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Le Pacte Noyé

Lire le chapitre 6: A Warrior's Trace

La pluie s’était arrêtée depuis une heure, mais l’herbe restait gorgée d’eau, et chaque pas d’Owen dans le champ en friche au nord de Viveronne produisait un bruit de succion, comme si le sol cherchait à le retenir. Il consulta son GPS, puis le carnet topographique qu’il avait emprunté aux archives locales — un plan de relevé des « vestiges épars » établi par un clergé amateur en 1954, annoté à la main d’une écriture tremblée.

Le site était censé être une motte féodale tardive, un tertre à moitié effondré, à peine remarquable au milieu des orties et des ajoncs. Rien à voir avec le lac. Mais Owen n’était pas là par hasard. Avant l’aube, pendant qu’il préparait son matériel de plongée, il avait eu une intuition — un de ces éclairs que son père appelait « les liens du paysage ». La fortification noyée qu’il avait explorée deux fois était trop massive, trop ancienne pour avoir été érigée sans un réseau de défenses terrestres. Il fallait qu’il trouve le point d’ancrage, la trace émergée qui raconterait la même histoire que la pierre immergée.

Il s’agenouilla devant une dalle brisée qui dépassait du talus, tira une brosse de sa poche et commença à nettoyer la mousse sur plusieurs centimètres carrés. La surface révélait des rainures profondes, usées par les siècles mais encore nettes : des entrelacs, puis une inscription latine partiellement effacée.

— Merci, murmura-t-il.

Il sortit son téléphone, prit plusieurs clichés en lumière rasante, puis colla son œil à la surface avec une lampe torche. Les lettres se dessinaient : *...HEL. DUX. MERC. ...PERDIT. IN. PALUD...* Le reste était mangé par une cassure.

Owen se releva, le souffle court. *Dux Merciae* — un chef de guerre de Mercie. Le royaume anglo-saxon qui avait dominé le centre de l’Angleterre au VIIIe et IXe siècle. Cette région de l’ouest des Lacs avait été une frontière disputée avec les Gallois, et plusieurs campagnes militaires y avaient laissé des traces. Mais la mention d’une perte — *perdit* — dans un marais, ou un lac, ou un « palus » imprécis… Cela résonnait trop exactement avec ce qu’il avait trouvé sous les eaux de Viveronne.

Il photographia encore, puis travailla la terre autour de la dalle jusqu’à révéler un fragment plus lisible :

...IN. MORTE. FIDELIS. — FIDEM. SERVAVIT.

*Fidèle dans la mort. Il a gardé la foi.*

— Putain, souffla-t-il.

Un chevalier, ou un chef de guerre, mort dans une étendue d’eau, dont la pierre commémorait la loyauté au-delà de la mort. Et cette dalle était dressée là, au nord du lac, tournée vers l’eau — comme si elle regardait l’endroit exact du sacrifice.

Owen resta immobile, absorbé par le poids des siècles. Si c’était vrai, si cette personne avait été ensevelie dans les eaux de Viveronne, la structure immergée qu’il avait explorée était peut-être non seulement une forteresse, mais un sanctuaire — un lieu de sépulture, un mémorial. Et les ossements du guerrier gisaient peut-être quelque part dans les gravats qu’il avait traversés.

Son téléphone vibra. Meredith.

— Où es-tu ? demanda-t-elle, la voix tendue.

— Sur le site secondaire, près du tertre nord. Pourquoi ?

— Le soi-disant touriste de la chaumière, le type qui posait des questions sur ton père… Il est au village. Il a demandé à voir le registre des plongées autorisées sur le lac.

Owen serra la mâchoire.

— Il a ce droit ?

— Seulement s’il est affilié à une institution ou un organisme de régulation. Et devine quoi : il a produit une carte du conseil britannique d’archéologie sous-marine.

— Nom ?

— Il se fait appeler Gareth Voss. Mais l’hôtelière dit que son accent n’est pas du Lake District. Il est peut-être écossais, ou du nord de l’Angleterre. Elle l’a entendu téléphoner et parler un langage qu’elle n’a pas reconnu.

La pluie recommença, fine et tenace. Owen leva les yeux vers le ciel gris comme si la réponse s’y trouvait.

— Il est peut-être l’inspecteur que le conseil envoie, dit-il. Mais j’en doute. Les inspecteurs annoncent leur arrivée. Celui-ci se cache.

— Ou il traque ton père.

Owen ferma les yeux. La phrase l’atteignit plus profondément qu’il ne le laissa paraître. Il revit son père, cinq ans plus tôt, retournant d’une plongée dans cette même région, la dernière. Il avait été calme, presque serein, en parlant d’un « lien » qu’il avait enfin compris. Deux jours plus tard, son bateau était retrouvé vide sur la rive sud du lac, et son père n’avait jamais reparu.

— Écoute, dit-il à Meredith, je rentre dans l’heure. Mais ne parle de rien. Surtout pas de mes plongées. Je t’expliquerai.

— Owen…

— Pas au téléphone, répéta-t-il.

Il raccrocha et resta là, dans le champ mouillé, face à la dalle muette. Le vent portait une odeur de vase et de minéraux. Il retourna s’accroupir devant la pierre, la brossa encore un peu, tenta de déchiffrer une ligne supplémentaire en bas de l’inscription, à demi enfouie dans la terre. Ses doigts rencontrèrent une entaille différente, non pas des lettres latines, mais une série de petits cercles concentriques reliés par des lignes courbes — le même motif que celui du torque. Il suivit le tracé avec l’ongle, puis retira sa main comme s’il avait touché du métal brûlant.

Le symbole du torque se terminait par une flèche orientée vers le sud-ouest.

Il sortit sa boussole, s’orienta : le sud-ouest, c’était l’endroit exact du lac où il avait trouvé la structure immergée. La dalle n’était pas seulement un mémorial ; c’était un guide. Et la flèche suggérait que ce qui était perdu dans le lac n’était pas un accident — c’était un dépôt, une offrande. Ou un ensevelissement rituel.

Le guerrier merciaire n’était pas perdu dans la vase par hasard. Il avait été mis là. Et son squelette, s’il existait encore, porterait probablement des objets rituels — peut-être des informations sur le pacte dont parlait la femme blanche, celui que son père avait cherché.

Owen se releva, remit son matériel dans son sac à dos. Il avait encore plusieurs heures avant la plongée prévue avant l’aube, et son rendez-vous avec Reeve au Vieux Moulin à 13h — une dette qu’il n’avait pas les moyens de payer, et un homme qui connaissait le sanctuaire. La journée se resserrait autour de lui comme une corde.

Il regarda une dernière fois la dalle, puis descendit vers sa voiture garée sur la route de gravier. La pluie tombait maintenant plus fort, martelant les feuilles, le toit, le silence qui s’étendait entre les collines.

Le nom « Gareth Voss » tournait dans sa tête, familier sans raison. Il appela Whitmore d’une main, tenant le volant de l’autre.

— Professeur ? Excusez-moi de vous déranger.

— Je t’ai dit de ne m’appeler que si c’était important, Owen.

— C’est important. Vous souvenez-vous d’un nommé Gareth Voss ?

Il y eut un silence si long qu’Owen vérifia la connexion.

— Pourquoi me demandez-vous cela ? dit Whitmore, la voix soudain plus dure.

— Parce qu’il est ici. Il pose des questions sur mon père.

Whitmore laissa échapper un souffle, presque un rire sans joie.

— Alors c’est toi qu’il cherche, Owen. Pas ton père. Voss est un spécialiste des reliques anglo-saxonnes. Il travaille pour une collection privée — je ne sais pas laquelle. Mais il a manifesté un intérêt très précis, il y a des années, pour tes travaux de relevés sur la frontière orientale de la Mercie.

Owen serra le volant.

— Pourquoi ?

— Parce que tu avais publié une hypothèse sur un guerrier de Mercie enseveli dans les eaux de la région des Lacs. Personne n’y avait cru. Tu avais six ans, à l’époque.

Le choc fut froid, dans sa poitrine. Son père avait publié cette théorie sous son nom, mais Owen se souvenait des carnets qu’il gardait sous son bureau, remplis de cartes et de notes sur les mêmes cercles concentriques.

— Il est venu pour le squelette, dit Owen doucement.

— S’il est venu seul, c’est qu’il sait que quelque chose a été trouvé. Sois prudent. Et, Owen…

Le vieil homme hésita.

— Ce que tu cherches, ce que ton père cherchait — certains objets ne veulent pas être ramenés à la surface. Ils sont gardés. Pour une raison.

La ligne coupa.

Owen roula jusqu’au village dans un état de concentration totale. La pluie effaçait les contours du paysage, ne laissant que des taches vertes et grises, et l’eau noire du lac, qu’il traversait en contrebas, lui parut soudain plus profonde que les cartes ne le disaient.

Le torque pesait contre sa poitrine, sous son tee-shirt, et à chaque battement de son cœur, il lui semblait que le métal vibrait, comme s’il répondait à quelque chose — un appel venu du fond du lac, du fond des siècles, ou d’ailleurs.