Le Mirage de Monaco
Lire le chapitre 27: Clutched in the Vault
L’air du coffre était sec et froid, chargé d’une odeur de métal et de vieux papier. Camille sentait le canon du pistolet contre sa tempe, la pression exacte, presque polie, d’un homme qui savait tenir une arme sans trembler. Devant elle, Lidia Marchetti tenait le pendentif—le vrai, elle le voyait à la façon dont la lumière du plafonnier accrochait la pierre, ce bleu profond qui n’existait que dans les saphirs de Paul—entre deux doigts gantés de noir.
— Vous avez fait ça pour l’argent, dit Camille, la voix calme malgré le battement sourd dans sa poitrine. Pas pour la pièce. Pour l’assurance.
Ravel ricana derrière elle. Il portait encore son costume impeccable, mais sa cravate était de travers, et il sentait la sueur nerveuse.
— La pièce est assurée pour douze millions, Camille. Tu crois que je vais passer ma vie à m’occuper des caprices de riches collectionneurs pour un salaire de directeur ? J’ai fait un faux vol. La vraie pièce devait disparaître, l’assurance paie, et je partage avec ma complice. Simple.
— Sauf que votre complice vient de vous trahir, dit Victor. Il se tenait à l’entrée du coffre, mains en l’air, gardé par le canon pointé d’Irina dans son dos. La jeune femme était impassible, mais il y avait une tension dans sa mâchoire, une incertitude qui n’avait pas été là quelques minutes plus tôt.
Lidia sourit, un sourire froid qui ne touchait pas ses yeux. Elle fit glisser le pendentif dans une poche intérieure de sa veste.
— Ravel, mon cher, vous êtes un amateur. Vous croyiez que j’allais me contenter de la moitié d’une prime d’assurance ? J’ai un acheteur privé. Un acheteur qui paie trois fois ce que l’assurance vous aurait versé. Et qui n’a pas besoin de documentation.
— Vous… Ravel avait la voix qui montait d’un cran, la panique qui perçait sous l’autorité. Vous aviez dit que nous étions partenaires.
— Nous l’étions, dit Lidia. Jusqu’à ce que vous deveniez inutile.
Elle se dirigea vers la porte du coffre, passant devant Irina sans un regard. Irina baissa son pistolet d’un centimètre, hésita, puis le releva.
— Lidia, dit Irina, la voix douce, presque suppliante. Vous ne m’aviez pas dit qu’il y aurait un acheteur privé.
Lidia s’arrêta. Elle se retourna lentement, toisant Irina comme on toise une employée qui a dépassé les bornes.
— Tu as fait ce qu’on t’a demandé, Irina. Maintenant, finis le travail. Ou reste dans l’histoire avec eux.
Le silence qui suivit était lourd, chargé de tout ce qui n’était pas dit. Camille vit le visage d’Irina se fermer, la douleur remplacée par une résolution froide. Elle savait ce que cela signifiait. Irina avait choisi son camp, et ce n’était pas celui de Lidia.
Le pistolet de Ravel tremblait maintenant contre la tempe de Camille. Il était en train de perdre le contrôle de la situation, et elle le sentait. Elle avait vu ce moment arriver des centaines de fois dans les négociations—le moment où la peur prend le dessus sur la raison, où l’homme en face d’elle devient imprévisible.
— Ravel, dit Camille, la voix douce et ferme à la fois, comme elle parlait aux clients les plus anxieux dans sa bijouterie. Vous n’avez pas besoin de faire ça.
— Taisez-vous ! Vous ne comprenez rien ! Cette femme… elle m’a menti. Tout ce que j’ai construit…
— Ce que vous avez construit est déjà détruit, dit Camille. Mais vous pouvez encore choisir comment vous en sortez. Si vous tirez, vous êtes mort. Si vous me laissez partir, vous avez une chance.
— Une chance ? Pourquoi ? Pour que vous alliez voir la police ? Pour que vous racontiez tout à l’assurance ?
— Nous avons tous des choses à cacher, Ravel. Ce n’est pas ma première affaire trouble. Laissez-moi partir, et je vous donne ma parole que je ne dirai rien de votre implication dans l’assurance.
Ravel hésita. Le pistolet baissa d’un centimètre. Derrière lui, Camille vit Victor échanger un regard avec Irina—un regard bref, chargé de reconnaissance. Ils se connaissaient. Bien sûr qu’ils se connaissaient.
— Vous mentez, dit Ravel, mais sa voix manquait de conviction.
— Est-ce que je mens ? Camille fouilla dans sa poche, sortit la cassette audio que Pierre Roustan leur avait donnée. Paul Duval vous a vu, Ravel. Il a vu ce que vous faisiez dans l’Entrepôt A. Avant de mourir, il a laissé des instructions. Il savait que vous étiez impliqué dans une fraude. Il avait prévu que quelqu’un viendrait, un jour, avec cette preuve.
Ravel fixait la cassette comme un lapin fixe les phares d’une voiture.
— Ce n’est pas possible. Paul est mort.
— Paul est mort parce que quelqu’un a voulu le faire taire, dit Camille. Et ce quelqu’un, ce n’était pas vous, n’est-ce pas Ravel ? Vous n’êtes pas un assassin. Vous êtes un comptable qui a mal tourné. Vous avez vu une opportunité et vous l’avez prise, mais vous n’avez jamais voulu qu’un homme meure.
Le silence de Ravel était une confession. Ses yeux se remplirent d’une lueur que Camille connaissait bien : le regret, l’autodéfense qui s’effondre.
Derrière elle, la voix de Lidia s’éleva, froide et moqueuse :
— Vous êtes pathétique, Ravel. Vous croyez quoi ? Qu’elle va vous laisser partir ? Qu’elle va oublier ?
Camille ignora Lidia. Elle gardait les yeux sur Ravel, sur le canon qui tremblait de plus en plus.
— Posez l’arme, Ravel. Je vous donne ma parole. Et je tiens toujours mes promesses.
Lentement, presque malgré lui, Ravel abaissa son pistolet. Il le posa sur une étagère du coffre, à côté de boîtes à bijoux vides qui n’avaient jamais contenu que des répliques.
Irina sortit un menotte de sa poche, passa derrière Ravel et le menotta sans un mot. Ses yeux croisèrent ceux de Camille, et quelque chose passa entre elles—une reconnaissance muette, une dette.
— L’acheteur, dit Irina, la voix neutre. Il s’appelle Thomas Falk. C’est lui qui a organisé le casse initial. Il est à Monaco depuis trois jours. Il attend le pendentif dans une villa sur la route de La Turbie.
Lidia eut un rire bref.
— Bien joué, Irina. Je pensais t’avoir sous-estimée. Mais ça ne change rien. Thomas Falk me paie trois fois plus que ce que tu peux me proposer. Et avec Ravel menotté, il n’y a plus personne pour vous couvrir.
— Vous avez raison, dit Victor, qui s’approchait lentement. Personne pour nous couvrir. Mais vous oubliez une chose, Lidia.
— Quoi ?
Victor sourit, un sourire sans chaleur.
— Le canon derrière vous.
Lidia se retourna. Irina avait de nouveau son pistolet en main, pointé droit entre les yeux de Lidia.
— Tu avais raison, dit Irina à Lidia. J’avais le choix. J’ai choisi.
Le visage de Lidia se figea dans une colère pure, puis quelque chose d’autre passa dans ses yeux. Quelque chose qui ressemblait à du respect.
— Thomas Falk ne vous laissera pas faire, dit-elle. Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.
— Alors dis-nous, dit Camille, qui se redressait, le pistolet de Ravel maintenant dans sa main. Dis-nous qui il est vraiment.
Lidia secoua la tête, un sourire amer aux lèvres.
— Thomas Falk est l’homme que vous auriez dû craindre depuis le début. Il n’est pas un simple collectionneur. Il est un intermédiaire. Un homme qui achète pour le compte d’autres, des gens que même la police de Monaco ne peut pas toucher. Et il a des informateurs partout, y compris ici.
Elle fit un pas vers la porte, défiant Irina du regard.
— Vous pouvez me tirer dessus, Irina. Mais si vous le faites, vous ne saurez jamais où Falk garde le vrai pendentif. Parce que, oui, celui-ci—elle tapota sa poche—c’est une réplique. Pierre Roustan est un artiste, mais il n’est pas infaillible. Falk a fait faire une copie de la copie. Le vrai vrai, celui que Paul a créé pour le prince, celui que personne n’a jamais vu, est entre les mains de Falk.
Le silence tomba sur le coffre. Camille sentit le sol se dérober sous ses pieds. La pièce qu’elles poursuivaient depuis des jours, la pièce pour laquelle Paul était mort, la pièce pour laquelle elle avait risqué sa carrière et la confiance de Victor… elle n’était même pas là. Elle n’avait jamais été là.
Victor laissa échapper un souffle. Il regarda Lidia avec une intensité nouvelle.
— Vous mentez.
— Si vous le croyez, dit Lidia avec un haussement d’épaules, partez. Laissez-moi sortir d’ici avec ce collier et allez chercher votre ami Falk. Mais quand vous arriverez à sa villa, vous comprendrez que j’ai dit la vérité. Parce que vous ne trouverez rien. Rien d’autre qu’une boîte vide et une note de remerciement.
Camille serra le pistolet dans sa main, la cassette de Paul toujours dans l’autre. Elle regarda Victor. Il y avait dans ses yeux la même question qu’elle se posait : et si Lidia disait la vérité ? Et si le véritable coup d’envergure était encore à venir ?
Une sirène résonna au loin, montant de la ville. Les gyrophares des polices de Monaco se reflétaient dans les vitres du hall, en bas.
— Le temps presse, dit Irina. Falk a peut-être déjà quitté la villa.
Camille prit une inspiration. Elle regarda Lidia dans les yeux.
— Alors on va chez Falk. Ensemble.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.