Le Nœud Coulant Doré
Lire le chapitre 35: The Watch's Return
La lampe à huile jetait une lumière tremblante sur les murs de pierre lorsque Eli poussa la porte de la cellule. Calvin leva lentement la tête, assis sur le banc fixé au mur, les chaînes aux chevilles assez lâches pour lui permettre de marcher jusqu'à la tinette, assez serrées pour lui rappeler chaque heure qu'il n'était plus maître de rien.
« Tu viens savourer ta victoire, Stone ? » La voix de Calvin était rauque, usée par sept jours de silence et d'attente.
Eli ne répondit pas tout de suite. Il s'avança jusqu'à la table de bois brut qui servait au prisonnier pour ses repas, et posa dessus un objet qui lança un éclat doré sous la flamme.
La montre à gousset de John.
Le silence entre eux devint si épais qu'Eli crut entendre les rats courir dans les murs. Calvin regarda l'objet sans le toucher. Son visage, marqué par vingt ans de ruse et de colère, se contracta en une grimace qu'Eli ne sut déchiffrer.
« Tu gardes ça comme trophée ? » Calvin ricana, mais le son manquait de conviction. « Le voilà, le grand Eli Stone, justicier de la vallée, brandissant la montre d'un mort comme si c'était un saint sacrement. »
Eli demeura debout, les bras croisés. « C'est la montre de John Harper. Tu la lui as volée la nuit où tu l'as tué. Je pensais que tu voudrais la voir avant de mourir. Peut-être qu'elle te rappellera quelque chose. »
« Elle me rappelle que ton partenaire était un imbécile qui savait pas à qui il faisait confiance. »
« Elle te rappelle aussi que tu as tiré dans le dos d'un homme qui te considérait comme un ami. »
Le mot "ami" frappa Calvin comme une gifle. Il détourna le regard, fixant le mur opposé où l'humidité avait dessiné des cartes impossibles. Ses doigts, restés propres malgré la crasse de sa détention, tambourinèrent sur la pierre du banc.
« Qu'est-ce que tu veux, Stone ? » demanda-t-il enfin, la voix plus basse. « Des excuses ? Des regrets ? Tu crois que je vais me confesser comme un curé écoutant un moribond ? »
« Je ne veux rien de toi. Si ce n'est que tu regardes cette montre et que tu te souviennes de qui était John avant que tu ne le tues. »
Eli recula d'un pas vers la porte. Le gardien, un homme jeune au visage inexpressif, attendait dans le couloir, tenant son trousseau de clés.
« Tu sais ce que John disait de toi ? » Eli s'arrêta, la main sur le montant de la porte en fer forgé. « Quand nous étions là-haut, sur notre claim, à la belle étoile, il parlait souvent de toi. »
Calvin resta impassible, mais Eli vit ses mâchoires se serrer.
« Il disait que tu étais l'homme le plus ambitieux qu'il ait jamais connu. Que tu avais des rêves trop grands pour ce pays, et que ça finirait par te briser ou par briser les autres autour de toi. » Eli laissa flotter un silence. « Il disait ça avec respect, Calvin. Il croyait en toi. »
La montre luisait toujours sur la table, abandonnée entre eux comme un arbitre muet.
« Et moi, je lui disais qu'il était naïf. » Eli haussa les épaules. « Je lui disais que les hommes comme toi finissent toujours par trahir ceux qui leur font confiance. »
« Tu avais raison », murmura Calvin.
Eli crut avoir mal entendu. Calvin répéta, plus fort cette fois, sans lever les yeux :
« Je dis que tu avais raison. Tu es satisfait ? »
La porte du couloir grinça. Le marshal passa la tête dans l'embrasure, son étoile ternie accrochée à son gilet. « Stone, il est temps. On doit boucler le rapport avant l'audience de demain matin. »
Eli hocha la tête, mais ne bougea pas tout de suite. Il regarda Calvin, assis seul dans sa cellule, ses chaînes pesantes, son costume de maître de la ville réduit à une tunique de prisonnier grise. Vingt ans plus tôt, Calvin Oakes était un homme aux yeux brillants qui parlait de bâtir des routes et des écoles dans la vallée. Il avait construit des routes, c'était vrai. Elles menaient toutes à ses mines, et chaque charrette chargée d'or enrichissait davantage sa poche que celles de ses ouvriers.
« Je vais te laisser avec elle », dit Eli en désignant la montre d'un signe de tête. « Tu peux la garder. Pour la route qui te reste. »
Calvin se leva soudainement, les chaînes cliquetant contre le sol. Eli se raidit, se souvenant de la ruée désespérée de Calvin dans le tunnel effondré, mais l'homme n'avança pas. Il resta droit, les mains ouvertes devant lui.
« Tu me laisses la montre d'un homme que j'ai tué ? » Calvin éclata d'un rire qui sonna creux. « Tu es encore plus naïf que lui, Stone. Tu crois que ça efface quoi que ce soit ? Tu crois qu'en me tendant cette montre, tu vas me voir pleurer et te demander pardon ? »
« Non », répondit Eli, la voix ferme. « Je te la donne parce que John l'aurait voulu. Parce que, dans les derniers jours qu'il a passés sur ce claim, il répétait souvent ton nom. Pas avec haine. Avec une sorte de... tristesse. Il se demandait où tu étais passé. Pourquoi tu n'étais plus jamais revenu nous voir, lui et moi. »
Calvin vacilla, comme si un vent invisible l'avait frappé en plein visage. Sa main droite, hésitante, se tendit vers la table. Ses doigts frôlèrent le boîtier doré de la montre, puis se refermèrent dessus avec une délicatesse surprenante pour un homme de sa carrure.
Eli fit demi-tour et sortit de la cellule. Le gardien referma la lourde porte derrière lui, et le bruit du verrou claqua comme un glas. Eli remonta le couloir, le dos droit, et n'entendit rien d'autre que ses propres pas et le cliquetis de sa propre montre, accrochée à son gousset.
Mais au moment où le marshal le rejoignait dans l'escalier, Eli ralentit. Quelque chose dans la pénombre du couloir l'arrêta. Il se retourna.
À travers la petite lucarne grillagée de la cellule de Calvin, la lumière de la lampe vacilla. Calvin était assis sur le banc, son dos tourné vers la porte, la montre ouverte dans ses paumes. Le couvercle du boîtier révélait le portrait miniature à l'intérieur : une femme au sourire doux, que Eli reconnut comme la mère de John, morte avant qu'ils n'atteignent les rivières aurifères de l'Ouest.
Les épaules de Calvin frémirent. Une seule fois, brièvement, comme un homme qui dissimule un hoquet.
Le marshal, montant les dernières marches, s'arrêta auprès d'Eli. « Il te parle ? »
« Non », dit Eli dans un souffle. « Il regarde. »
Ils remontèrent ensemble, laissant derrière eux la cellule et le prisonnier. Dehors, la nuit tombait sur la vallée, les fenêtres de la ville s'illuminaient une à une, et quelque part dans une maison en bordure de la grand-rue, Dorothea attendait, sa blessure mal bandée, ses yeux sombres fixés sur la porte de l'école devenue tribunal.
Eli savait que Calvin, avant l'aube, serait suspendu à la potence dressée sur la place. Et il savait aussi que si un homme pouvait pleurer la montre d'un ami qu'il avait trahi, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : que Calvin s'était haï lui-même bien avant de haïr ceux qu'il avait détruits.
Mais la montre dorée au fond de la cellule ne disait rien. Comme John, elle gardait son silence.
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