Le Mirage de Monaco
Lire le chapitre 31: Henri's Redemption
La porte du salon s’ouvrit dans un grincement à peine audible. Camille leva les yeux, le souffle court, les doigts encore crispés sur le poignet de Lidia.
Henri se tenait dans l’embrasure.
Il n’était pas blessé. Il n’était pas mort. Son costume était impeccable, sa cravate droite, et il tenait dans sa main droite une paire de menottes en acier qui captait la lumière tamisée du vestiaire.
Lidia eut un rire sec, presque dédaigneux. « Le garde de sécurité en renfort ? Vraiment, Camille, tu ramasses les hommes dans la rue maintenant ? »
Henri ne sourit pas. Il s’avança d’un pas lent, mesuré, et son regard ne quitta pas Lidia.
« Inspecteur Henri Marchand, Interpol. Unité des crimes contre le patrimoine. »
Le silence qui suivit fut si dense qu’on aurait pu le tailler au diamant.
Lidia cilla. Juste une fois. Mais c’était assez.
Henri fit claquer une menotte autour du poignet de Lidia avec une précision chirurgicale. « Vous êtes en état d’arrestation pour vol qualifié, association de malfaiteurs, et tentative de mise en danger de la vie d’autrui. »
« Vous n’avez aucune juridiction ici », siffla Lidia en se débattant, mais il avait déjà refermé la seconde menotte sur un support en laiton du vestiaire.
« Interpol a exactement la juridiction qu’elle choisit d’avoir, mademoiselle », répondit Henri en rangeant la clé dans sa poche intérieure. Son accent français s’effaçait peu à peu, remplacé par une diction plus neutre, plus internationale. « Et Monaco a signé l’accord de coopération bilatérale il y a onze ans. Vous pouvez vérifier si vous voulez. J’ai le document dans ma veste. »
Camille recula d’un pas, les jambes encore lourdes d’adrénaline. Elle regardait Henri - ce même homme qui tenait la porte de la bijouterie chaque matin, qui lui apportait son café sans qu’elle le demande, qui avait semblé si transparent, si ordinaire - et elle essayait de réconcilier son souvenir avec la présence calme et autoritaire qui se tenait devant elle.
« Vous... vous étiez là depuis le début ? »
Henri se tourna vers elle, et son visage s’adoucit presque imperceptiblement. « Depuis trois mois, mademoiselle Laurent. L’opération a été montée à Lyon, avec votre cellule de police locale. Nous savions que Thomas Falk préparait un coup contre la Maison Laurent depuis l’année dernière. Nous ne savions juste pas par quel canal il allait passer. »
« La cassette », dit Camille. « Paul. »
« Paul nous a été précieux. Il ne le sait pas, mais sa petite habitude d’enregistrer toutes ses conversations a donné à mon équipe la confirmation dont nous avions besoin pour lancer le dispositif. » Henri fit un pas vers elle, baissant la voix. « Quand vous avez remis la réplique à Falk, vous ne vous êtes pas contentée de protéger la pièce authentique. Vous lui avez donné l’occasion de croire qu’il avait gagné. Vous lui avez offert le temps dont nous avions besoin pour cartographier toute son infrastructure. »
Des pas précipités dans le couloir. La voix de Victor, étouffée par les murs. Henri ne bougea pas, mais ses yeux se rétrécirent légèrement.
« Il faut que je vous dise quelque chose à propos de Victor Morel », dit-il rapidement.
Camille sentit son estomac se nouer. « Il m’a déjà tout dit. Son rôle d’informateur, sa relation avec Falk— »
« Il vous a dit ce qu’il avait besoin de vous dire pour gagner votre confiance. Ce n’est pas la même chose. » Henri sortit un téléphone de sa poche - pas celui qu’elle avait vu sur son bureau de la bijouterie, mais un appareil plus épais, scellé. Il fit défiler un écran et le lui tendit.
Un rapport. Charlotte Morel, daté d’il y a quatre ans. Détournement de fonds, blanchiment d’argent, association de malfaiteurs. Le nom de Thomas Falk apparaissait en gras dans la section « liens vérifiés ». Et en bas, une mention manuscrite sur laquelle Camille revint deux fois.
« Ancien informateur. Situation juridique non résolue. Mandat en suspens.
« Qu’est-ce que ça veut dire, “mandat en suspens” ? »
Henri rangea le téléphone d’un geste rapide. « Ça veut dire que Victor a accepté de travailler pour la police pour échapper à une inculpation complète. Mais ça veut aussi dire que le dossier n’est jamais refermé. Tant que Falk n’est pas officiellement condamné, Victor reste en liberté conditionnelle. S’il franchit la ligne, il tombe. Et si quelqu’un comme Falk peut le faire tomber avant... »
Il n’eut pas besoin de finir sa phrase.
« Pourquoi vous me dites ça ? » demanda Camille, la voix plus dure qu’elle ne l’avait voulue. « Vous me le dites parce que c’est la vérité, ou parce que vous essayez de le discréditer — »
« Je vous le dis parce que vous méritez de savoir qui vous protégez », coupa Henri. « Je ne lui fais pas un procès, mademoiselle Laurent. S’il est de notre côté, c’est le meilleur atout que nous ayons contre Falk. Mais s’il joue un double jeu, vous êtes la seule personne qui puisse le voir venir avant qu’il ne soit trop tard. Vous l’avez percé à jour en quelques jours. Nous, nous avons mis quatre ans à comprendre les trois quarts de ce qu’il cache. »
La porte donnant sur le jardin s’ouvrit avec violence. Victor entra en courant, le souffle court, une trace de terre sur la joue, les yeux d’abord fixés sur Camille, puis sur Henri, puis sur Lidia menottée au support en laiton.
Il s’immobilisa. Son visage perdit toute couleur.
« Henri », dit-il d’une voix blanche. « Tu es sorti de l’ombre. »
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