Le Pacte Noyé
Lire le chapitre 15: A Second Clue
La poussière dansait dans la lumière des lampes à huile lorsque Eldred Finch déplia le parchemin sur la table de chêne. Owen retint son souffle : les bords irréguliers de la peau de veau étaient noircis comme si quelqu'un avait tenté de le brûler avant de se raviser. Finch toussa doucement, ses doigts osseux effleurant la surface avec une révérence presque douloureuse.
« Le fragment d'origine, » murmura-t-il. « Celui que je n'ai jamais montré à personne, pas même à ton père. »
Owen se pencha. Le dessin avait été gravé à l'encre ferrugineuse, maintenant brunie par les siècles : les courbes d'un lac - son lac - avec des lignes pointillées qui s'en échappaient dans trois directions. Des cercles y étaient marqués, irréguliers, comme jetés au hasard. Ou pas.
Finch ajusta ses lunettes.
« Trois postes de garde. Trois feux. Trois portes. »
Owen étouffa un soupir d'impatience en reconnaissant les mots rituels qu'il avait lus dans les archives quelques heures plus tôt. « Vous m'avez parlé des Pendulum Stones. Mais ce parchemin ne montre que des ronds. »
« L'important n'est pas dans les ronds, » répondit Finch en tendant un index noueux vers le centre du lac. « Mais ici. »
Owen suivit son regard. Une forme était gravée au cœur du plan d'eau, encore plus légère que les autres - presque invisible, comme si le graveur avait craint de laisser la main trop peser. Un rectangle aux angles arrondis. Une porte.
« La première fois que j'ai vu ça, dit Finch, j'ai cru que c'était la forteresse immergée. Mais le plan est grossier, on n'aurait pas dessiné une forteresse en si petit. Et puis... »
Il traça une ligne du doigt, suivant un pointillé qui partait de la forme centrale vers le nord-est.
« On l'appelle la clé du lac. Les trois gardiens devaient se tenir sur leurs pierres, face aux portes de l'horizon, et la clé devait être tournée. C'est pour ça que ton père a parlé de vraie porte. Le lac n'a jamais été une prison. »
Owen sentit la brûlure des marques du torque sur son avant-bras, qui palpitait encore à l'unisson de son cœur. « Trois portes de l'horizon ? »
Un sourire passa sur les lèvres fanées de Finch, un sourire presque enfantin. « C'est mon expression, pas celle du parchemin. Le texte dit "les fenêtres du monde où le ciel rencontre l'eau en dessous". Pas évident. Mais j'ai passé cinquante ans à étudier ces collines. »
Il remonta ses lunettes.
« Le premier poste est sous les hauteurs de Druid's Hollow, dans la vieille caverne que les gamins du village appellent "la gueule du diable". On y trouve un cercle de pierres - pas dressées, juste plantées dans le sol comme des dents. Le second poste se trouve de l'autre côté du lac, au pied du Mont Kite, dans une grotte noyée depuis la construction du barrage au dix-neuvième siècle. Le troisième... »
Sa voix se brisa. Il consulta Owen avec un regard qui cherchait une indulgence, un pardon anticipé.
« Le troisième est sous ton terrain d'enfance. La maison n'existe plus, elle a brûlé dans les années cinquante, mais les pierres y sont. J'y suis allé deux fois. Elles sont marquées de la même rune que le garçon noyé de 1998. Et que ton père, sans doute. »
Owen recula d'un pas. Le sol de la bibliothèque craqua sous ses bottes. « Vous saviez. Vous saviez où elles étaient et vous ne les avez jamais cherchées ? »
« On ne cherche pas les Pendulum Stones, » répliqua Finch en reposant le parchemin avec un soin infini. « On attend qu'elles se montrent. À moi, elles montrent leur premier gardien, et ce n'est pas celui que nous espérions. Les créatures que tu gardes, Owen, ne s'encombrent pas du sens que tu donnes à la mort. »
« Nous avons cinq jours. »
« Alors il te reste quatre jours et seize heures. »
La lumière d'une bougie vacilla dans un courant d'air que Owen ne sentit pas. Son regard tomba sur le bord du parchemin, où une écriture minuscule courait en marge, postérieure à la gravure. Il la reconnut avant même de se pencher - c'était celle de son père, si familière qu'elle lui serra la gorge comme un poing.
« Je suis juste. »
Owen dut relire deux fois. *Je suis juste...* juste avant de partir ? Juste avant de fuir ? Juste le dernier ? Ou juste - sur le point ?
« Finch. » Sa voix était rauque. « Ces mots étaient là quand vous m'avez montré le parchemin ? »
Le vieil homme prit son temps avant de répondre, et Owen sentit que la question était piégée. « Non. Ils n'étaient pas là hier. Ils n'ont pas pu apparaître depuis.
Pourtant ils étaient là, tracés dans une encre qui semblait encore fraîche, presque humide sous la lumière des bougies. Owen tendit la main, mais Finch l'attrapa par le poignet.
« N'y touche pas. C'est peut-être un leurre - ou un appel d'entre les morts. Le Destructeur connaît la forme de ton chagrin. Il l'a déjà utilisée contre toi, avec le journal trouvé dans la chapelle. »
La remarque le piqua. C'était vrai : le journal de son père lui avait été remis trop facilement, comme posé pour lui. Et maintenant cette inscription qui apparaissait de nulle part.
« La question n'est pas de savoir qui l'a écrit, » dit Owen en dégageant doucement son poignet. « C'est de savoir pourquoi. Si mon père a trouvé un chemin différent dans le pacte, il a pu me le laisser là. Ou le Destructeur a pu le contrefaire. Mais il ne sait pas ce que ces mots signifient pour moi. »
Il marqua une pause.
« "Je suis juste" était la dernière phrase d'une lettre que mon père m'a laissée le jour de sa disparition. Il répétait toujours qu'il était juste, qu'il était "juste sur le point" de comprendre, de terminer, d'arriver. Ma mère pensait que c'était une façon de dire qu'il n'était jamais satisfait. Moi, je crois qu'il essayait de dire qu'il n'était jamais parti. »
Le silence retomba dans la bibliothèque, plus lourd que la nuit de terre qui entourait les murs. Finch détourna le regard.
« Je connaissais ton grand-père, » murmura-t-il enfin. « Ta mère aussi, avant qu'elle ne parte. Nous étions trois gardiens, à ma génération. Nous ne sommes plus que... »
Il n'acheva pas. Owen savait ce qu'il allait dire : *deux*. Un vieillard fragile et un homme qui venait à peine de découvrir sa lignée.
« Montrez-moi sur une vraie carte où se trouve cette caverne du Druid's Hollow, » dit Owen en remettant les pieds sur terre. « Je dois savoir si le parchemin déchiré – le fragment que Voss m'a volé – correspond au même emplacement. »
Finch prit une carte moderne sur le rayon, l'étala à côté du parchemin. La comparaison était frappante : même orientation, mêmes lignes de relief. Le vieux parchemin avait été établi à partir d'une source précise, presque topographique.
« C'est là. » Finch posa son doigt sur un point où les collines plongeaient vers le lac, à l'est de la chapelle.
Owen étudia la carte, puis fixa le parchemin encore une fois. « Trois cercles. Trois pierres. On m'a toujours dit qu'une pierre d'équilibre doit être trouvée, et non installée. La loi du pacte permet-elle qu'elles soient si indépendantes les unes des autres ? »
Finch riva ses yeux sur le jeune homme avec une intensité que Owen ne lui avait pas encore vue.
« La loi du pacte, Owen, a été écrite pour que personne ne puisse utiliser les pierres sans comprendre leur poids. Je n'ai jamais su quoi faire de ces gardiens, sauf les garder. Mais ton père... »
Finch retira une clé de sous sa robe et ouvrit un tiroir du bureau, d'où il sortit une petite boîte de fer.
« Ton père savait. Il m'a laissé ceci, le jour de sa disparition, avec une seule instruction. »
Il ouvrit la boîte. À l'intérieur reposaient les pièces d'un mécanisme de bronze torsadé, deux branches de cuivre entrelacées formant une unité. Owen sentit le torque autour de son cou chauffer brusquement, comme un animal qui reconnaît son semblable.
« Il m'a dit : "Quand mon fils viendra, donnez-lui la clé de la clé. Et demandez-lui qui sera la seconde main." »
Le monde parut basculer. Owen saisit la boîte, les doigts tremblants.
« Je suis juste... » répéta-t-il, les mots de son père résonnant dans sa tête. Ce n'était pas une déclaration inachevée. C'était une invitation à compléter la phrase.
Juste à temps.
« Qui est la deuxième main, Finch ? »
Le vieil homme sourit d'un sourire qui fit trembler sa maigre silhouette.
« Ce n'est pas à moi de te le dire. Je suis juste... » Il hésita un instant. « Je suis juste dépositaire. Va trouver Gareth Voss. Sa famille n'a jamais cessé de garder les gardiens. Et il sait ce que ton père lui a demandé avant de partir. »
Owen serra la boîte contre sa poitrine. L'armure de ses certitudes commençait à craquer - Voss, voyageur à ses yeux, mais peut-être son seul véritable allié.
« La nuit tombe dans deux heures. J'y vais. »
Finch le retint par le bras, sa prise étonnamment ferme.
« Une chose encore. » Il baissa la voix comme si les murs eux-mêmes pouvaient écouter. « Le parchemin que tu as vu - la porte au centre du lac - ton père a laissé une note en marge de sa copie dans son journal. Une phrase que je n'ai comprise qu'après sa disparition. »
Il retira une page froissée de sa poche et la tendit à Owen. Elle portait l'écriture de son père, mais les mots semblaient écrits dans une urgence fiévreuse :
*La clé ne ferme pas. Elle ouvre. Et ce qu'elle ouvre n'est pas un passage - c'est une main.*
Owen sentit un froid descendre le long de sa nuque.
« Une main qui ouvre quoi ? »
Finch secoua la tête.
« Je n'ai jamais réussi à le découvrir. Mais le garçon noyé de 1998 le savait. Il l'a vue. Et lorsqu'elle s'est manifestée, il a couru vers le lac au lieu de s'en éloigner. »
La lumière des bougies faiblit, et Owen jeta un dernier regard au parchemin avant de sortir dans la nuit tombante. Quelque part dans les collines, la première pierre l'attendait. Et quelque part au fond du lac, la main de son père - ou ce qui restait de lui - patientait dans les ténèbres.
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