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Le Pacte des Highlands

Lire le chapitre 10: The Vanished Shepherd

La pluie tambourinait contre les vitres du petit atelier de tissage où Iona s'était réfugiée, loin des regards curieux de Braemore. Trois jours déjà que Lachlan était parti inspecter les terres de l'est, et trois nuits qu'elle comptait les heures dans un lit trop grand, hantée par le parchemin caché dans sa doublure—cette dette catastrophique que son père avait signée.

Elle posa son ouvrage, un ruban de tartan à moitié tissé dont elle n'avait que faire, et fixa la pluie. Le nom lui était revenu comme un murmure dans une église vide : Tam. Le vieux berger qui connaissait sa mère. Celui qui avait disparu après l'incendie.

Il fallait qu'elle le retrouve.

La pluie cessa en milieu d'après-midi. Iona enfila un manteau de laine épaisse et sortit par la porte de la cuisine, ignorant les regards interrogateurs de la servante. Le village de Braemore s'étendait à quelques centaines de mètres du manoir, niché dans la vallée comme un enfant blotti contre sa mère.

Elle frappa d'abord chez la veuve MacLean, qui connaissait tout le monde et répétait tout à tout le monde. Mais à l'évocation du nom de Tam, la vieille femme secoua la tête.

— Parti, ma pauvre. Parti en France après le raid. On disait qu'il avait peur que les Campbell viennent le chercher. Il en avait trop vu.

Iona serra les mâchoires. Trop vu. C'était exactement ce qu'elle cherchait.

Elle fit trois autres maisons avant d'arriver à l'auberge du Cheval Blanc, où le tenancier Angus essuyait des chopes avec un chiffon douteux. Il leva les yeux, surpris de voir une dame de la noblesse dans son établissement.

— Madame MacTavish, dit-il avec un hochement de tête. Enfin, Madame Campbell, devrais-je dire.

— Puis-je vous parler un moment, Angus ?

Il lui fit signe vers une table près du feu mourant. Le whisky ne fut pas proposé ; elle ne l'aurait pas accepté.

— Tam le berger, commença-t-elle. On me dit qu'il est en France.

Angus haussa les épaules avec une lenteur qui sentait l'hésitation.

— C'est ce qu'on dit, oui.

— Mais ? pressa-t-elle.

Il détourna les yeux, soudainement fasciné par les cendres du foyer.

— Mais c'est pas une réponse de berger, madame. Lui, il était pas du genre à traverser la mer. Il avait peur de l'eau comme un chat.

Iona se pencha en avant.

— Angus, je cherche la vérité sur ce qui s'est passé la nuit du raid. Vous étiez ici. Vous saviez ce qui se passait.

Sa mâchoire se crispa. Il jeta un regard vers la porte, comme si quelqu'un pouvait l'entendre.

— Y a des hommes qui sont partis dans les collines, madame. Des hommes qui voulaient pas être trouvés. Certains disaient qu'il était à Oban, d'autres à Inverness.

— Mais vous, vous savez où il est.

Ce n'était pas une question. Angus frotta sa barbe grise.

— Je tiens une auberge, madame. Les gens me racontent des choses. Y a un berger qui vit à Croftmoor, un petit hameau à deux heures de cheval au nord. Il se fait appeler Jamie. Il garde des moutons qui ont pas l'air de lui appartenir. Il parle avec un accent qui vient pas d'ici.

Le cœur d'Iona battit plus vite.

— Cet homme, ce Jamie... il ressemble à quoi ?

— Grand, maigre, avec une cicatrice sur le menton. Il boite un peu de la jambe gauche, un accident avec un taureau, disait-il. Mais moi je pense que c'est pas un taureau qui lui a fait ça.

Une cicatrice. Une boiterie. Tam avait été encorné jeune par un bélier, lui avait raconté sa mère une fois, en riant. Le bélier avait gagné.

— Croftmoor, dit-elle doucement.

— Oui. Mais si vous y allez, madame, je vous conseille de pas dire qui vous êtes. Le Jamie, il se cache. Il a peur. Des Campbell, des MacTavish, du diable lui-même, je sais pas. Mais il se cache.

Elle le remercia d'un signe de tête et sortit dans l'air qui fraîchissait. Croftmoor. Deux heures de cheval. Lachlan ne revenait pas avant le lendemain soir.

C'était maintenant ou jamais.

Elle rentra à Braemore par le chemin des chèvres, évita la cour principale et gagna les écuries par-derrière. Son cheval, un alezan nerveux nommé Éclair, était déjà sellé—elle avait prévu d'aller voir les terres du nord, disait-on.

Alors qu'elle attachait une besace remplie de pain et de fromage, elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna, main sur le couteau caché dans sa manche.

Gregor MacRae se tenait dans l'ombre des écuries, les bras croisés, une expression indéchiffrable sur le visage.

— Vous partez loin, Madame Campbell ?

— Je vais prendre l'air, dit-elle froidement.

— Par ce chemin qui mène aux collines du nord ? Pauvre vent, là-haut.

Elle se hérissa.

— Je n'ai pas à vous expliquer mes allées et venues, Monsieur MacRae.

— Non, en effet. Mais je vous aurais crue plus prudente, étant donné ce que je vous ai dit l'autre nuit.

Le souvenir de sa mise en garde lui glaça le sang. Il avait parlé de son père. De la mort de sa mère. Il en savait plus qu'il ne disait, et elle détestait que ce soit cet homme—cet intrus—qui semble être le seul à connaître les vérités enfouies.

— Restez loin de moi, dit-elle en montant en selle.

— Je ne suis pas votre ennemi, madame.

— Alors ne vous comportez pas comme tel en vous cachant dans mes écuries.

Elle talonna Éclair, quitta la cour au galop, et ne se retourna pas. Mais dans son dos, elle sentait le poids du regard de Gregor jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière la crête.

La course fut aussi rapide que le permettait le terrain accidenté. Deux heures, avait dit Angus—elle en fit une et demie, poussant Éclair à travers les landes détrempées, les collines de bruyère et les ruisseaux gonflés par les pluies. Le soleil déclinait quand elle aperçut enfin les quelques toits de chaume de Croftmoor.

Elle arrêta son cheval à la lisière du hameau. La fumée s'élevait d'une seule cheminée, celle de la maison la plus éloignée. Un troupeau de moutons paissait paisiblement près d'une bergerie en pierre.

Elle mit pied à terre et mena Éclair par la bride vers la maison. À dix mètres de la porte, celle-ci s'ouvrit.

Un homme se tenait dans l'embrasure—grand, maigre, une cicatrice blanchâtre sur le menton. Il boita d'un pas en arrière quand il la vit, et sa main chercha quelque chose contre le mur.

— Y a personne d'autre, ici, dit-il, le ton méfiant.

— Tam. C'est moi. Iona. La fille de Catriona.

L'homme se figea. La lumière du couchant éclairait son visage buriné, et elle vit les rides se creuser autour de ses yeux. Sa voix, quand il parla enfin, n'était plus qu'un murmure.

— La petite Iona. Doux Jésus. Tu as les yeux de ta mère.

Il fit un pas vers elle, puis s'arrêta. Les larmes lui montèrent aux yeux.

— Tu ne devrais pas être ici. Personne ne devrait savoir.

— Je dois savoir, Tam. Je dois savoir ce qui s'est vraiment passé cette nuit-là.

Le vieux berger la regarda longuement, comme s'il pesait une décision qui lui avait déjà coûté quinze ans de sa vie. Puis il s'effaça de l'embrasure.

— Entre. Avant que la nuit tombe complètement. Et que personne ne te voie.

Elle franchit le seuil. Derrière elle, la porte se referma avec un poids qu'elle sentit jusqu'au plus profond de sa poitrine.