Le Mirage de Monaco
Lire le chapitre 34: At the Tarmac
Le vent de la nuit s’engouffra sous les ailes du Cessna Citation lorsque Camille et Victor franchirent la clôture périphérique de l’aéroport de Nice, guidés par l’ombre d’un hangar désaffecté. Le tarmac luisait sous les projecteurs lointains, et là, à cinquante mètres, Falk se tenait au pied de l’escalier mobile, une mallette en cuir sanglée à la main. Près de lui, deux hommes en blouson sombre scrutaient la piste.
Victor posa une main sur l’épaule de Camille. « Il nous attend. »
Elle déglutit, la gorge sèche, l’anneau bleu pesant dans sa poche intérieure. Elle l’avait récupéré chez Lidia avant de fuir la villa, au fond d’un tiroir d’acajou, comme si le hasard l’y avait glissé. Peut-être que Lidia l’avait laissé exprès. Peut-être pas.
Ils avancèrent à découvert, mains levées. Falk les vit, un sourire mince aux lèvres. Il ne parut pas surpris.
« Monsieur Falk », lança Camille, la voix portée par le vent.
« Camille Laurent. Et Victor, le retour de l’enfant prodigue. » Falk descendit une marche, la mallette toujours contre lui. « Vous êtes en retard. Le vol est dans dix minutes. »
« Vous partez avec le collier », dit Victor, immobile.
« Avec ce que j’ai à emporter. » Falk haussa une épaule. « Le collier est dans la mallette. Vous voulez le voir ? »
Camille sentit un piège, mais elle ne recula pas. Elle sortit l’anneau, le tint à hauteur du visage, la pierre bleue captant un rayon lointain. « Et vous, vous voulez voir ça ? »
Le visage de Falk se figea une seconde. Un réflexe involontaire, vite masqué. « L’anneau de Lidia. Elle vous l’a donné ? »
« Elle ne me l’a pas donné. Je l’ai pris. » Camille le fit pivoter entre ses doigts. « Et je sais ce qu’il contient. Le microfilm. Vos comptes, vos réseaux, vos acheteurs, vos routes de blanchiment. Tout ce que vous avez bâti depuis vingt ans, comprimé dans une pellicule de trois centimètres. »
Falk ne répondit pas tout de suite. Il regarda Victor, puis le ciel, comme pour consulter un calendrier invisible. « Et qu’en voulez-vous ? »
« Le collier. Le vrai. Et la certitude que vous ne nous poursuivrez plus jamais. »
Un rire bref, presque las. « Vous me demandez de renoncer à mon empire pour un bijou ? »
« Je vous demande de renoncer à votre passé pour votre avenir. » Victor fit un pas en avant, les mains toujours ouvertes. « Le microfilm vous condamne en Europe, en Asie, aux Émirats. Sans lui, vous pouvez recommencer ailleurs. Avec lui, vous êtes mort dans six mois. Le choix est simple. »
Falk posa la mallette sur le tarmac, l’ouvrit sans hâte. À l’intérieur, sur un écrin de velours noir, le collier Grimaldi scintillait. Les pierres – vraies, Camille le savait maintenant, elle avait appris à reconnaître la lumière des vraies – capturèrent chaque faisceau des projecteurs et le renvoyèrent en une constellation liquide.
Le cœur de Camille cogna contre ses côtes. Elle avait passé des heures à examiner des copies, des répliques, des mensonges. Ceci était la réalité. La pièce maîtresse d’une collection volée. Le travail de générations.
Falk referma la mallette, la fit glisser vers eux avec la pointe de sa chaussure. « Posez l’anneau », dit-il.
« Vous d’abord. »
« Nous avons une piste. Nous ne pouvons pas tous les deux avoir le même terrain. » Il tira le collier de son écrin, le tint à bout de bras. Les pierres avaient une chaleur qui n’était pas simplement lumineuse. « Approchez, Camille. Vous êtes une professionnelle. Vérifiez. »
Elle s’approcha, lentement. Chaque pas était un calcul. La distance entre eux, la position des gardes, l’endroit où Victor se tenait, légèrement à gauche, près d’un conteneur métallique.
Elle tendit la main. Falk déposa le collier dans sa paume. Le métal était tiède, les diamants nets sous ses doigts gantés. Elle le leva contre la lumière, en examina un brillant en particulier, celui qui portait une inclusion minuscule en forme d’étoile – signature certifiée de la pièce authentique.
C’était lui. Le vrai.
Son regard croisa celui de Falk. Il attendait. L’anneau était toujours dans sa main gauche, serré contre sa poitrine. Elle le tendit. Il le saisit d’un geste sec, le mit dans sa poche avec une rapidité qui trahissait son soulagement.
Un échange. Égal.
Puis, derrière le hangar, des phares jaillirent. Des hommes en combinaison noire jaillirent de l’ombre, armes braquées. Henri menait la charge, une silhouette nette contre le halo des essuie-glaces.
« Interpol ! Ne bougez plus ! »
Falk se retourna, une fraction de seconde de rage pure, puis le chaos. Les gardes levèrent les bras. L’un d’eux cria. Victor saisit le poignet de Camille et la tira en arrière, vers le conteneur.
Camille enfouit le collier sous sa veste, contre son cœur. Les premiers coups de feu – non, des gaz lacrymogènes – sifflèrent dans l’air. Falk tenta une fuite vers l’avion, mais deux agents le saisirent au pied de l’escalier. Son visage disparut dans une gerbe de fumée.
Henri était devant eux, essoufflé, une radio à la main. « Vous avez le collier ? »
Camille hocha la tête, incapable de parler.
« Bien. Sortez-vous d’ici. Il y a une voiture derrière le terminal. Je gère la suite. »
Victor la guida à travers la fumée, vers la sortie. Camille courait, le collier serré sous ses doigts, un poids qui n’était pas seulement de l’or mais quelque chose de plus lourd – une rédemption possible, une histoire enfin terminée.
Derrière eux, les sirènes se turent. Le tarmac redevint calme, à l’exception du vent qui balayait la piste comme un dernier avertissement.
Camille, au moment de monter dans la voiture, se retourna une dernière fois. L’avion était immobile, ses portes ouvertes, vide. Falk était menotté, Henri parlait à ses agents. La nuit, déjà, avalait les traces.
Elle s’assit. Victor démarra sans un mot.
Le collier pesait contre son cœur. Pour la première fois depuis des années, elle respira.
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