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Le Pacte des Highlands

Lire le chapitre 9: The Hidden Ledger

Les jours à Braemore s'écoulèrent comme une eau grise et lente. Iona apprit les habitudes de la maison — les servantes qui baissaient les yeux quand elle passait, les repas pris seule dans la petite salle à manger aux boiseries sombres, les soirées interminables devant un feu qu'elle n'osait pas attiser de peur d'attirer l'attention. Elle était la femme de Lachlan Campbell, mais elle se sentait moins comme une épouse que comme une espionne hébergée par l'ennemi.

Personne ne lui interdisait rien, pourtant. C'était peut-être cela, le plus troublant : aucune porte ne lui était fermée, aucun regard ne la suivait quand elle marchait dans les couloirs. La maison de Braemore semblait la considérer avec une indifférence polie, comme un meuble qu'on avait apporté et qu'on ne savait où placer.

Le troisième après-midi, la pluie s'abattit sur les collines, transformant les fenêtres en miroirs gris. Iona errait dans l'aile ouest, là où le papier peint s'écaillait et où l'air sentait la cire et la poussière. Une porte entrebâillée laissa échapper une lueur de lampe. Elle s'approcha, poussant le battant du bout des doigts.

La pièce était petite, encombrée d'étagères du sol au plafond, chacune garnie de registres reliés de cuir. L'étude de Lachlan. Son cœur battit plus vite. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû entrer — et c'est précisément pour cela qu'elle le fit.

Les livres étaient classés par année, les dos luisants d'usure. Elle en tira un, daté de l'année précédente, et l'ouvrit sur le bureau bas. L'écriture était fine et régulière, sans doute celle d'un intendant ou d'un clerc. Les colonnes des dépenses s'alignaient : fourrage, semences, salaires des bergers, réparations des clôtures. Rien d'extraordinaire.

Puis son doigt s'arrêta sur une ligne, presque en bas d'une page.

*Payé au messager — 40 livres.*

— Quarante livres pour un messager ? murmura-t-elle.

Elle feuilleta plus loin. La même mention revenait tous les deux ou trois mois, parfois plus. *Payé au messager — 25 livres. Payé au messager — 60 livres.* À côté, aucun nom. Aucune précision sur la destination. Juste cette formule laconique, comme un trou dans le tissu des comptes.

Iona sortit un petit carnet de sa poche — celui qu'elle avait pris dans ses affaires le jour du mariage — et se mit à copier les chiffres, les dates. Sa main courait sur le papier, rapide, précise. Elle nota aussi les ventes de bétail, plus élevées certains mois, et les achats de céréales qui semblaient en décalage avec la saison.

Elle en était à la troisième page de relevés quand elle entendit des pas dans le couloir.

Elle referma le registre d'un geste sec, le replaça sur l'étagère, et se glissa vers la porte. Trop tard : quelqu'un poussait déjà le battant. Lady Elspeth se tenait sur le seuil, le visage aussi immobile que celui d'une statue de pierre.

— Vous n'avez rien à faire ici.

— Je cherchais une fenêtre qui donne sur les jardins, répondit Iona en soutenant son regard.

— Les jardins sont à l'autre bout de la maison. Vous le savez.

Iona ne cilla pas. — Je me suis perdue. Cette maison est vaste.

Elspeth la dévisagea longuement, comme si elle cherchait quelque chose dans ses traits. Puis elle tourna les talons sans un mot, et Iona comprit qu'elle venait de se faire un ennemi de plus dans cette demeure.

Cette nuit-là, elle ne dormit pas. Assise devant la fenêtre de sa chambre, la pluie martelant les carreaux, elle étala ses notes sur le rebord. Les chiffres dansaient sous la lueur de la bougie : des paiements réguliers à un destinataire inconnu, des montants trop élevés pour un simple courrier. Elle pensa aux dettes que la rumeur prêtait aux Campbells, à cette alliance si soudaine, si avantageuse pour eux.

— Et si le mariage n'était qu'un moyen de vous sauver ? murmura-t-elle.

Elle plia les notes et les glissa dans sa manche.

Le lendemain matin, elle demanda à la cuisinière, une femme ronde et bavarde nommée Morag, où elle pourrait trouver ce dont elle avait besoin pour écrire.

— Une lettre à ma sœur, à Glen Torran, dit-elle avec un sourire qu'elle espérait innocent.

Morag la mena à l'étude et lui indiqua le bureau de Lachlan.

— Le laird ne vous a pas défendu l'accès, dit-elle. Il m'a dit que vous pouviez disposer de tout ce qui vous ferait plaisir.

Iona s'assit dans le fauteuil de cuir, encore tiède d'aucune présence, et déroula une feuille blanche. Son plan était simple : elle devait vérifier si les MacTavish étaient, eux aussi, victimes de ces paiements fantômes. Si les Campbell et sa famille partageaient le même créancier secret, alors la main qui tirait les ficelles était ailleurs — peut-être au sud, peut-être sous une perruque poudrée, à Londres.

Elle griffonna trois lignes à l'intention de son père, des mots qu'elle n'enverrait pas, préférant elle-même porter la question. Mais avant même de finir, elle remarqua autre chose dans le tiroir du bureau, entrouvert sur une dizaine de centimètres.

Un rouleau de parchemin, fermé d'un sceau de cire bleue. Elle le tira, le déplia sur le plateau. C'était un acte de vente daté de l'année du soulèvement — pas une vente de terre, non. Une vente de dette. Le nom de son propre père, Alistair MacTavish, y figurait, et celui d'un certain Lord Ashworth.

Iona relut la phrase trois fois, incapable de la comprendre tout à fait.

*Par le présent acte, Alistair MacTavish reconnaît devoir à la couronne la somme de douze cents livres, somme pour laquelle il engage les terres de Glen Torran en garantie.*

— Non. Ce n'est pas possible.

Sa voix résonna dans la pièce vide. Elle recula, comme si le parchemin pouvait la mordre. Douze cents livres. C'était une fortune — l'équivalent de plusieurs années de récolte. Et cette dette, elle aurait été engagée avant le mariage, avant le traité, avant tout.

Ashworth n'avait pas attendu la mort de son père pour convoiter Glen Torran. Il la possédait déjà — sur le papier.

Elle replia le document, le remit dans le tiroir avec un soin méticuleux, puis sortit dans le couloir, le cœur battant si fort qu'elle entendait à peine ses propres pas. Elle marcha jusqu'à la cuisine, trouva Morag qui pétrissait sa pâte.

— Morag, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de garder égale. Quand Lachlan doit-il rentrer ?

— Le laird revient ce soir, madame. Le courrier l'a annoncé hier.

Iona hocha la tête. Elle avait une nuit, pas plus, pour décider ce qu'elle ferait de cette information. Car une question s'imposait, plus brûlante encore que toutes les autres.

Si son père était endetté auprès de la couronne depuis des années, pourquoi n'en avait-il rien dit ? Et pourquoi Lachlan, qui tenait ces livres, qui avait vu cet acte caché dans son bureau, n'avait-il jamais évoqué cette dette ?

Ou bien — et cette idée lui glaça le sang — Lachlan la connaissait. Les Campbell savaient que les MacTavish étaient à genoux avant même que le premier feu ne brûle à Glen Torran. Ils avaient manœuvré, calculé, attendu que la corde se resserre pour offrir leur mariage salvateur.

Elle monta à sa chambre, tira les rideaux, et resta longtemps debout devant la fenêtre, à regarder la route boueuse par laquelle Lachlan reviendrait sous peu. Un homme qui partait enquêter sur des terres incendiaires. Un homme qui n'avait pas demandé à son père ce que signifiait ce parchemin.

— Si vous saviez, murmura-t-elle à la nuit, vous ne rentreriez pas si vite.