Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 14: The Second Chance
La pluie s’était enfin tue, mais l’aube qui se levait sur Braemore restait grise et lourde, comme si le ciel lui-même retenait encore son souffle. Iona avait passé la nuit éveillée, le parchemin de sa mère posé sur ses genoux, relu si souvent que les mots s’étaient gravés dans sa mémoire.
*Mon enfant, si tu lis ceci, c’est que le moment est venu. Ne hais pas les Campbell pour ce que tu crois savoir. Ton père n’était pas l’homme qu’il prétendait être. Mais il n’était pas non plus le monstre que certains voudraient te faire croire. Il y a une vérité plus profonde, cachée sous les pierres de Glen Torran. Cherche-la, et tu comprendras pourquoi j’ai accepté de mourir en silence.*
Elle n’avait pas compris grand-chose, sinon que sa mère avait connu les Campbell, qu’elle avait su des choses, et que les secrets de la vallée étaient plus entremêlés que quiconque ne l’imaginait. Mais une phrase revenait sans cesse, comme un refrain obsédant : *Cherche sous les pierres de Glen Torran.*
Iona se leva, remit la lettre dans son corsage, et se dirigea d’un pas décidé vers les écuries. Elle trouva le palefrenier vieux Fergus en train de brosser un hongre baie.
« Le laird est-il rentré ? » demanda-t-elle.
Fergus cracha par terre sans cacher son mépris. « Rentré à l’aube, trempé comme une soupe. Il est dans la salle d’étude, et il n’a pas demandé à vous voir. »
Iona ignora le ton et partit vers la maison. Dans la grand-salle, les servantes firent mine de ne pas la voir, rejoignant leur hostilité silencieuse. Peu importait. Elle avait cessé de chercher leur approbation.
La porte de l’étude était entrouverte. Elle vit Lachlan penché sur une pile de registres, les cheveux encore humides des pluies de la nuit, une tasse de thé froid à portée de main. Il semblait plus vieux que ses trente ans, les traits tirés, les épaules voûtées sous le poids de responsabilités qu’elle commençait seulement à mesurer.
Elle frappa légèrement. Il leva la tête, et son regard passa de la surprise à la méfiance.
« Vous êtes debout bien tôt. »
« Je n’ai pas dormi. » Elle franchit le seuil sans attendre d’y être invitée. « Nous devons parler, Lachlan. »
Il referma le registre d’un geste brusque. « Si c’est pour de nouveaux reproches, j’ai passé la nuit dans les collines. Je n’ai pas l’énergie pour un autre combat. »
« Je ne viens pas me battre. » Elle s’arrêta devant le bureau et posa les mains à plat sur une carte ouverte de la vallée de Glen Torran. « Je viens vous proposer une trêve. Mieux – une alliance. »
Lachlan arqua un sourcil, mais ne dit rien. C’était un début.
« Vous m’avez accusée de conspirer contre vous. Gregor vous a trompé, moi aussi. Il n’est pas mon allié – ou plus exactement, il ne l’a jamais été comme il le prétendait. » Elle soutint son regard. « Mais il a dit une chose que je ne peux ignorer : vous étiez endetté avant notre mariage, bien avant que je découvre les registres. Ce mariage n’était pas une manœuvre pour saisir Glen Torran. Vous aviez besoin de cette alliance autant que moi. »
Lachlan resta impassible, mais quelque chose bougea dans ses yeux – une fissure dans le mur qu’il avait érigé entre eux.
« Et alors ? »
« Alors je ne suis pas venue pour accuser. Je suis venue pour aider. » Iona retira une page de sa manche et la posa devant lui. C’étaient les entrées qu’elle avait recopiées des registres du domaine – les paiements mystérieux, les sommes colossales, l’échéance menaçante. « J’ai vu vos comptes. Ce que vous payez chaque mois à ce mystérieux créancier… personne ne peut tenir ce rythme. Pas même avec Glen Torran en gage. »
Lachlan saisit la page, la parcourut, et son visage se ferma. « Vous n’auriez pas dû fouiller mes affaires. »
« J’aurais dû le faire plus tôt. » Elle se pencha en avant. « Écoutez-moi, Lachlan. Nous sommes mariés dans l’intention de sauver nos terres. Mais aucun de nous ne sauvera quoi que ce soit s’il lutte seul. Mon père a aggravé les dettes des MacTavish, je le sais maintenant. Il a hypothéqué Glen Torran au-delà de toute valeur. Et vous, vous êtes dans une situation que vous n’avez pas créée – héritée de votre père, peut-être. »
Il détourna le regard, et elle comprit qu’elle avait visé juste.
« Combien reste-t-il avant l’échéance ? » demanda-t-elle doucement.
« Jusqu’à la récolte d’automne. » Sa voix était presque inaudible. « Si je ne trouve pas une somme considérable d’ici là, les Campbell perdront Braemore, et les MacTavish perdront Glen Torran avec. Le créancier est un homme de la couronne – il a des lettres patentes qui lui permettent de saisir les deux propriétés en une seule action. »
Iona resta immobile, laissant s’installer le silence. Puis elle dit lentement : « Ma mère m’a laissé une lettre. »
Lachlan releva les yeux.
« Elle m’écrit que la vérité est cachée sous les pierres de Glen Torran. Que mon père n’était ni le saint ni le monstre que l’on croit. Elle parle de quelque chose qui pourrait tout expliquer – la haine entre nos familles, la dette, la mort des témoins. »
« Une lettre de morte, des paroles codées. » Son ton était sceptique, mais elle perçut une étincelle d’espoir. « Vous croyez que c’est une cache ? »
« Sous les pierres », répéta Iona. « Ma mère connaissait Glen Torran mieux que quiconque. Elle y était née. Si elle a caché quelque chose – des documents, une valeur, une preuve – c’est là que nous trouverons la réponse. »
Lachlan se leva et fit les cent pas devant la cheminée éteinte. « Et si c’était une ruse ? Un autre mensonge des MacTavish ? »
« Et si c’était la seule chance que nous ayons ? » Elle croisa les bras. « Nous avons deux domaines grevés, un créancier qui guette derrière la porte, des ennemis qui attendent de nous voir tomber. Qu’avons-nous à perdre en cherchant ? Une journée de marche et quelques pierres retournées. »
Il s’arrêta et la regarda, vraiment la regarda pour la première fois depuis la dispute. Ses yeux parcoururent ses traits, comme s’il cherchait quelque chose en elle – une faiblesse, une traîtrise. Mais il ne trouva que l’entêtement qui l’avait attiré vers elle, malgré lui, dès le premier jour.
« Vous me seriez fidèle ? » demanda-t-il d’une voix étrangement vulnérable. « Ou cherchez-vous encore à sauver votre propre peau, et ma confiance n’est qu’une autre arme dans votre jeu ? »
Iona aurait pu se fâcher. Elle aurait pu retourner ses accusations. Mais quelque chose dans sa posture, dans la lassitude qui alourdissait ses épaules, lui fit choisir la vérité.
« Je ne sais pas si je peux vous faire confiance », dit-elle. « Et vous ne pouvez pas me faire confiance non plus. Pas encore. Mais je sais que je ne sauverai pas Glen Torran seule, et vous ne sauverez pas Braemore sans aide. Alors peut-être pouvons-nous commencer par là : non pas l’amour, non pas la loyauté, mais une nécessité partagée. »
Lachlan resta longtemps silencieux. Le vent s’engouffra par la fenêtre entrouverte, soulevant une mèche sur son front. Puis il tendit la main par-dessus le bureau, sans quitter son regard.
« Alors marchez avec moi. Cherchons ces pierres, vous et moi. Et si nous trouvons quelque chose, nous déciderons ensemble qui le mérite. »
Iona regarda sa main – large, calleuse, couverte de cicatrices discrètes. La main d’un homme qui travaillait autant que son clan. Elle hésita une seconde, se rappelant chaque jour de leur mariage, chaque regard chargé de soupçon.
Puis elle prit sa main.
« Ensemble », dit-elle.
La chaleur de ses doigts la surprit, et le contact – bref, presque clandestin – les tira tous deux hors de leur solitude. Lachlan desserra sa prise, mais ne la retira pas immédiatement.
« Nous partirons à l’aube, en silence », dit-il. « Si Gregor est encore dans la région, je préfère qu’il ne sache pas où nous allons. »
« Il le saura de toute façon », répliqua Iona. « Les murs de Braemore ont des oreilles, et peut-être des yeux qui lui appartiennent. Nous devrons être prudents. »
« Comme une véritable conspiration », murmura Lachlan avec un sourire presque ironique.
« Comme un mariage », répondit-elle.
Un pas résonna dans le couloir. Ils se séparèrent brusquement, et la gouvernante Mrs. Drummond apparut dans l’embrasure, son visage habituellement placide crispé par quelque chose d’urgent.
« Laird, un messager vient d’arriver du sud. Il dit venir de la part de la couronne. » Elle hésita, puis ajouta : « Et il exige de voir la nouvelle lady Campbell. Il prétend avoir des documents officiels qui la concernent. »
Iona sentit le regard de Lachlan se poser sur elle, chargé de nouvelles questions. La couronne. Le créancier. Son père. Les fils se nouaient inévitablement.
Le messager du sud pouvait attendre. Mais le doute venait de relever la tête entre eux, plus fragile encore que la confiance qu’ils venaient d’esquisser.
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