Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 4: The Negotiation
La pluie cinglait les murailles de Braemore quand Iona mit pied à terre. Ses cheveux trempés lui collaient au visage, et son manteau lourd dégoulinait sur les pavés de la cour. Murdoch la rejoignit d'un pas lourd, sa main serrant la bride de son cheval comme s'il retenait un coup prêt à partir.
— Ils vont nous tirer dessus avant qu'on atteigne le porche.
— Ils tireraient déjà si c'était leur intention.
Iona avança, menton levé. Un domestique sortit, les yeux écarquillés à la vue de deux MacTavish à la porte de Braemore.
— Annonce-nous à ton maître, lança-t-elle. Iona MacTavish, du Glen Torran. Je viens parler à Lachlan Campbell.
Le domestique hésita une seconde, puis disparut dans les profondeurs du manoir. La porte restait entrouverte, une échappée de lumière chaleureuse contrastant avec le gris du ciel.
Quelques minutes passèrent. Puis des pas lourds sur les dalles, et une voix que Iona connaissait déjà pour l'avoir entendue brailler des ordres à ses hommes à l'aube.
— On ne vous a pas invités, MacTavish. Et on ne vous servira pas le thé.
Lachlan Campbell se tenait sur le seuil, mâchoire serrée. Il était plus grand que dans son souvenir, ou peut-être que son souvenir l'avait réduit pour le rendre moins redoutable. Ses yeux passèrent de Iona à Murdoch, puis de nouveau à elle.
— Je n'ai pas traversé la moitié du comté sous cette pluie pour du thé, répondit Iona. J'ai quelque chose à te proposer.
— Je n'écoute pas les propositions de ceux qui volent mon bétail.
— C'était le nôtre, ce bétail. Et c'est votre balle qui a tué mon père.
Un silence. Même la pluie sembla suspendre son tambourinement sur les toits.
— Alistair vit ? demanda Lachlan, une nuance d'incrédulité dans la voix.
— Il vit. Mais il n'est pas près de remonter à cheval. Et pendant qu'il gît dans son lit, un homme dont personne n'a entendu parler il y a six mois est en train de voler nos terres à tous les deux.
Murdoch fit un pas en avant, prêt à dire quelque chose, mais Iona le coupa d'un geste.
— Laisse-moi parler. C'est moi qui suis venue, c'est moi qui mènerai cette conversation.
Lachlan observa la scène entre les deux MacTavish, ses yeux luisant d'un intérêt nouveau.
— Votre clan suit vos ordres, maintenant ?
— Mon clan est en crise. Et quand un clan est en crise, c'est souvent une femme qui doit poser les questions que les hommes refusent d'entendre.
Elle sortit la lettre de Lord Ashworth rangée dans sa poche intérieure. Le papier était froissé par la pluie, mais le sceau restait visible.
— Ashworth a acheté la créance des Glen Torran. La totalité. Trois ans de frustrations accumulées que mon père a cachées à tout le monde. Il détient maintenant le titre légal de nos terres communes — les vôtres et les nôtres — sur le cours d'eau qui sépare nos domaines.
Lachlan saisit la lettre, la parcourut rapidement. Son visage se durcit.
— C'est une contrefaçon.
— C'est authentique. J'ai vérifié la signature du notaire à Pitlochry avant de venir.
Il rendit le papier. Il ne lui demanda pas comment elle avait fait le trajet en si peu de temps. Il n'avait pas besoin de le savoir — il voyait dans son visage que c'était vrai.
— Alors nous sommes ruinés. Les deux clans.
— Nous le serions si nous agissions séparément. Mais j'ai pensé à une autre solution.
Iona inspira profondément. Elle avait répété ces mots dans sa tête pendant toute la montée vers Braemore, et encore maintenant, ils lui semblaient irréels.
— Un mariage de convenance. Vous et moi, Lachlan Campbell.
Murdoch laissa échapper un juron étouffé, mais Iona ne le regarda pas. Ses yeux étaient fixés sur Lachlan. Il y eut un long silence chargé. Les traits de Lachlan restaient impénétrables, mais quelque chose vacilla dans son regard.
— Vous voulez que j'épouse une MacTavish ? Pour sauver une terre que votre famille a essayé de nous arracher pendant vingt années ?
— Pour sauver une terre qui existe encore. Une terre que vous perdrez avec moi, ou que vous partagerez avec moi. C'est votre seul choix.
Une silhouette massive apparut dans l'embrasure de la porte, derrière Lachlan.
— Qu'est-ce que c'est que ce tapage ?
Callum Campbell, le père de Lachlan, s'avança lentement. Il était plus âgé que son fils, usé par des années de rancœur et une jambe qui le faisait traîner. Mais ses yeux demeuraient acérés comme des lames de couteau.
— Cette petite MacTavish qui vient nous narguer sur notre seuil ? Vous avez le culot de votre mère, on dirait.
Un frisson parcourut Iona, qu'elle refoula aussitôt. Le nom de sa mère dans cette bouche.
— Je viens avec une proposition, pas une nargue, répondit-elle calmement. Ashworth s'apprête à saisir les terres de la forêt et les pâturages communs. Il a le droit, la loi et l'argent. Il ne nous laissera que quelques centaines d'acres, chacune de nous trop petite pour survivre seule.
— Il a aussi le droit de mourir. Une balle de chasse perdue dans ces collines.
— Et la justice passera pour l'un de nous ou pour l'autre. Vous avez vu ce qu'il a fait à ceux qui ont résisté à lui en Angleterre — ses anciennes terres à Devon ont été vendues aux enchères publiques, avec toutes les familles jetées dehors. Est-ce que vous voulez la même chose pour Braemore ?
Callum serra les mâchoires. Il avait entendu les histoires. Les mêmes histoires qu'Iona avait entendues de la bouche de son propre père, avant qu'une balle ne le fasse taire.
— Entrez, dit-il enfin d'une voix brusque. Nous ne parlerons pas de ça sous la pluie, comme des mendiants.
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Ils discutèrent devant la cheminée de la grande salle. Des tasses de whisky furent posées entre eux, mais nul ne les toucha. Callum restait hostile, assis presque de biais, refusant de regarder Iona en face. Lachlan, lui, écoutait. Murdoch demeurait debout près de la fenêtre, les bras croisés, le visage fermé.
— Quatorze mille livres de dette, dit Callum à la fin. Et vous dites que votre père les a toutes cachées ?
— Il pensait pouvoir les récupérer. Une bonne récolte, une vente de bétail…
— Vous étiez sur le bord de la faillite depuis trois ans, et vous n'avez rien vu ? C'est une belle négligence pour celle qui se présente comme l'esprit du clan.
Iona maîtrisa sa colère.
— Ma mère est morte il y a deux ans. Mon père a sombré après cela, et personne n'avait le cœur de le contrôler. Mais je ne suis plus aveugle, maintenant. Et vous n'avez aucune raison de jeter la pierre — votre dernière récolte de laine a été vendue à moitié prix à un courtier d'Édimbourg qui – je l'ai vérifié – est de mèche avec Ashworth.
Le silence dans la pièce était épais comme de la tourbe. Callum la regarda différemment maintenant, peut-être pour la première fois.
— Vous avez fait vos recherches.
— J'ai fait ce que j'avais à faire pour sauver ma famille.
Lachlan se pencha en avant.
— Et ce mariage — comment nous protège-t-il réellement ? Ashworth aura toujours la créance.
— Une créance qui ne peut s'appliquer qu'à des terres disputées entre les deux clans. Si nous fusionnons nos droits, s'il n'y a plus de litige, s'il n'y a plus de frontière disputée — alors le tribunal n'aura plus rien à trancher. L'achat d'Ashworth devient une friche juridique.
Callum émit un son entre la moquerie et la réflexion.
— Fallacieux. Mais peut-être assez fallacieux pour tenir le temps que nous trouvions autre chose.
— Ou pour tenir jusqu'à ce qu'Ashworth trouve plus intéressant ailleurs, renchérit Lachlan.
Il regarda Iona, ses yeux parcourant son visage mouillé, sa silhouette.
— Vous seriez prête à me donner votre main pour protéger une terre qui ne vous appartiendra peut-être plus jamais, MacTavish ?
— Je serais prête à donner beaucoup plus que ma main pour protéger ce qui reste de ma famille. Et vous ?
Lachlan se tourna vers son père. Un échange muet passa entre eux.
— Nous considérerons votre proposition, dit enfin Callum. Nous vous enverrons notre réponse d'ici trois jours.
— Trois jours est trop long. Ashworth ne nous laissera pas trois jours.
— Vous n'avez pas le choix.
Iona se leva, ramassant son manteau encore humide.
— J'ai le choix. Je repartirai seule demain pour voir le shérif, et je lui demanderai d'arbitrer une vente à l'amiable. Vous pouvez rester ici et regarder vos terres filer entre vos doigts. Moi, je vais me battre.
Elle atteignit la porte quand la voix de Lachlan la retint :
— Attendez.
Elle se retourna. Il s'était levé, le feu projetant son ombre immense sur les pierres du mur.
— Je viendrai à Glen Torran après-demain. Pour discuter des termes d'un accord formel. Si votre père est en état d'en débattre.
— Mon père est en état de vous tirer dessus depuis son lit.
— Alors j'espère que sa main est encore ferme. Cela fera de lui un adversaire plus honnête que la plupart des hommes du comté.
Un semblant de sourire échangea au coin de leurs lèvres, aussitôt effacé.
— Après-demain, répliqua Iona. Amenez votre meilleeur scribe. Je veux que chaque mot de cet accord soit consigné par écrit.
Elle sortit sous la pluie sans un regard en arrière. Murdoch la suivit, la mâchoire aussi serrée qu'une pierre de taille, mais sans un mot.
Derrière eux, la porte de Braemore se refermait sur les Campbell, et quelque part dans la nuit, entre deux forêts, un autre pas se dirigeait tranquillement vers Glen Torran.