Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 24: The Debt Collected
La pluie s’abattait sur Édimbourg comme un rideau de fer. Iona courait, le cuir de la sacoche contre sa poitrine, chaque pas résonnant dans les ruelles étroites. Gregor était deux mètres derrière elle quand ils les virent.
Trois hommes. Peut-être quatre. Des silhouettes massives qui sortirent de l’ombre d’une impasse, le métal de leurs épées luisant sous les réverbères.
« Gregor ! » cria Iona.
Il jura et vira à droite, l’attrapant par le coude pour l’entraîner dans un passage entre deux bâtiments de pierre. Les balles de foin humide s’entassaient contre les murs. L’odeur d’écurie et de pourriture emplissait l’air.
« Par là ! » souffla-t-il.
Ils coururent. Iona n’avait aucune idée où elle allait, son cœur cognant dans ses tempes. Les pas derrière eux se multipliaient. Des ordres aboyés. Des jurons.
« Le port, dit Gregor, la voix rauque. On avait un bateau pour Dunbar. S’ils nous rattrapent avant…
— On ne se fera pas rattraper », répondit-elle, mais sa main tremblait contre la sacoche.
Une flèche siffla, se fichant dans la poutre à quelques centimètres de son visage. Iona poussa un cri étouffé et fonça. La ruelle déboucha sur une place vide, balayée par le vent. La pluie brouillait les visages. Là-bas, le mât d’un navire se découpait contre la mer brunâtre.
Il y avait une barque amarrée au quai, un marin qui tirait sur sa pipe, indifférent.
« Gregor, on y est presque ! »
Ce fut une corde qui le rattrapa. Pas une épée. Pas une flèche. Une corde lancée avec précision par un des hommes, qui se referma autour de la cheville de Gregor. Il chuta lourdement sur les pavés humides. Iona s’arrêta net au bord du quai, se retourna, vit le visage du capitaine MacAllister – l’homme de Donal – s’approcher de Gregor à grandes enjambées, l’épée tirée.
« Cours ! » hurla Gregor. « Garde le registre, c’est ta seule chance ! »
Elle fit un pas en arrière. Sa gorge se serra.
« Gregor…
— Cours, Iona ! S’ils prennent le registre, tout est fini. Ma vie ne compte pas. Va-t’en ! »
Iona regarda les hommes qui s’avançaient. Elle regarda Gregor, au sol, son visage rouge de colère et de peur. Des gouttes de pluie dégoulinaient le long de sa mâchoire.
Elle tourna les talons et sauta dans la barque. Le marin protesta. Elle le poussa, détacha la corde avec les dents, saisit les rames. Derrière elle, un cri – pas de douleur. De mépris. MacAllister lui cria des obscénités depuis le rivage, mais la marée l’emportait déjà, noyant sa voix dans la houle.
Iona rama jusqu’à ce que ses bras soient en feu. Jusqu’à ce qu’Édimbourg ne soit plus qu’une tache à peine visible dans le brouillard, et jusqu’à ce que la pluie ne devienne qu’une bruine légère.
Elle s’effondra au fond de la barque, la sacoche encore pressée contre son corps, le souffle aussi rauque qu’une plainte. Gregor était entre les mains de Donal. Peut-être mort, déjà.
Elle n’osait pas espérer autrement.
À une heure au sud, Lachlan arriva à Braemore dans un état qui ne lui ressemblait pas. Sa monture fumait, écumait. Il mit pied à terre avant que l’animal ne s’arrête, poussa la porte du bureau de son père sans frapper.
Callum était là. Assis. Un verre de whisky à la main. Une feuille de papier sous ses doigts, encore fraîche d’encre.
« Toi, dit Lachlan. Qu’est-ce que tu as fait ?
— J’ai fait ce qui devait être fait », répondit Callum d’un ton presque blasé.
Lachlan s’approcha. Son regard tomba sur l’acte. Les mots gravèrent une brûlure dans sa poitrine : *Vente définitive des terres de Glenmoor – Donald MacBride.*
« Tu as vendu l’autre moitié du territoire. La terre que je devais défendre. Le pacte que tu as exigé que j’accepte. Tu les as vendus au bâtard qui a tué Ewan.
— Ewan est mort depuis dix ans. Les Campbell ont besoin de fonds. MacBride paie en or. La terre retournera de toute façon à la famille par l’héritage.
— Il n’y aura pas d’héritage ! s’écria Lachlan. Il n’y aura pas de fils pour hériter de quoi que ce soit si vous détruisez le seul avenir que pouvait garantir ce mariage !
— Le mariage était une erreur.
— L’erreur, c’est vous. Vous et votre secret. Vous saviez qu’elle avait raison. Vous saviez que MacBride était derrière l’attaque contre Ewan, tout autant que le père de Iona. Vous utilisez son père comme bouc émissaire pour sauver votre peau. »
Callum se leva lentement. Son visage ne trembla pas. Mais il y eut un silence qui dura trop longtemps. Un silence qui valait toutes les aveux.
Lachlan le comprit. Une vérité atroce lui traversa le ventre, comme du plomb froid. La confession qu’il avait brûlée de ses propres mains. La femme qu’il avait chassée de Braemore dans une colère aveugle. Ce qu’elle avait tenté de lui dire – qu’il aurait pu l’écouter, l’entendre – et le moment où il l’avait perdue.
« Où est-elle ? demanda-t-il d’une voix blanche.
— Qui ?
— Iona. Où est Iona ?
— Elle a quitté Édimbourg ce matin. Le déshonneur a fait le reste.
— Non, lâcha Lachlan. Ce que vous avez fait, vous, c’est le déshonneur. Et elle a fui parce que je ne l’ai pas écoutée. »
Il tourna les talons, décrocha son manteau au clou en bois, sortit dans la pluie redoublée. Son père l’appela un dernier fois. Lachlan ne ralentit pas. Il monta au galop.
Il savait où il devait aller. Elle n’était pas à Braemore. Elle n’osait pas retourner à Croftmoor – son père la renierait aussi, il l’avait compris trop tard. Elle serait là où personne ne penserait à chercher, dans les bois au-dessus du ruisseau, celle où ils avaient trouvé le parchemin qui avait tout déclenché.
Ou alors elle était morte. Rien qu’à l’idée, son cœur chavira. Il pressa sa monture.
Il avait été bête. Aveugle. Il avait brûlé la seule chose qu’elle lui avait offerte. Pour la première fois, Lachlan comprit qu’il n’avait pas seulement perdu une parcelle de terre dans les manœuvres de son père.
Il l’avait perdue elle aussi – et maintenant, il courait contre la mort pour la retrouver.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.