Le Pacte Noyé
Lire le chapitre 16: The First Guard
La pluie s'était arrêtée, mais l'air restait lourd, chargé d'une humidité qui collait à la peau. Owen Callahan avançait à travers les fougères trempées, le plan de Finch froissé dans sa poche, la boue aspirant ses bottes à chaque pas. La colline se dressait devant lui, ronde et mamelonnée, étrangement lisse pour un terrain aussi accidenté. Aucun arbre ne poussait sur son flanc, comme si quelque chose sous la terre avait empoisonné les racines.
Il s'arrêta au sommet, haletant, et regarda autour de lui. La vallée s'étendait en contrebas, le village niché au bord du lac comme un enfant accroché à sa mère. Le lac lui-même semblait différent aujourd'hui — plus sombre, plus dense. Owen aurait juré que ses eaux s'étaient déplacées depuis la dernière fois qu'il les avait vues, comme si une main invisible avait tiré un drap noir sur sa surface.
Le cercle de pierres était là, brisé, partiellement enfoui dans la terre grasse. Six menhirs effondrés formaient un arc imparfait ; le septième manquait, ne laissant qu'une fosse béante remplie d'eau de pluie stagnante. Owen s'accroupit, sortit sa lampe torche, et balaya la zone.
C'était la troisième garde selon le plan de Finch. Ou la première, selon la façon dont on lisait la carte. Le vieux bibliothécaire avait haussé les épaules avant de lui souhaiter bonne chance, comme s'il ne s'attendait pas vraiment à le revoir.
Owen dégagea la mousse d'un des menhirs tombés, révélant une surface grêlée de lichen et de morsures du temps. Il sortit son couteau de poche et gratta la végétation, les yeux plissés dans la pénombre crépusculaire. Et là, gravée dans la pierre brute, profondément incisée pour braver les millénaires, la rune.
Il connaissait cette marque. Il l'avait vue sur le torse de Danny Reynolds, sur les couloirs de la forteresse engloutie, sur les pages du manuscrit de Finch. Mais la voir ici, sur une pierre celtique pré-chrétienne, à des kilomètres du lac ? Cela changeait tout.
Owen passa ses doigts sur les entailles. La pierre était glacée, presque à mordre la chair. La rune représentait quelque chose — un mouvement, une torsion, un portail entre deux mondes. Il sortit le journal de son père de sa veste étanche et l'ouvrit à la page marquée par un ruban rouge. Les notes étaient serrées, presque illisibles, écrites dans une urgence palpable.
*« La première garde marque l'entrée. La deuxième marque le passage. La troisième marque le sacrifice. Trois points, une seule ligne. Qui comprend le triangle comprend la porte. »*
Owen leva les yeux vers les pierres. Six effondrées, une disparue. Il compta mentalement les positions sur le plan de Finch : si la première garde était ici, sous la colline, la deuxième devait être sous sa maison d'enfance — et la troisième, quelque part au cœur du lac.
Il s'engagea dans la boue, cherchant la base du menhir le plus large. La terre avait cédé, révélant ce qui semblait être une dépression, un conduit ancien obstrué par des siècles de sédiments. Owen s'agenouilla, sortit sa petite pelle de fouille de son sac, et commença à creuser. La terre était compacte, argileuse, mais elle céda progressivement, révélant une dalle de pierre grise.
En dessous, quelque chose brillait.
Owen retint son souffle. Il dégagea délicatement la dalle, découvrant une excavation peu profonde. À l'intérieur, une effigie en pierre reposait sur le flanc, usée par l'eau et le temps. Elle représentait un homme, les yeux fermés, les mains croisées sur la poitrine. Une posture funéraire classique. Mais ce n'était pas un défunt ordinaire.
La rune était gravée directement dans le sternum de l'effigie.
Owen la fixa, son cœur battant plus vite qu'il ne voulait l'admettre. Il sortit sa lampe de poche et illumina le visage de la figure de pierre. Les traits étaient grossiers, le nez cassé, la bouche fine et sévère. Mais ce n'était pas ce qui le frappa. C'était l'inscription sous la base : lettres latines tardives, presque mérovingiennes, gravées dans une langue oubliée.
« *Hic jacet Custos Primus. Qui somniat videt. Qui videt somniat.* »
Ici repose le premier gardien. Celui qui rêve voit. Celui qui voit rêve.
Owen recula, s'assit dans la boue. Le poids de la révélation s'abattit sur lui comme la pluie qui recommençait à tomber. Cette effigie portait la même rune que Danny. Le même marquage qui avait présidé au sacrifice du jeune homme, vingt-trois ans après celui qui avait hanté son père.
Mais c'était la phrase qui le troublait le plus. *Celui qui voit rêve.* Une mise en garde ? Ou une clé ?
Il retourna l'effigie, la faisant pivoter sur son axe. Sur son dos, presque invisible tant elle était patinée, une seconde inscription, plus récente, gravée avec un outil métallique :
*« E.F. n'était pas un monstre. La porte n'était pas une prison. J'ai vu ce qu'il y avait derrière. Tu dois trouver les trois avant le septième jour, ou le rêve deviendra éveil. — M.C. »*
M.C. Michael Callahan. Son père.
Owen ferma les yeux, sentit la pluie battre son visage. Son père était venu ici. Il avait touché cette effigie, creusé cette terre, laissé ce message qui lui était destiné. Comment avait-il su que son fils viendrait un jour ? Avait-il préparé ce passage pour lui, ou l'avait-il simplement laissé derrière, comme une lettre jamais envoyée ?
Il remit l'effigie à sa place, replaça la dalle, et se releva, trempé et couvert de boue jusqu'aux genoux. Le vent s'était levé, portant une odeur bizarre — fer et pourriture, comme si le lac lui-même se décomposait. Il chercha son téléphone pour prendre une photo du site, et captura une silhouette au loin, cachée derrière un groupe de saules.
Un homme. Debout. Parfaitement immobile.
Owen abaissa son téléphone et regarda directement. La silhouette ne bougea pas. Elle semblait le regarder à travers la distance, ou peut-être à travers autre chose. Le vent forcit, et Owen plissa les yeux pour garder la silhouette en vue. C'est alors qu'elle leva un bras, lentement, et pointa un doigt vers le ciel — avant de pivoter sur elle-même et de disparaître dans le crépuscule, avalée par l'ombre croissante des arbres.
Le cœur d'Owen tambourinait. Quelqu'un le surveillait. Et ce quelqu'un savait qu'il était ici.
Il remit son téléphone dans sa poche, resserra son sac sur son épaule, et commença la descente de la colline à pas pressés. Son esprit bouillonnait : l'effigie, la rune, le message éphémère, et cette silhouette qui avait disparu trop vite pour être humaine.
Il fallait qu'il retrouve Voss. Et cette fois, il exigerait des réponses.
Il parcourut trois cents mètres avant de s'arrêter net. Un bruit. Un raclement derrière lui. Il se retourna, lampe torche braquée sur le flanc de la colline. Au sommet, contre le ciel encore gris, une forme se profila — pas celle qu'il avait vue tout à l'heure, mais pire. Un contour mouvant, fluide, comme un rideau sombre agité par une brise qui n'existait pas. Il s'éleva au-dessus des pierres effondrées, se tint au-dessus des menhirs anciens, puis se laissa tomber dans la fosse laissée par le septième cercle — comme un plongeur entrant dans l'eau.
Le choc sourd de la chute résonna à travers la colline. Owen resta immobile, respirations courtes, le poids de ce qu'il venait de voir s'enfonçant dans sa poitrine comme une lame froide. Le Destructeur n'avait pas attendu six jours. Il était là. Il marquait déjà les étapes.
Owen recula lentement, puis tourna son regard vers le nord — vers la deuxième garde, sous la maison de son enfance. Cinq jours. Peut-être moins, maintenant.
Il courut.
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