Le Nœud Coulant Doré
Lire le chapitre 22: The Mob Recoils
La foule grondait comme un fleuve en crue, mais Eli Stone restait immobile au centre de la rue poussiéreuse, le sang séché de sa blessure formant une croûte sombre sur sa chemise. Calvin Cross se tenait sur le porche de sa banque, les mains levées pour apaiser la marée humaine qui s'était déversée de la taverne et des boutiques.
« Vous voyez cet homme ? cria Calvin en pointant Eli. Un voleur ! Un meurtrier ! Il a tué le shérif Hendricks et ses hommes dans le canyon !
— Hendricks m'a piégé avec de la dynamite, répondit Eli d'une voix claire qui traversa le murmure de la foule. J'ai survécu. Lui non.
— Mensonges ! » Calvin descendit les marches, ses bottes frappant le bois avec autorité. Derrière lui, ses deux frères émergèrent de l'ombre de la banque, les mains sur leurs revolvers.
Eli sortit de sa poche la photographie qu'il avait pris soin de glisser dans sa veste avant de quitter la tombe de John. Il la leva haut, la tournant vers la foule. Le papier jauni montrait Calvin Cross, plus jeune de dix ans, posant devant une pépite d'or massive posée sur un tonneau, le sourire triomphant d'un homme qui venait de tuer ses associés.
« Qui reconnaît cet or ? demanda Eli. John McCallister et Sam Whitfield ont extrait cette pépite trois jours avant leur mort. J'étais là. Nous étions trois associés. Calvin nous a trahis.
— Tu n'as aucune preuve ! rugit Calvin, mais sa voix perdit de son assurance lorsqu'il vit plusieurs visages familiers dans la foule se détourner.
— Cette photographie a été prise par le photographe itinérant qui est passé par le camp de French Gulch en 1859, continua Eli. Sam l'avait payé pour immortaliser leur trouvaille. Calvin l'a volée avec le reste.
Un murmure parcourut la foule. Mme Albright, la veuve du forgeron, croisa les bras et fixa Calvin avec une dureté nouvelle. Le jeune Billy Tanner, qui travaillait pour la compagnie minière de Calvin depuis trois ans, recula discrètement vers l'arrière de la foule.
« Et c'est pour ça que vous avez fait sauter le pont de la rivière Rouge l'année dernière ? lança une voix depuis la foule. Pour empêcher les mineurs indépendants d'atteindre le filon qu'ils avaient découvert ?
Calvin pivota, cherchant l'auteur de cette accusation. Une femme, vêtue de gris, se tenait au premier rang, une clochette d'argent à la main. Dorothea. Sa présence seule suffit à déclencher une vague de chuchotements.
« Dorothea ! siffla Calvin. Rentre à la maison immédiatement.
— La maison que tu m'as donnée ? répondit-elle d'une voix claire. Celle que tu as construite avec l'or volé à des morts ?
La foule vacilla. Des hommes qui avaient soutenu Calvin Cross pendant des années, qui avaient mangé à sa table et travaillé dans ses mines, commencèrent à reculer. Deux de ses propres hommes de main, les frères O'Malley, échangèrent un regard et glissèrent silencieusement dans la ruelle adjacente.
Calvin vit ses appuis s'effriter comme du sable entre ses doigts. Il serra les poings, sa mâchoire se contractant sous la barbe soignée.
« Vous êtes tous des idiots ! cria-t-il. Ce vagabond vous manipule ! Il a assassiné votre shérif !
— Hendricks avait de la dynamite volée dans l'ancien entrepôt de ta compagnie, dit Eli. Les caisses portent encore les marques de ta forge. Tu l'as envoyé me tuer.
— Tu n'as aucune preuve de ça non plus !
Eli sortit le gant de cuir qu'il avait récupéré dans le canyon, celui que le shérif portait lorsqu'il avait allumé la mèche. Il le jeta aux pieds de Calvin. Le gant tomba dans la poussière, la marque « CC » clairement visible sur le poignet.
« Son gant, dit Eli. L'inscription de ton monogramme. Le même que sur les harnais de tes chevaux.
Calvin baissa les yeux vers le gant, puis releva la tête vers Eli. Pendant un long moment, la rue entière retint son souffle. Même le vent semblait s'être arrêté.
Puis Calvin sourit. Ce n'était pas le sourire triomphant de la photographie, mais quelque chose de plus froid, de plus calculateur.
« Tu as raison, dit-il lentement. Hendricks était mon homme. Il était aussi un imbécile, et il a eu ce qu'il méritait.
La foule se figea. Calvin venait d'admettre devant tous qu'il avait ordonné la mort du shérif. Certains hommes échangèrent des regards incrédules.
« Mais ça ne te sauvera pas, Stone, continua Calvin en montant une marche. Parce que je connais des secrets que tu ne connais pas. Je sais où est enterré John McCallister. Je sais ce qui est caché sous ma propre maison. Et je sais d'où vient réellement ta prétendue « preuve ».
Eli sentit son cœur se serrer. La photographie. Le gant. Tout ce qu'il avait construit pour discréditer Calvin – et Calvin venait de suggérer qu'il avait une bombe plus puissante.
« Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Eli, forçant sa voix à rester calme.
— Tu veux savoir pourquoi John est mort ? Pourquoi Sam est mort ? Parce qu'ils ont découvert la vérité sur toi, Stone. La vérité sur ce qui s'est réellement passé à Dead Man's Canyon en 1859.
Le temps ralentit. La foule était silencieuse, suspendue aux lèvres de Calvin. Même Dorothea semblait décontenancée, son regard passant de Calvin à Eli.
« Tu parles de trahison, continua Calvin en montant une autre marche, sa voix portant maintenant avec une assurance nouvelle. Mais la vraie trahison, c'est celle de l'homme qui a abandonné ses partenaires pour sauver sa peau. L'homme qui a laissé ses amis mourir dans le noir pendant qu'il rampait vers la sortie.
— Ce n'est pas ce qui s'est passé, dit Eli, mais sa voix était moins sûre. Sa blessure à l'épaule palpita, et il sentit le sang recommencer à suinter sous le bandage.
— Non ? Alors pourquoi as-tu quitté le territoire pendant dix ans ? Pourquoi n'es-tu jamais revenu chercher leurs corps ? Pourquoi as-tu vendu ta part de la mine à moi, pour une bouchée de pain, une semaine après leur mort ?
La place entière se tourna vers Eli. Il sentit le poids des regards, le silence accusateur qui précède le jugement.
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne vint.
Dorothea frappa sa clochette. Le son cristallin déchira le silence.
« Et qui t'a acheté cette part, Calvin ? demanda-t-elle. Comment savais-tu qu'elle était à vendre ?
Calvin se retourna vers elle, surpris par l'attaque.
« Nous étions associés, dit-il. Eli est venu me voir.
— Avec qui d'autre ? insista Dorothea, posant une main sur son ventre. Qui était avec lui quand il a signé ces papiers ?
Une lueur de compréhension traversa le regard de Calvin. Il avait fait une erreur. Eli vit la scène se rejouer dans les yeux de l'homme : le bureau sombre, Eli blessé et brisé, et l'autre homme – l'avocat de Sacramento, celui qui avait rédigé les documents.
« Ce n'était personne, dit Calvin trop vite.
— C'était Jasper Whitfield, le frère de Sam, dit Eli, retrouvant sa voix. Il était vivant à l'époque. Il a payé Calvin pour la part de la mine. Et Calvin l'a tué trois mois plus tard, faisant passer sa mort pour un accident dans les puits.
La foule gronda. La nouvelle accusation était trop précise pour être inventée. Mme Albright sortit de la poche de son tablier un papier plié et le brandit.
« J'ai trouvé ça dans les affaires de mon mari, dit-elle. Une reconnaissance de dette entre Calvin Cross et Jasper Whitfield. Datée de huit mois avant la mort de Jasper.
Calvin blêmit. Le papier dans la main de la veuve était le coup de grâce. Son regard allait de la photographie au gant à la reconnaissance de dette, cherchant une échappatoire qui n'existait pas.
Un homme quitta la foule, puis deux, puis une douzaine. Les hommes de main restants de Calvin s'éloignèrent un à un. Sur le porche de la banque, ses frères Silas et Obadiah se regardèrent, puis Silas secoua la tête et s'enfonça dans la banque.
« Il n'y a plus personne, Calvin, dit Eli, s'approchant de quelques pas. Plus de shérif, plus de marionnettes, plus de mensonges. C'est fini.
Calvin le regarda. Pendant un instant, Eli vit quelque chose qu'il n'avait jamais vu chez cet homme : la peur. Une peur véritable, profonde, celle d'un homme qui réalise soudain que le terrain sous ses pieds vient de disparaître.
Puis la peur se transforma en autre chose. Un calcul froid, désespéré. Calvin tourna légèrement la tête vers la maison de briques derrière la banque, là où Dorothea s'était tenue à la fenêtre quelques instants plus tôt, puis revint vers Eli. Son sourire revint, mais c'était le sourire d'un homme qui n'a plus rien à perdre.
« Tu as raison, dit Calvin doucement. C'est peut-être fini pour moi. Mais pas avant que j'aie fini avec elle.
Il pivota et courut vers le manoir. Eli comprit trop tard. Il bondit, mais sa blessure à l'épaule le fit trébucher, et Calvin atteignit la porte du manoir une seconde avant lui. La porte claqua. Une serrure tourna. Puis un cri étouffé – la voix de Dorothea, à l'intérieur.
Un silence de plomb tomba sur la rue. Eli s'appuya contre la porte du manoir, le souffle court, cognant de son poing valide contre le bois épais.
« Calvin ! Ouvre cette porte !
De l'autre côté, le silence répondit.
Puis une voix, étouffée par l'épaisseur du chêne, mais portant clairement la menace :
« Entre, Stone. Je t'attends. »
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