Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 27: The Raid Reenacted
La pluie battait le toit de la grange abandonnée, transformant l’air en une brume épaisse qui collait aux épaules. Iona se tenait devant une douzaine d’hommes — des MacTavish aux visages creusés par la faim, des Campbell qui avaient refusé de suivre Callum dans sa trahison, et Tam, debout près de la porte, ses mains calleuses serrant le pommeau d’un vieux couteau.
« Vous savez tous pourquoi je vous ai fait venir ici, » dit-elle, sa voix plus ferme qu’elle ne se sentait.
Tam cracha par terre. « Pour braquer un bureau à Édimbourg. Encore. »
« Pas un bureau. Des documents. » Iona déroula une carte grossière sur la caisse retournée. « Gregor avait des contacts. L’un d’eux travaille encore chez Donal — un commis qui déteste son maître autant que nous. Il est prêt à nous ouvrir la porte de derrière, à condition qu’on le fasse sortir du pays après. »
Un vieux soldat, Angus, se pencha. « Et qu’est-ce qu’on cherche exactement ? »
« La preuve que Donal a tué ma mère. Et qu’il a acheté la moitié du testament de Callum. » Iona planta son doigt sur un point de la carte. « Le registre que j’ai volé est caché. Mais il ne suffit pas. Il faut les lettres originales, les signatures — les documents que Donal garde sous clé dans son bureau privé. Avec ça, même le magistrat MacBride ne pourra plus fermer les yeux. »
Un murmure parcourut le groupe. Tam s’approcha, ses yeux plissés. « Et si on se fait prendre ? Mon frère est encore dans les geôles de Donal. Ton père aussi. »
« Alors on ne se fera pas prendre. » Iona releva la tête. « On va faire un raid, comme les anciens MacTavish contre les Campbell. Mais au lieu de voler du bétail, on vole la vérité. »
La nuit du raid, la lune était voilée de nuages épais. Iona menait la colonne à cheval, vêtue d’un manteau sombre emprunté à Tam. Derrière elle, six hommes — des anciens qui connaissaient les collines mieux que les ruelles d’Édimbourg.
Le commis les attendait près de la porte de service, une lanterne éteinte à la main. Il était jeune, pâle, nerveux. « Deux gardes dans le hall, un dans l’escalier. Le bureau est au troisième étage, mais il y a un verrou à combinaison. »
Iona sortit le petit carnet de cuir qu’elle avait volé des semaines plus tôt. Sur la page de garde, une série de chiffres griffonnés par une main distraite. « Gregor avait noté ça. Il disait que Donal utilisait la date de naissance de sa mère. »
Le commis haussa les épaules. « Essayez. »
Ils entrèrent dans l’ombre de l’immeuble. Le hall sentait la cire et le vieux bois. Iona monta l’escalier, son cœur cognant à chaque marche. Derrière elle, Tam et Angus couvraient la retraite, leurs silhouettes massives dans la pénombre.
La porte du bureau était lourde, ornée d’une plaque de laiton. Iona fit tourner le cadran — 7, 3, 12, 1. Le mécanisme cliqua. Elle poussa le battant.
À l’intérieur, une pièce minuscule, encombrée de registres et de coffres. Sur le bureau, une lampe à huile presque vide projetait une flamme vacillante. Iona fouilla les tiroirs, sortit des liasses de lettres, des contrats. Ses doigts tremblaient. Elle trouva un dossier marqué « MacTavish » — dedans, des copies certifiées du testament de sa mère, des rapports de magistrats, et une lettre dont l’en-tête portait un sceau londonien.
« Celui-là, » murmura-t-elle.
Soudain, un bruit derrière elle. Tam était dans l’embrasure, son visage tendu. « Une patrouille. Ils arrivent par la rue principale. »
Iona fourra le dossier dans sa veste. « On sort. »
Ils dévalèrent l’escalier. Angus ouvrit la porte de service — un souffle d’air froid les saisit. Les rues étaient désertes, mais au loin, des torches approchaient. Le commis s’était volatilisé.
« Trahi, » gronda Angus.
« Non. » Iona s’élança dans la ruelle. « Il a eu peur. Tant pis. On a ce qu’il faut. »
Ils remontèrent à cheval, talonnant leurs montures vers les collines. La pluie recommençait, effaçant leurs traces. Personne, pas un cri, pas un coup de feu. Le raid avait été une réussite.
À l’aube, ils étaient de retour à la grange. Iona étala les documents sur la table de fortune, à la lumière grise du matin. Ses hommes se taisaient, épuisés. Tam alluma un feu, fit chauffer une bouillie d’avoine.
Iona parcourut les lettres. La correspondance avec le lord londonien était claire — Donal allait recevoir un soutien financier massif pour étendre ses terres, en échange de la destruction complète des MacTavish et de la famille Campbell. Le nom de Callum apparaissait aussi, avec des clauses qui confirmaient la vente secrète.
« Ça suffit, » dit-elle enfin. « Avec ça et le registre caché, on peut les traîner devant n’importe quel tribunal. »
Angus secoua la tête. « MacBride est à la solde de Donal. Il nous faut un magistrat hors de sa portée — quelqu’un d’Inverness, ou même d’Édimbourg. »
« Gregor avait un nom. » Iona consulta ses notes. « Un juge honnête, dit-on, mais il ne viendra pas sans preuve solide. Et il faut quelqu’un pour porter la parole. Moi, je suis une femme, et seule. »
Tam se leva, son visage buriné étonnamment doux. « Tu n’es pas seule, Iona. Je te l’ai dit. Je ne suis pas juste un vieux soldat. J’étais dans la maison lorsque Donal a envoyé ses hommes après ta mère. Je le connais depuis vingt ans. Je sais où sont ses faiblesses. »
Iona le regarda. « Pourquoi ne m’as-tu jamais dit que tu étais un MacTavish de naissance ? »
« Parce que j’ai failli, » dit-il. « J’aurais dû la protéger. Ta mère m’avait sauvé de la corde, il y a longtemps. Quand ils l’ont tuée, je me suis caché. La honte était trop lourde. » Il baissa les yeux. « Mais je peux encore faire en sorte que Justice soit faite. »
Iona s’approcha, posa la main sur son épaule. « Alors tu témoigneras. En plein jour. Devant Donal et tous ses hommes. »
« Quand ? »
« Il est à deux jours de sa rencontre avec Callum dans le col caché. Si on le frappe avant, il sera pris au dépourvu. » Iona plia le dossier, le glissa sous sa chemise. « On part demain pour sa demeure. On va faire un raid comme les anciens : en plein jour, sans qu’il s’y attende. Mais cette fois, on ne volera pas son bétail. On volera son pouvoir. »
Un murmure d’approbation parcourut la grange. Mais Tam leva la main.
« Il y a une chose, Iona. » Il sortit un papier froissé de sa poche. « Un messager est passé cette nuit, porteur d’un avis. Lachlan Campbell a offert de vendre toutes ses terres à Donal. En échange, Donal devait te laisser tranquille et libérer ton père. »
Le cœur d’Iona s’arrêta. « Lachlan a fait ça ? »
« Il l’a fait, et Donal a accepté. Mais Lachlan ne sait pas que tu es encore en vie. Il est parti vers le sud, banni des hautes terres. »
Iona resta figée, le papier entre les doigts. Le preuve qu’elle venait de voler pouvait tout changer — mais Lachlan était peut-être déjà trop loin. Et si elle le perdait, à quoi bon la justice ?
Elle leva les yeux vers ses hommes. « On changela cible, » dit-elle, la voix brisée mais résolue. « On ne va pas chez Donal. On va chercher Lachlan. Sans lui, on n’a pas assez de forces pour affronter Donal de front. Avec lui, l’alliance est complète — et le témoignage de Tam fera tomber le reste. »
Tam sourit, une lueur de respect dans les yeux. « Alors il faut partir avant que le soleil soit haut. Les hommes de Donal vont traquer ce raid toute la journée. »
Iona enfourcha son cheval, les documents serrés contre sa poitrine. La route vers le sud s’ouvrait, déserte et grise. Quelque part, Lachlan marchait vers son exil, croyant avoir tout sacrificié pour elle. Elle allait lui rendre ce sacrifice — et bien plus.
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