Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 25: Running in the Rain
La pluie s’abattait sur elle comme une punition. Iona n’avait plus senti ses doigts depuis des heures, mais elle tenait le registre contre sa poitrine, serré sous son manteau trempé, comme si sa vie dépendait de ce cuir gonflé d’eau. Peut-être en était-il ainsi.
Elle avait quitté la route d’Édimbourg dès que les chevaux de Donal avaient cessé de résonner derrière elle, mais elle n’osait pas encore ralentir. Gregor. Son nom cognait dans sa tête à chaque pas, mêlé au martèlement régulier de ses bottes dans la boue. Elle l’avait abandonné. Elle n’avait pas eu le choix, mais cela ne rendait pas le poids moins lourd.
Les collines de MacTavish se dessinèrent enfin dans la grisaille, et quelque chose en elle se dénoua avant de se resserrer aussitôt. Elle connaissait chaque pierre de cette terre, chaque pli de terrain. Mais elle ne savait plus si cette terre voulait encore d’elle.
Le caveau se trouvait en contrebas du vieux chemin des moutons, dissimulé par un surplomb de roche que seuls les MacTavish connaissaient. C’était là qu’elle avait trouvé l’acte avec Lachlan, quelques semaines plus tôt, quand le monde était encore simple et qu’elle croyait que la vérité suffirait. Elle se glissa sous l’abri naturel, tomba à genoux dans la poussière sèche, et chercha à tâtons la fissure dans la paroi où le parchemin avait été dissimulé.
Le registre était plus épais, plus lourd. Il ne tiendrait pas dans la même cachette. Elle creusa le sol meuble sous une pierre plate, déposa le livre, remit la terre par-dessus, puis recouvrit le tout de feuilles mortes et de mousse.
Elle resta là un long moment, à écouter la pluie tambouriner sur le rocher au-dessus d’elle.
— Tu es chez toi, murmura-t-elle à la terre. Prends soin de lui.
Puis elle ressortit dans la tempête et remonta vers Croftmoor.
La maison lui parut plus petite. Plus grise. La fumée qui s’échappait de la cheminée semblait hésitante, comme si elle aussi n’était plus sûre d’avoir le droit de monter vers le ciel.
Iona poussa la porte sans frapper. Alistair était assis près du feu, une tasse vide entre les mains. Il leva la tête, et son visage se vida de ce peu de couleur qui lui restait.
— Iona.
— Je ne viens pas chercher refuge, dit-elle, la voix rauque d’avoir couru sous la pluie. Je viens parce que j’ai besoin de toi.
Il se leva lentement, comme un homme qui porte un poids trop lourd depuis trop longtemps. Son regard glissa vers la porte, vers l’espace vide derrière elle.
— Il n’est pas avec toi.
— Gregor a été capturé. Par les hommes de Donal.
Alistair ferma les yeux. Une ride profonde se creusa entre ses sourcils.
— Je suis désolé, dit-il enfin. Je suis désolé pour beaucoup de choses.
Elle croisa les bras, encore ruisselante, laissant une flaque se former à ses pieds.
— Ce n’est pas de tes excuses dont j’ai besoin. J’ai trouvé des preuves. Des registres. Des transactions. Donal achète des terres à travers toute l’Écosse, et il a un appui à Londres. Si on expose ces documents, il tombe. Mais je ne peux pas le faire seule.
Alistair la regarda longuement. Elle vit quelque chose changer dans ses yeux – une vieille armure qui se fissurait enfin.
— Tu sais ce qu’il a fait, n’est-ce pas ? demanda-t-il doucement. À ta mère. Tu sais que c’est moi qui ai couvert son crime.
Iona sentit sa gorge se serrer, mais elle ne détourna pas le regard.
— Tam me l’a dit. Tu as fait tuer ta propre femme pour protéger ton frère.
— Pour protéger nous tous, murmura Alistair. Donal m’a dit qu’il détruirait la famille. Que si je parlais, il ferait en sorte que plus aucun MacTavish n’ait un toit au-dessus de sa tête. J’ai cru à ses mensonges. J’ai cru que si je me taisais, nous survivrions. Et j’ai perdu ta mère, j’ai perdu toi, et je vais perdre cette terre de toute façon.
Il s’approcha d’elle, et pour la première fois depuis son retour, elle ne recula pas.
— Que veux-tu que je fasse ?
— Viens avec moi. Dis la vérité à un magistrat. Laisse les preuves parler pour nous.
Alistair acquiesça lentement. Ce n’était pas un oui enthousiaste, mais c’était un oui. Il décrocha son manteau du clou près de la porte, et elle nota que ses mains tremblaient.
— Tu as grandi, dit-il en passant devant elle.
Elle ne répondit pas. Elle ne savait pas si c’était un compliment ou un reproche.
Le bourg le plus proche se trouvait à une heure de marche. Ils firent le trajet en silence, la pluie s’étant enfin calmée pour laisser place à une bruine obstinée. Le magistrat, un homme nommé Ewan MacBride, les reçut dans son étude, un feu de tourbe crépitant dans la cheminée.
MacBride était un homme rond au visage rougeaud, avec des yeux qui semblaient toujours évaluer ce que valait son interlocuteur.
— C’est une grave accusation, dit-il après qu’Alistair eut terminé son récit. Vous comprenez que si vous mentez, les conséquences seront sévères.
— Je ne mens pas, répondit Alistair d’une voix ferme. J’ai participé à l’attaque contre Ewan Campbell. J’ai laissé Donal tuer ma femme pour étouffer l’affaire. Je mérite ce qui m’arrivera.
Iona regarda son père, et quelque chose d’inattendu lui serra le cœur. C’était la première fois qu’elle le voyait assumer. Vraiment. Sans détour, sans excuse.
MacBride prit une plume, commença à écrire.
— Et où se trouvent ces preuves dont vous parlez ? demanda-t-il sans lever les yeux.
— Cachées, répondit Iona. Je les sortirai quand je saurai qu’elles seront en sécurité.
MacBride hocha lentement la tête. Il reposa sa plume avec un soin presque délibéré.
— Bien. Bien. Je vais envoyer chercher des hommes pour escorter ton père au poste de garde à Inverness. En attendant, il restera ici, sous ma responsabilité.
Iona fronça les sourcils.
— Ici ? Je pensais qu’il serait arrêté.
— Il sera arrêté. Mais je dois d’abord rédiger les charges appropriées. Cela prendra quelques heures. Vous pouvez revenir demain matin.
Quelque chose dans sa voix – une onctuosité trop parfaite, des yeux qui évitaient trop soigneusement les siens – fit monter une alarme dans la poitrine d’Iona.
— Je préfère rester.
— La loi exige une procédure précise, mademoiselle MacTavish. Votre père restera ici, et vous reviendrez demain. C’est ainsi que cela fonctionne.
Alistair posa une main sur son bras.
— Va, Iona. Ce sera bientôt fini.
Elle ne bougea pas. Elle regarda MacBride, regarda son père, regarda la porte par laquelle ils étaient entrés.
— Je ne suis plus une MacTavish, dit-elle lentement. Je suis une Campbell.
MacBride haussa un sourcil.
— Encore mieux. Cela simplifiera les choses.
Elle quitta l’étude, mais elle ne rentra pas. Elle se cacha derrière l’écurie et attendit.
Elle attendit assez longtemps pour voir deux hommes à cheval arriver du nord, des couleurs de Donal sur leurs épaules. Elle attendit assez longtemps pour les voir entrer chez MacBride et en ressortir avec son père, les mains liées derrière le dos. Elle attendit assez longtemps pour les voir l’emmener non pas vers Inverness, mais vers l’est, vers les terres du château de Donal.
Alistair ne se débattit pas. Il la chercha du regard, un bref instant, comme pour lui demander pardon. Puis il tourna la tête vers l’horizon et laissa les hommes le guider.
Iona resta là, le dos contre le mur de bois, la pluie recommençant à tomber sur ses épaules. Elle n’avait plus de père. Elle n’avait plus de mari. Elle n’avait plus d’allié.
Elle n’avait que le registre enterré sous la pierre, et une vérité qui venait de lui apprendre que la justice avait un prix.
Elle se remit debout. Elle commença à marcher vers le nord, vers Braemore, parce que Lachlan lui avait interdit de revenir et qu’elle avait besoin de se rappeler pourquoi elle continuait à se battre.
La pluie tombait toujours.
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