Le Nœud de Sorbier
Lire le chapitre 30: The Whistle's Echo
L'air du monde mortel lui brûla les poumons, si différent de l'ambre confiné de la cour. Maeve tituba sur la route boueuse, une main contre le tronc rugueux d'un frêne. Derrière elle, le tertre se referma avec un bruit de terre avalée. Sa lampe torche — celle qu'elle avait glissée dans sa poche avant de partir, une éternité plus tôt — éclaira des herbes hautes et une barrière de pierre qu'elle ne reconnut pas immédiatement.
Puis elle vit le toit de l'église. Le clocher. La route qui descendait vers le village.
Mais quelque chose clochait. Les arbustes le long du chemin étaient plus denses, le portail de l'église flambant neuf. Le panneau indicateur proclamait *Baile an Chaisleáin*, pas le nom qu'elle connaissait. Un nœud noir se serra dans sa poitrine.
Elle courut.
Les fenêtres du pub étaient sombres. Pas une lumière dans la grande salle. Pas de rires, pas de fiddle. La porte était verrouillée. Maeve fouilla ses poches — pas de clés. Elle avait laissé son sac chez elle. Ou ce qui avait été chez elle, il y a combien de temps ?
Elle passa par l'arrière. Le jardin était envahi de ronces.
La fenêtre de la cuisine céda d'un coup d'épaule, et elle se laissa tomber à l'intérieur. Poussière. Une assiette dans l'évier, moisie. Le calendrier contre le mur affichait un mois qu'elle ne connaissait pas.
« Papa ? »
Sa propre voix résonna étrangement dans le silence. La maison entière semblait retenir son souffle.
En haut, dans la chambre de ses parents, elle le trouva.
Il était affaissé dans le lit, la peau grise, les joues creusées. Le tube d'oxygène sifflait faiblement. Il semblait avoir vieilli de vingt ans. Ses yeux s'ouvrirent quand elle poussa la porte, et pendant un instant, il la fixa comme s'il voyait un fantôme.
« Maeve ? » Sa voix n'était plus qu'un filet. « Maeve, c'est bien toi ?
— C'est moi. — Elle traversa la pièce, s'agenouilla près du lit, prit sa main osseuse entre les siennes. Que lui était-il arrivé ? Il avait toujours été fort, costaud, le genre d'homme que rien ne pouvait abattre. Ça, c'était un coquillage vide. « Papa, qu'est-ce qui s'est passé ? »
Il toussa. Le son déchira la poitrine.
« Trois ans, dit-il. Ça fait trois ans que tu es partie.
Maeve resta figée. Trois ans. Trois années dans le monde mortel, pendant qu'elle n'avait passé que quelques semaines dans les brumes de la cour. La maladie. Le vieillissement accéléré. Le chagrin.
« Tomas ? demanda-t-elle.
— Il est vivant. Il t'attend. — Ses doigts se crispèrent autour des siens. « Il m'a dit ce que tu as fait. Le pacte. Le tribunal. Tout.
— Ce n'est pas fini, papa. Il me reste des choses à faire.
— Maeve... » Il voulut s'asseoir, retomba. Des larmes argentées coulèrent dans les rides de ses tempes. « Je suis désolé. Pour tant de choses. Tout ce que j'aurais dû te dire. »
Elle secoua la tête. Pas maintenant. Pas encore. « Il y a un enfant. Art. Je dois le trouver. Tu te souviens de ce que tu as dit ? Que l'homme promettait de le ramener ? »
Sa main glissa vers sa poche. Le sifflet d'Earnán était là, froid contre ses doigts — un sifflet d'os, taillé dans quelque chose de plus vieux que les arbres. Le druide lui avait dit : *un son pour les promesses oubliées*. Elle l'avait porté sans comprendre. Maintenant, elle comprenait.
« Il y avait un garçon, souffla-t-elle. Dans le contrat. Le fils de Quinn. Celui qu'ils ont pris contre le sien. »
Son père ferma les yeux. Longtemps. Assez longtemps pour que Maeve crût qu'il s'était évanoui.
« Le petit O'Flaherty, dit-il enfin. Le fils de Siobhán O'Flaherty. Ils ont dit qu'ils le garderaient jusqu'à ce que Declan soit libre. J'ai cru... j'ai cru qu'ils le rendraient. »
Elle se releva. O'Flaherty. Le voisin d'à côté. La petite ferme sur la colline, à dix minutes de marche. Il y avait un portrait dans le pub, d'un petit garçon aux cheveux roux, disparu un été. Tout le monde avait cru à une fugue. Personne n'avait jamais trouvé le corps.
« Siobhán est toujours là ?
— Elle est morte. Il y a deux ans. Une fièvre. Elle ne savait pas. Personne ne savait.
Maeve sortit de la maison en titubant. La nuit était fraîche et humide, une brise de l'Atlantique qui portait le goût du sel. Elle grimpa la colline jusqu'à la ferme abandonnée. La porte était à moitié arrachée, les fenêtres brisées. Mais derrière la maison, dans le prolongement d'une ancienne étable, quelque chose brillait.
Elle porta le sifflet à ses lèvres. Le son qui en sortit n'avait rien d'humain — une longue note modulée, comme le cri d'un grèbe traversant une brume. La pierre de l'étable sembla trembler.
Une trappe s'ouvrit dans le sol.
L'enfant était en bas. Il avait peut-être dix ans, la peau pâle, les cheveux trop longs, et il levait la tête dans l'obscurité comme quelqu'un qui écoute la pluie depuis si longtemps qu'il ne la distingue plus du silence. Il ne semblait pas effrayé par Maeve. Il semblait n'attendre plus rien depuis si longtemps qu'une présence n'était qu'une autre pierre dans la nuit.
« Art ? » dit-elle doucement.
Il cligna des yeux. Il avait les yeux de Siobhán, ce bleu pâle que Maeve avait vu dans le portrait du pub.
« Vous me cherchiez ?
— Oui. — Elle s'accroupit pour être à sa hauteur. « Je suis venue pour te ramener. »
Il ne bougea pas. « Et après ? »
Maeve sentit les mots se coincer. Après. La cour. Le trove malgré elle. Le nœud de toutes les dettes.
« Il y a des gens qui doivent me payer, dit-elle. Et toi, tu es leur monnaie. Mais je te promets — je ferai ce que je peux pour que tu choisisses ta route, quand ce sera fini.
Il la regarda un long moment, puis il hocha la tête et lui prit la main. Sa paume était froide et légère comme une feuille morte.
Il était minuit passé quand ils atteignirent le tertre. Maeve n'avait plus besoin d'une porte — la cour la sentait, la tirait vers elle, comme un étang attire un noyé. Le voile se déchira de lui-même. L'air d'or et d'émeraude l'enveloppa de nouveau, plus chaud, plus lourd.
Ciarán les attendait dans l'antichambre de la reine.
Il était plus pâle que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Ses yeux — ces yeux qui portaient toujours quelque chose d'ailleurs, quelque chose d'écrasé sous des années de mensonges — la dévisagèrent avec une intensité qu'elle ne sut pas nommer.
« Tu l'as trouvé, dit-il.
— Tu vas le faire libérer. Niall. Avant que la reine ait le temps de changer d'avis.
— Elle a déjà accepté les termes. Sept ans de ta vie.
Maeve serra la main d'Art un peu plus fort. L'enfant ne broncha pas.
« Et où est Art ? demande la reine d'une voix de miel et de griffe. Le trove est sur son trône de nacre, les doigts joints, un sourire qui ne montait pas dans ses yeux. Nous avons déjà parlé des termes, Maeve O'Connell. Sept années de service. En échange, l'âme de Niall, et la localisation du reste de ta famille humaine.
— Et l'enfant ?
— L'enfant rentrera chez lui. — La reine glissa un regard sur Art. Il n'y avait aucune pitié dans ce regard. « Il a été nourri des brumes trop longtemps. Il ne lui reste que quelques années de vie mortelle, quoi qu'il arrive. Mais il les passera libre. Tu as ma parole de souveraine. »
Maeve déglutit. Quelque chose dans sa poitrine cédait, fibre par fibre, comme une vieille corde.
« Je veux qu'il parte avec Tomas. Loin d'ici. Dans la maison. »
La reine inclina la tête. Un geste sec, presque impatient.
L'enfant fut confié aux gardes, et Maeve se retrouva seule face à la cour. La reine se leva. Elle s'approcha, et l'air autour d'elle virait à l'orage.
« Le prix, dit-elle. Êtes-vous prête, Maeve O'Connell ? »
Elle n'était prête à rien. Mais elle hocha la tête.
La reine leva la main. Des vrilles de lumière — de la couleur d'une page qu'on brûle — s'enroulèrent autour de la tempe de Maeve, autour de son front, autour des souvenirs.
La sensation était étrange : comme des doigts qui remontaient de l'intérieur de son crâne, tirant des fils qu'elle ne savait pas qu'elle avait. Des images défilèrent. La salle du tribunal. La confession. La promesse de retrouver Niall.
Et une silhouette.
Ciarán. Debout dans la lumière bleue de la salle de garde. Son visage, tout proche. Ses mains. Quelque chose dans sa voix — le ton d'un homme qui n'avait plus rien à perdre et qui offrait tout ce qui lui restait.
La lumière se resserra.
Quand Maeve rouvrit les yeux, elle savait ce qu'elle avait perdu — elle le savait exactement, s'il peut y avoir une conscience d'une perte quand la chose n'est plus là. Son regard se tourna vers Ciarán, qui se tenait maintenant au bord de la salle, derrière les gardes. Il la regardait.
Elle ne le connaissait pas.
Un émissaire d'un autre royaume. Un homme du nord. Il avait des yeux verts et une cicatrice au menton. Rien de plus.
Quand elle traversa la cour pour sortir, une main se posa sur son bras. Elle se retourna. C'était lui. Il avait l'air d'avoir beaucoup à dire, et plus rien à temps.
« Vous me connaissez ? demanda-t-elle poliment.
Il laissa tomber sa main.
« Non, dit-il. Je vous confondais avec quelqu'un d'autre.
Elle s'éloigna.
Derrière elle, Ciarán ne bougea pas. Il resta immobile dans la lumière de nacre de la cour, une silhouette parmi les autres, jusqu'à ce que Maeve disparaisse dans la brume.
Puis il ferma les yeux.
Il n'y avait plus rien dans sa poitrine que le souvenir d'un souvenir qu'il n'avait plus le droit de porter.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.