Le Marquis Éternel
Lire le chapitre 7: The First Clue
La lampe à pétrole crachait une lumière jaune sur les pages froissées du journal de Clotilde Perrin. Camille avait verrouillé sa porte, tiré les rideaux de velours rouge, et empilé ses notes sur le bureau comme une barricade contre le monde extérieur. La nuit était tombée depuis des heures, et le silence de l'appartement n'était rompu que par le crissement de la plume et le battement lointain d'un fiacre sur le pavé.
Elle relut le passage pour la troisième fois.
*« Il me visite chaque soir quand les jours raccourcissent. Il demande mon consentement, et je lui refuse. Il sourit alors comme un homme qui connaît déjà la réponse avant la question. Les autres, elles n'ont pas su dire non. Elles portent maintenant la marque de son attente. »*
La marque. Camille fouilla dans ses notes, retrouva le croquis qu'elle avait fait d'après les descriptions de Blanchard : une ligne circulaire gravée au poignet des disparues, grossièrement décrite par le vieux détective comme « une roue à huit rayons, ou une fleur de soleil mal dessinée ».
Elle avait supposé, comme tout le monde, un rituel vampirique. Croix inversée, sceau de sang, protection contre la lumière.
Mais les journaux parisiens s'étaient trompés. Le symbole n'était pas une protection contre le soleil — c'était une invocation *du* soleil.
Camille se leva, marcha jusqu'à sa bibliothèque, et tira le lourd traité de mythologie comparée — un cadeau de son père, ironie amère — qu'elle n'avait pas ouvert depuis des années. Elle le posa sur le bureau, feuilleta les planches gravées en fin d'ouvrage. Et là, page 214, elle le trouva.
Le *sol invictus*. Le Soleil Invaincu.
Le symbole des adorateurs de Mithra. Huit rayons, fréquemment gravés dans les temples souterrains de l'Empire romain. Un culte du soleil qui prospérait dans les cryptes et les grottes — paradoxe qui n'avait jamais cessé d'intriguer les historiens.
Camille s'assit lentement, le livre ouvert devant elle.
Les créatures des ténèbres qui brûlent la lumière n'auraient aucun motif de graver le symbole du soleil sur leurs victimes. Mais un culte du soleil, lui, pourrait bien commettre ces meurtres rituels pour une autre raison.
Elle retourna au journal. Les dates. Elle avait noté les dates.
Clotilde écrivait : *« L'attente se termine quand le jour sombre est le plus court. Il m'a dit que la porte s'ouvrirait au solstice d'hiver. »*
Mais plus loin, dans une autre entrée que Camille avait d'abord négligée, surgit une correction : *« Je confonds. Ce n'est pas l'hiver. Il m'a parlé du solstice d'automne. De l'instant où le jour meurt le plus vite. C'est pour cela qu'il a été patient au printemps. Il attendait la chute. »*
Le solstice d'automne.
Camille compta. Trois jours. Cette année, le solstice d'automne tombait dans trois jours.
Elle saisit le dossier du commissariat que Blanchard lui avait confié — les disparitions non élucidées, les femmes entrées chez les Montfort et jamais ressorties. Les dates d'enlèvement présumé figuraient en petites écritures administratives. Camille les aligna sur sa feuille, les entoura, et vit le motif émerger comme un visage dans un cliché photographique qui se développe.
Octobre 1861. Septembre 1864. Fin septembre 1867. Octobre 1870. Automne 1873. Septembre 1881. Et ainsi de suite — année après année, tous les trois ou quatre ans, toujours entre la mi-septembre et le début d'octobre.
Le solstice. Un rituel tous les trois ans, au moment où le soleil déclinait.
Ce n'était pas un prédateur qui chassait quand l'envie le prenait. C'était une mécanique. Un calendrier. Quelque chose — *quelqu'un* — se préparait pour le solstice comme un prêtre prépare un sacrifice.
La plume de Camille trembla. Elle la posa.
Elle avait passé cinq semaines à collecter des preuves contre Philippe de Montfort. Le marquess au charme trop parfait, aux yeux trop calmes, à la générosité ostentatoire. L'homme qui connaissait le nom de sa mère avant qu'elle n'ait fini de le prononcer. L'homme persuadé qu'elle était « plus l'une d'entre eux que Louis ne le pensait ».
Mais si Philippe était le meurtrier — le vampire, la créature — pourquoi avait-il offert de lui montrer la vérité lui-même ? Pourquoi ce mot, cette invitation dans sa cave, qui pouvait être un piège ou un aveu ?
Un vampire authentique craindrait la lumière. Il n'en ferait pas un symbole rituel.
À moins que — Camille se mordit la lèvre — à moins que tout ce qu'elle croyait savoir sur les vampires fût faux. Ou à moins que le véritable monstre ne fût pas ce qu'il semblait. Peut-être que le marquess essayait d'arrêter quelque chose dans sa propre cave. Peut-être que la femme « enfermée » dont parlait Isabelle n'était pas une victime de Philippe, mais de celui qu'il combattait.
Le clair de lune traversait la fente des rideaux, dessinant une lame argentée sur le plancher. Camille regarda la photographie d'elle-même, retrouvée sous l'Opéra. On l'avait prise sans son consentement, trois jours avant son enquête officielle. Quelqu'un savait qu'elle viendrait avant qu'elle le sût elle-même.
Mais Philippe ne pouvait pas avoir orchestré cela. Il avait paru sincèrement surpris de la voir paraître au gala sans invitation. Il aurait pu la faire jeter dehors. Il avait choisi de jouer l'énigme.
Louis, en revanche. Louis avait été informé. Louis avait fait surveiller sa maison. Louis savait qui elle était, et il n'avait eu aucune difficulté à la menacer.
Louis le frère hostile. Louis, la colère froide. Louis qui parlait des « distractions » et des « protégées » de son frère comme si ces femmes n'étaient que des problèmes à dissimuler.
Camille déchira une page vierge de son carnet. Elle écrivit à l'encre noire, en lettres fermes :
*Je connais la date. Je connais le symbole. Dites-moi pourquoi vous avez protégé Clotilde Perrin et si je dois vous protéger à mon tour. — C.D.*
Le message n'était ni une accusation ni une demande. C'était une offre. Un fil tendu entre deux rives incertaines.
Elle le plia, le scella d'une goutte de cire rouge, et le glissa dans une enveloppe adressée à M. le Marquis de Montfort. Puis elle hésita.
Si le message tombait entre les mains de Louis, elle venait de signer sa propre disparition.
Mais si elle ne le faisait pas, le solstice viendrait dans trois jours, une femme disparaîtrait dans les entrailles de Paris, et le cycle se poursuivrait.
Camille souffla sur la cire. Puis elle sortit dans la nuit, et remit l'enveloppe au concierge du marquisat avec une pièce d'or et l'injonction de la donner *en main propre*, au marquis lui-même, et à personne d'autre.
Le concierge inclina la tête. L'enveloppe disparut dans sa poche, et Camille retourna chez elle, le cœur battant comme un cheval au galop.
Le soleil se lèverait dans quatre heures. Et pour la première fois depuis des semaines, elle ne savait pas si elle poursuivait un meurtrier, un protecteur, ou les deux.
Trois jours. Il restait trois jours avant que la porte s'ouvre, avant que quelqu'un ne demande son consentement à un autre soleil mourant.
Trois jours pour découvrir qui portait le masque, et qui le cachait.