Le Mirage de Monaco
Lire le chapitre 33: The Fake Reveal
La salle des ventes était déserte à cette heure, baignée d'une pénombre bleutée traversée par les faisceaux des veilleuses de sécurité. Camille avança entre les vitrines comme on traverse un champ de mines, ses talons étouffés par la moquette épaisse. Derrière elle, Victor fermait la marche, l'épaule encore bandée sous sa veste, le souffle court.
« La salle principale est surveillée. Le gardien de nuit tourne toutes les vingt minutes. »
Camille acquiesça sans se retourner. Elle connaissait chaque recoin de cette maison — elle y avait passé plus d'heures que dans son propre appartement depuis la mort de son père. Elle s'arrêta devant la vitrine blindée où trônait le collier. Sous les projecteurs calibrés, la pièce semblait parfaite. Des siècles d'histoire capturés dans l'or et les pierres.
Sauf qu'elle savait. Depuis le début, elle savait.
« Victor, passe-moi la clé. »
Il fouilla dans sa poche et lui tendit le petit passe magnétique qu'ils avaient récupéré auprès du garde complice d'Henri. Camille l'appliqua sur le lecteur. La vitrine s'ouvrit avec un chuintement à peine audible. Elle souleva le collier du piédestal avec des gestes d'une précision chirurgicale, le tenant entre deux doigts comme une chose fragile, presque sacrée.
Il fit le poids. Les fermoirs, les maillons, tout y était.
« Il est bon, ce faux », murmura-t-elle. « Qui que soit l'artisan, il connaissait son métier. »
Elle retourna le pendentif principal entre ses doigts, étudiant la sertissure sous l'ongle. Le plan de Falk avait été élégant, elle devait le reconnaître : créer un double crédible pour distraire, voler l'original, puis laisser le faux en évidence pendant que le vrai traversait les frontières dans le ventre d'un avion privé. Mais il y avait un défaut. Un détail que seuls les yeux d'un bijoutier formé dans l'atelier Laurent pouvaient repérer.
Elle sortit une pince fine de sa poche intérieure et l'inséra sous le bord du chaton qui retenait la pierre centrale. La gemme bougea. Trop facilement.
« Là », souffla-t-elle.
Elle tourna la pierre sur son axe. Une rotation de trente degrés, pas une de plus, et le verrou céda. La gemme tomba dans le creux de sa paume — un zircon serti avec un art consommé, impossible à distinguer d'un vrai saphir à l'œil nu. En dessous, dans le logement vide, un minuscule rouleau de papier était niché, retenu par un fil d'or si fin qu'il aurait pu passer pour un élément décoratif.
Camille retint son souffle. Victor s'approcha, l'œil vif.
« C'est lui qui décide où aller », dit-il à voix basse. « Falk n'a jamais fait confiance aux téléphones. Trop faciles à pirater. »
Elle déroula le papier avec d'infinies précautions. Trois lignes d'une encre bleu pâle, presque effacée par le temps. Des coordonnées, une date, et quatre mots griffonnés en alphabet cyrillique.
« Tu lis le russe ? »
Victor plissa les yeux, déchiffrant par-dessus son épaule. « "Le filet se resserre. Il faut arroser le jardin." »
Camille le dévisagea. « C'est une sorte de code ? »
« Non. C'est une adresse. Le Jardin Exotique, à Monaco. Les serres du bord de falaise. » Il secoua la tête lentement. « Il y a dessous, dans les anciennes carrières, un réseau de tunnels que personne n'utilise plus depuis les années soixante. Falk a toujours eu un faible pour les lieux romantiques. »
Camille replia le papier avec soin, le glissant dans son soutien-gorge contre sa peau, là où personne ne le chercherait. Les coordonnées étaient fraîches — la date indiquait trois jours plus tôt. Cela ne correspondait pas au trajet de la jet privée vers Nice. Un changement de plan, peut-être. Une dernière protection avant l'exfiltration.
« Alors le collier n'est pas sur le chemin de l'aéroport », murmura-t-elle. « Il est ici, sous nos pieds. Depuis le début. »
Le silence s'épaissit autour d'eux. Quelque part dans le bâtiment, une porte claqua. Ils échangèrent un regard. Le gardien de nuit se rapprochait.
Victor était déjà à la fenêtre, écartant le rideau d'un centimètre. « On doit y aller maintenant. Avant qu'Henri ou ses collègues d'Interpol ne se lancent dans une interprétation différente de cette piste. »
Camille remit la pierre en place, referma la sertissure avec une précision parfaite, replaça le collier dans sa vitrine, et verrouilla derrière elle. Au dixième de seconde près, le gardien éclaira le couloir au bout duquel ils s'étaient accroupis, cachés derrière un comptoir de présentation.
Ils rampèrent vers la sortie de service qu'elle connaissait depuis l'enfance — celle que son père utilisait pour sortir les pièces sensibles sans éveiller l'attention des curieux. Une minute plus tard, ils émergeaient dans l'air salin de la nuit monégasque, à l'arrière du bâtiment, dans la ruelle déserte où Victor avait garé la voiture de location.
Il démarra pendant qu'elle attrapait son téléphone. Mais elle ne composa pas le numéro d'Henri. Quelque chose la retenait. Quelque chose dans l'angle mort de cette histoire, la sensation persistante d'une pièce manquante sur un échiquier complexe.
« Le message était destiné à qui ? » demanda-t-elle plus pour elle-même que pour Victor. « Si le faux collier devait rester ici pour distraire, pourquoi Falk y aurait-il placé des instructions ? Quelqu'un devait venir le chercher. Quelqu'un dans cette salle des ventes. »
Victor freina à un feu rouge, les mains crispées sur le volant. Il ne la regarda pas immédiatement. Quand il parla, sa voix avait cette tonalité particulière, celle qu'il utilisait quand il hésitait entre le mensonge et la vérité.
« Camille, il y a une autre possibilité. »
Elle attendit.
« Et si le message n'était pas pour quelqu'un qui devait trouver le collier... mais pour quelqu'un qui devait le chercher ? Quelqu'un qui savait déjà que le faux était là. Quelqu'un qui suivait la fausse piste, justement, pour détourner l'attention de la vraie. »
La portée de ses mots frappa Camille comme une gifle glacée. Le message n'était pas un plan de secours. C'était un leurre destiné à l'équipe d'Henri, à Interpol, à quiconque trouverait le faux en premier. Pendant qu'eux courraient vers les jardins de la falaise, la vraie pièce filerait vers Nice sans encombre, embarquée à bord d'un jet qui aurait décollé avant l'aube.
« Alors on fait quoi ? » demanda-t-elle.
Victor écrasa l'accélérateur. « On fait les deux. Toi, tu veux le collier. Moi, je veux Falk. Le jardin nous donne l'un. L'aéroport nous donne l'autre. »
Ses doigts trouvèrent ceux de Camille, un contact bref mais chargé. Dans la lumière des lampadaires qui défilaient, elle vit quelque chose changer dans ses yeux — non plus le conspirateur aux aguets, mais l'homme qui venait de faire un choix. Le sien.
« Appelle Henri de ma part », dit-il. « Dis-lui que le Jardin Exotique est une diversion. Qu'ils y aillent quand même, pour la forme. Nous, on prend la route de Nice. »
Camille le dévisagea un instant, mesurant la confiance que ces mots impliquaient. Puis elle composa le numéro, le cœur cognant, une certitude neuve lui tordre le ventre.
Falk les attendait. Les deux issues ne menaient peut-être qu'à lui.
Mais cette fois, Camille ne se contenterait pas du collier. Elle voulait aussi la vérité.
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