Le Nœud de Sorbier
Lire le chapitre 25: The Forgotten Road
La lumière de la cour Seelie brûlait comme un reproche. Maeve cligna des yeux, éblouie après l'obscurité des donjons, et sentit le sang séché crisser sur sa peau à chaque mouvement. Ciarán la soutenait d'un bras ferme, son autre main refermée sur le poignet de Tomas, qui marchait derrière eux comme un homme qui réapprend à utiliser ses jambes.
Conall fermait la marche, silencieux, son regard gris balayant les colonnes de pierre claire et les cascades de lumière qui tombaient des voûtes. Trois siècles. Il n'avait pas vu cette cour depuis trois siècles, et pourtant il avançait comme si chaque pierre lui murmurait un nom.
— Tu saignes, dit Ciarán sans ralentir.
Maeve baissa les yeux. La blessure à son flanc avait traversé sa robe, laissant une traînée sombre sur les dalles de marbre. Les gardes Seelie qui les entouraient ne la regardaient pas — ils regardaient droit devant eux, comme si une mourante était une chose trop gênante à voir.
— Je tiens debout, répondit-elle.
— Ce n'est pas la question.
La grande salle du trône s'ouvrit devant eux, et Maeve dut s'arrêter. Le sol de verre laiteux reflétait un ciel qu'elle ne reconnaissait pas, peuplé d'étoiles qui n'avaient jamais brillé au-dessus de l'Irlande. Et au centre, assise sur un trône tressé de saules vivants, la Reine Seelie les attendait.
Elle était plus petite que Maeve l'avait imaginée. Une femme aux cheveux noirs striés d'argent, vêtue de vert profond, dont les yeux changeaient de couleur comme l'eau sous le vent. Elle tenait quelque chose sur ses genoux — non, quelqu'un.
Un garçon.
Il paraissait douze ans, les cheveux roux comme ceux de Maeve, le visage pâle et figé. Il regardait la foule des courtisans sans les voir, ses mains inertes sur ses cuisses.
Le cœur de Maeve s'arrêta.
— Art.
Le nom sortit tout seul, brisé, à peine un souffle.
Le garçon releva la tête. Ses yeux verts — les yeux des O'Connell, les yeux de leur père — croisèrent ceux de Maeve. Et puis il détourna le regard, comme s'il ne la voyait pas. Comme si elle était un meuble, une ombre, une chose sans importance.
— Mon hôte, annonça la Reine d'une voix douce comme une lame sous la soie. Le jeune Art O'Connell. Il est à moi depuis sept ans, et il lui reste encore deux saisons à servir.
Maeve voulut s'avancer, mais ses jambes cédèrent. Ciarán la rattrapa, l'empêchant de s'effondrer sur le sol de verre.
— Il ne me reconnaît pas.
— Bien sûr que non, dit la Reine avec une patience exaspérante. Les humains oublient ce qu'ils ne veulent pas voir. Votre frère a choisi d'oublier sa vie mortelle — c'est plus facile, voyez-vous, que de souffrir chaque jour de ce qui lui manque. Vous ne pouvez pas le lui reprocher.
Quelque chose dans son ton fit se redresser Tomas derrière Maeve. Il n'avait rien dit depuis la sortie des donjons, mais maintenant sa voix rauque traversa la salle comme un coup de tonnerre :
— Tu mens.
La Reine ne sourcilla pas. Elle caressa les cheveux d'Art d'une main distraite, et le garçon ne réagit pas plus qu'une poupée.
— Tomas O'Malley, dit-elle. J'avais presque oublié ton visage. Voilà bien quarante ans que tu moisissais dans mes oubliettes, et tu choisis le moment de ta libération pour m'insulter ? Quelle ingratitude.
— Il n'a pas choisi d'oublier. Tu l'as pris. Tu l'as brisé.
— Je l'ai *gardié*. Il y a une différence, même si un mortel ne peut pas la comprendre.
Maeve enfonça ses ongles dans le bras de Ciarán pour se forcer à rester debout. Le sang continuait de couler de sa blessure, formant une mare à ses pieds, mais elle ne pouvait pas détourner les yeux d'Art.
— Le contrat, dit-elle, la voix rauque. Sept ans. Je suis venue pour le défaire.
La Reine pencha la tête, et ses yeux passèrent du gris au bleu profond.
— Le contrat, répéta-t-elle. Celui que ta mère a signé ? Non, celui qu'elle *n'a pas* signé. Celui que ta famille a tordu et contourné pendant quatorze ans. Tu crois que je ne sais pas ? Tu crois que je ne vois pas le fil de sang autour de ton poignet, petite O'Connell ?
Maeve ne baissa pas les yeux.
— Je suis venue chercher mon frère.
— Et tu l'as trouvé. Il est là. Il est vivant. Il est à moi.
La Reine se leva, et Art resta assis comme une statue sur le trône déserté. Elle descendit les marches, sa robe verte bruissant sur le verre, et s'arrêta à trois pas de Maeve.
— Sept ans, dit-elle. Ton frère a donné sept ans de sa vie pour que tu sois libre. Pas pour que tu viennes le reprendre — pour que tu *vives*. C'est le contrat. C'est le prix. Et tu as passé ces sept dernières années à essayer de le refuser.
Maeve sentit le sol trembler sous ses pieds. Ou peut-être était-ce elle qui tremblait.
— Je ne l'ai jamais demandé.
— Non. Tu l'as *mérité*. C'est différent. C'est plus lourd.
La Reine tendit la main et toucha le visage de Maeve, du bout des doigts, comme on touche une chose fragile.
— Tu es exactement comme elle, dit-elle à voix basse. Ta mère. Elle a cru pouvoir négocier. Elle a cru pouvoir tricher. Elle est partie d'ici avec un fil de sang et une dette de silence, et elle a passé une année entière à ne pas parler de ce qu'elle avait vu. Mais elle n'a jamais réussi à le cacher complètement, ce que je voulais. Elle s'est contentée de le retarder.
Maeve ouvrit la bouche pour répondre, mais le monde bascula. Ciarán la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol, et elle sentit sa main contre sa nuque, sa voix lointaine qui appelait quelqu'un.
— Elle perd trop de sang.
— La guérisseuse, appela la Reine sans se presser. Amenez-la.
Maeve voulut protester — elle n'était pas venue pour être soignée, elle était venue pour sauver Art — mais sa bouche refusa de former les mots. La dernière image qu'elle vit avant que le noir ne l'avale fut le visage d'Art, vide, et la main de la Reine posée sur son épaule.
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Elle se réveilla dans une chambre de pierre blanche, la lumière du matin filtrant à travers des feuilles de lierre qui poussaient à travers les fenêtres. Sa blessure était bandée, propre, et quelqu'un avait remplacé ses vêtements en lambeaux par une robe de lin simple.
Ciarán était assis dans un fauteuil près de la fenêtre, ses coudes sur ses genoux, son regard sombre fixé sur elle.
— Combien de temps ? demanda-t-elle.
— Trois jours. Tu as perdu beaucoup de sang.
Maeve se redressa avec un gémissement, la main pressée contre son flanc.
— Art.
— Il est vivant. Il est dans la cour. La Reine le garde près d'elle, comme une pièce précieuse.
— Il ne me reconnaît pas.
Ciarán ne répondit pas tout de suite. Il se leva et vint s'asseoir au bord du lit, ses yeux ambrés cherchant les siens.
— Maeve, tu dois comprendre ce qui s'est passé dans les donjons. Tu as sacrifié ta mémoire de la route pour sauver ton oncle. Mais tu as aussi fait quelque chose que la Reine n'avait pas prévu.
— Quoi ?
— Tu as utilisé le sifflet. *Ici*. Dans sa cour. Le sifflet d'os qui peut ouvrir les portes entre les mondes, celui que toute la cour cherche depuis des siècles.
Il marqua une pause.
— Et tu l'as utilisé pour libérer un prisonnier. Un O'Malley. Sous son propre toit.
Maeve se figea.
— La dette.
— Oui.
Ciarán se pencha, sa voix plus basse encore :
— Dans les lois des deux cours, une dette de vie ne peut pas être exigée deux fois. Tu as sauvé Tomas O'Malley de ses oubliettes, et ta blessure a été soignée par sa guérisseuse. Tu n'as rien demandé — tu as *agi*. Et la Reine a répondu à ton action.
Maeve regarda ses mains, le fil de sang toujours enroulé autour de son poignet.
— Je ne comprends pas.
— Le contrat que ta famille a signé, dit-il, est devenu secondaire. Tu as démontré que tu pouvais entrer dans ses donjons, libérer ses prisonniers, et survivre. La Reine sait maintenant que tu es plus dangereuse qu'elle ne l'avait prévu. Et dans la loi féerique, quand une proie devient une menace, la chasse change de nature.
Il lui prit la main, ses doigts frais contre les siens.
— Elle ne peut plus te tuer. Elle ne peut plus te retenir. Elle t'a soignée, parce que te laisser mourir dans sa cour aurait fait de toi une martyre — et une martyre, Maeve, est bien plus dangereuse qu'une ennemie vivante.
Maeve resta silencieuse un long moment, la tête claire malgré la douleur. Et puis quelque chose se mit en place.
— La dette est de son côté, maintenant.
— Oui.
— Elle me doit une vie.
Ciarán la regarda avec une expression qu'elle ne savait pas déchiffrer.
— Elle te doit *la* vie. Celle de Tomas. Tu l'as arrachée à ses cachots. Et dans la loi féerique, une dette de vie se paie par une vie.
Maeve ferma les yeux.
Dans le silence de cette chambre étrangère, loin de tout ce qu'elle connaissait, elle comprit enfin ce que sa mère avait cherché à faire, toutes ces années. Brigid n'avait pas essayé de briser le contrat. Elle avait essayé de le *retourner* — de créer une situation où la Reine serait celle qui devait, et où la famille O'Connell serait celle qui exigeait.
Et elle avait failli. Elle avait échoué, et elle avait payé de sa voix, de ses années de silence.
Mais Maeve avait réussi.
Elle rouvrit les yeux.
— Comment on réclame une dette à une reine ? demanda-t-elle.
Ciarán esquissa un sourire, le premier qu'elle voyait sur son visage depuis des jours.
— Il faut le faire devant sa cour. Il faut des témoins. Et il faut une preuve que la vie sauvée et la vie exigée sont de même valeur.
Il se leva, traversa la chambre, et ouvrit la porte.
— Heureusement pour nous, dit-il, j'ai entendu dire qu'un vieil ami de ta famille cherchait un moyen d'entrer dans cette cour.
Un homme se tenait dans le couloir. Grand, mince, vêtu d'une robe de bure grise usée par les années, avec une barbe blanche qui lui tombait sur la poitrine. Ses yeux étaient d'un bleu si pâle qu'ils semblaient presque blancs, et il tenait à la main un bâton de noisetier couvert de runes.
— Earnán, dit Ciarán.
Le druide entra dans la chambre, son regard se posant sur Maeve avec une étrange douceur — une douceur qui ressemblait presque à de la pitié. Il s'arrêta au pied du lit et dit, sans préambule :
— Je suis venu parce que le contrat de ton père n'a jamais été ce que tu crois. Ce n'est pas lui qui a promis ton frère. C'est toi qu'il essayait de sauver — pas en échange d'Art, mais *aux dépens* de lui.
Il marqua une pause, ses yeux se chargeant de toute la fatigue d'un homme qui avait gardé un secret pendant quinze ans.
— Ton père n'a jamais signé le contrat. C'est moi qui l'ai fait pour lui. Et c'est moi qui ai tordu les mots.
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