Le Pacte Noyé
Lire le chapitre 31: The Torque's Power
L’eau lui montait à la poitrine quand le premier des créatures fendit la surface. Owen le vit comme une ombre liquide, trop rapide, trop fluide, une chose qui n’aurait pas dû exister hors des cauchemars que son père lui racontait enfant. Il leva l’épée. La lame s’embrasa d’une lumière pâle, presque argentée, et la créature se replia dans un cri qui ressemblait au grincement d’une porte engloutie.
Mais il y en avait d’autres. Une douzaine. Peut-être plus. Elles convergeaient de toutes parts, leurs formes indistinctes ondulant sous la surface agitée du lac.
— Owen ! cria la spécialiste depuis la rive. Elles vous coupent du site !
Il le savait. Il sentait l’eau tourbillonner autour de ses jambes, plus froide qu’elle ne l’avait jamais été, comme si le lac lui-même cherchait à le ralentir, à le retenir. La colonne de lumière à l’horizon pulsait maintenant à un rythme régulier — un cœur, un battement. Cole avait raison : il ne restait que quelques minutes avant l’aube.
— Cole ! hurla Owen sans quitter les créatures des yeux. Essaie de les éloigner sur la gauche !
Le drone vrombit, sa lumière rouge clignotant dans la grisaille du petit matin. Une première salve de quelque chose — Owen ne savait pas quoi, Cole avait toujours gardé quelques tours dans son sac — frappa l’eau en surface, dispersant deux des ombres. Mais les autres avancèrent plus vite.
Owen recula dans l’eau. Le fond vaseux glissait sous ses bottes, et il sentait le poids du sac à dos bardé d’équipement tirer sur ses épaules. Le parchemin. Le plomb. Son sang. Tout était là, scellé dans trois couches de protection, prêt pour un rituel qu’il ne comprenait toujours pas pleinement.
Un des créatures surgit à moins de trois mètres. Owen fendit l’air. La lame siffla, trancha une substance qui n’était ni chair ni eau, et la chose se dispersa en gouttes noires. Mais deux autres prirent sa place.
La spécialiste cria quelque chose depuis la berge. Il entendit le mot « collier », à peine, perdu dans le vent et le grondement de l’eau.
Le collier.
Il y porta la main gauche, automatiquement. Le torque gaulois — un simple anneau de bronze torsadé qu’il avait trouvé dans la tombe du chef celte trois jours plus tôt, qu’il portait sans trop savoir pourquoi, par superstition, par intuition. Il était froid contre sa peau, incroyablement froid, plus froid que l’eau du lac.
— Il réagit, murmura-t-il.
La lame vibra dans sa main droite. Il abaissa le torque vers la garde de l’épée. Le métal hurla — un son trop haut pour être humain, une note qui fit onduler la surface du lac jusqu’aux créatures. Toutes les ombres stoppèrent leur progression. Toutes. Comme un orchestre arrêté au milieu d’un crescendo.
Owen n’avait pas le temps de comprendre. Il posa le torque contre la lame.
La lumière explosa.
Ce ne fut ni blanche ni bleue — elle était dorée, chaude, ancienne, et Owen sentit le pouvoir remonter dans son bras comme une décharge électrique. Le torque chantait maintenant, une fréquence grave qui semblait réveiller quelque chose dans les roches sous ses pieds, dans le lac, dans l’air même. La lame se mit à émettre une clarté liquide qui se répandit en cercles concentriques à la surface des flots.
Les créatures reculèrent. Puis elles hurlèrent. Un chœur de voix noyées qui déchira le ciel.
Owen avança.
L’eau n’était plus un obstacle. Elle semblait se retirer à son approche, comme si la lumière portée par la lame la brûlait. Il marcha, le torque toujours pressé contre le métal, concentrant sur son bras une puissance qui faisait trembler ses muscles et grincer ses dents. Chaque pas devenait plus difficile. La lumière dorée devenait insupportable — pas par son intensité, mais par son poids, comme s’il portait une cathédrale sur ses épaules.
Les créatures furent réduites à des lambeaux d’écume sombre qui s’évaporèrent avant de toucher l’eau.
Il était à quinze mètres du site. La colonne de lumière pulsait au-dessus de lui, immense, inévitable. Le soleil pointait à peine à l’est, mais cette lueur artificielle dominait déjà l’horizon.
— Owen ! cria Cole. Le torque — il se fissure !
Owen baissa les yeux. De fines craquelures zigzaguaient sur le bronze torsadé, entre ses doigts, près du contact avec la lame. Une odeur de métal brûlé montait dans l’air. Le torque était en train de se consumer, de se vider, chaque parcelle de son pouvoir ancien passant dans l’épée.
Mais la lumière tenait. Elle tenait les ombres, elle tenait l’eau, elle tenait le silence même du lac.
Owen comprit soudain. Le torque n’était pas un ornement — c’était une batterie. Une réserve de pouvoir laissée par des gens qui savaient que l’épée seule ne suffirait jamais contre la chose qui dormait sous le lac. Des gens qui l’avaient mise de côté pour quelqu’un qui viendrait après eux.
Pour lui.
Le bronze se brisa net.
Un craquement sec, un élan de douleur qui traversa sa paume, une étincelle blanche comme un éclair d’orage, et le torque vola en éclats dans la lumière de l’aube. Les fragments tombèrent dans l’eau avec des plochers minuscules.
Owen resta seul, debout, l’épée toujours allumée d’une clarté pâle mais stable.
La dernière créature s’enfonça sous la surface et disparut.
Le lac retrouva son calme.
Le silence fut brisé par la voix de la spécialiste, à peine audible depuis la rive, chargée d’un respect épais comme de la tourbe :
— Owen… Owen Callahan. C’est l’heure. Le soleil est en train de se lever. Faites ce que vous avez à faire.
Owen regarda les fragments de bronze qui sombraient en scintillant dans l’eau verte. Il resta un instant sans bouger, la main encore ouverte.
Puis il enfila son masque, prit une grande inspiration, et plongea.
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