier, leurs visages indistincts. « Il y a une faction, murmura-t-il, qui trouve le Pacte insupportable. Qui veut rompre avec l'entité, et se nourrir à la source libre. Ce ne sont pas des monstres de contes, ma chère. Ce sont des révolutionnaires. Et nous avons la preuve qu'un traître parmi nous leur livre des informations. Des noms. Des cachettes. »
Philippe se raidit. « Un traître ? »
« Nos registres ont été consultés. Nos planques compromises. Et hier soir, l'un des nôtres, François, a été retrouvé vidé dans une ruelle du Marais. » Anastase se leva, son capiteux tomba derrière lui, révélant une carrure de marbre. « La question n'est pas de savoir si le Prix du Sang cruel est nécessaire. La question est de savoir lequel d'entre nous s'estime au-dessus du Pacte. »
Ses yeux se posèrent sur Camille. Puis sur Philippe. Et son sourire s'élargit, lent comme une lame qu'on sort de son fourreau.
« Vous arrivez ici, Philippe, avec une mortelle qui accuse votre père. Qui brandit des journaux intimes et des symboles anciens. Qui fouille vos archives et vos bibliothèques. » Il haussa les épaules, un geste plein de fausse commisération. « Pardonnez ma méfiance. Mais si quelqu'un de cette assemblée a intérêt à ce que le vent tourne, c'est bien l'héritier de la maison Montfort, dont le propre frère était le plus ardent des révolutionnaires avant sa "disparition". »
Camille sentit son cœur faire un bond lors de ces mots. Le propre frère de Philippe. Une violence sourde passa dans les yeux du vampire derrière elle.
« Mon frère est mort il y a soixante ans, Anastase. Et vous le savez. »
« Est-ce ce que vos registres affirment ? » Anastase sortit d'une poche intérieure un feuillet plié. « Voici une lettre de Louis, datée d'il y a neuf ans, qui mentionne une rencontre avec une personne à Beauvais. Une personne qu'il appelle "le Petit". » Il jeta le feuillet aux pieds de Philippe. « Votre frère s'appelait Étienne, n'est-ce pas ? Surnommé "le Petit" par votre mère ? »
Camille vit les mâchoires de Philippe se serrer. Comme de l'acier. Elle se tourna vers lui, à la recherche d'une réponse. Mais avant qu'il ne puisse parler, une douleur sourde irradia de sa main gauche. Elle jeta un coup d'œil : sa bague, celle que sa mère lui avait donnée, venait de se briser en deux. Un éclat avait percé sa peau, une fine entaille qui saignait de façon inhabituelle — brillante, presque lumineuse dans la demi-obscurité.
« Vous êtes pâle, mademoiselle », dit Anastase, avec une douceur faussement attentionnée. « Le sang ne vous réussit pas. »
Camille recula, déjà étourdie. Philippe se précipita, mais elle sentait ses jambes se dérober. La chapelle vacilla. Les chandelles noires dansèrent, leurs flammes se retournant comme pour la regarder.
« Philippe… » Sa voix n'était plus qu'un filet. « Je crois que… je ne me sens pas bien. »
Elle s'effondra. Philippe la rattrapa avant qu'elle ne heurte la pierre, mais les mots lui manquèrent — il vit la pâleur mortelle de son visage, la fine ligne rouge qui remontait de son poignet vers son cou, comme une coulure d'encre sous la peau.
« Empoisonnée », dit Anastase, sans quitter sa place. « La bague. Une piqûre. Une goutte de belladone suffit à faire paraître le sang écarlate pour ce qu'il n'est pas. » Il croisa les bras, impavide. « Le Conseil n'aime pas les témoins. Surtout ceux qui ont promis de dénoncer l'un des nôtres demain. »
Entre les contractions de la douleur qui lui broyait la poitrine, Camille comprit. Ce n'était pas le groupe d'Anastase. Ce n'était pas Louis. C'était quelqu'un de l'autre côté de la nef — quelqu'un qui avait touché sa bague lors de l'entrée, quelqu'un qui avait placé le poison avant même qu'elle ne pose le pied dans la chapelle.
Sa vision se nua en noir et blanc. Les ombres s'étirèrent, dévorant les visages autour d'elle.
« Philippe », murmura-t-elle, et sa main se referma sur son gilet avec une force désespérée. « J'ai vu son visage. L'homme dans la pénombre. Le membre de la faction. Il… »
Le visage du poignardeur. Celui au sourire trop doux, qui l'avait frôlée en entrant, qui avait dit « Mes hommages, mademoiselle Delacroix », d'une voix onctueuse — elle se rappelait à présent. Il n'était pas dans l'assemblée. Il n'était jamais entré dans la chapelle.
Il avait attendu dehors. Pour la toucher. Et repartir.
« Il sait où est ma sœur », souffla-t-elle, tandis que le noir l'emportait. « Il sait tout. Et il veut vous voir saigner tous. »
Ses doigts se relâchèrent. Le sol l'accueillit — non, les bras de Philippe, qui hurla son nom dans un vide qui ne renvoyait aucun écho.
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