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Le Pain à la Lavande

Lire le chapitre 10: The Village Gossip Machine

Le martèlement contre la vitrine de la boulangerie était si violent que la pâte à pain de Clara en trembla sur son plan de travail. Elle laissa tomber sa spatule et se précipita vers la devanture, encore couverte de farine jusqu'aux coudes.

Madame Belloq se tenait là, ses cheveux gris en bataille, ses yeux pétillants d'excitation. Elle tambourinait de nouveau, cette fois avec les deux poings.

— Mademoiselle Ashworth ! Ouvrez ! C'est une urgence !

Clara déverrouilla la porte à contrecœur. À sept heures du matin, rien ne pouvait justifier une telle frénésie, surtout pas la veille de son deuxième cours de pâtisserie avec Julien.

— Qu'est-ce qui se passe ?

La vieille femme entra sans y être invitée, ses yeux balayant la pièce comme une fouine en chasse. Elle s'arrêta sur la pâte à moitié pétrie, puis sur Clara.

— Vous avez reçu une visite, ce matin. Un visiteur très spécial.

— Le facteur ?

— Mieux ! Madame Chenal, la critique gastronomique du *Provençal*. Elle était au marché hier soir. Elle a entendu parler de vous.

Le cœur de Clara cessa de battre un instant. Elle s'agrippa au rebord du comptoir pour se stabiliser.

— Elle a entendu parler de moi ?

— De votre prix ! La championne de Londres ! Madame Chenal adore découvrir de nouveaux talents avant tout le monde. Elle a annoncé à qui voulait l'entendre qu'elle viendrait goûter vos créations cette semaine.

Clara sentit le sol se dérober sous ses pieds. La pâte, derrière elle, retomba mollement dans son bol. La critique. Une véritable critique gastronomique allait venir goûter ses baguettes ratées, ses croissants qui ressemblaient à des chaussures deformes, sa farine qui collait à tout ce qu'elle touchait.

— Quelle excellente nouvelle, n'est-ce pas ? s'exclama Madame Belloq, ignorant totalement l'expression de terreur sur le visage de Clara. Toute la vallée en parle déjà. Vous allez mettre notre petit village sur la carte !

— Oui, merci, bredouilla Clara. Quelle excellente nouvelle.

Madame Belloq repartit aussi vite qu'elle était arrivée, laissant Clara seule avec sa panique. Elle resta figée, les mains tremblantes, jusqu'à ce que le téléphone sonne. Numéro inconnu. Elle décrocha machinalement.

— Mademoiselle Ashworth ? Ici Adèle Chenal. J'espère ne pas vous déranger trop tôt. J'ai entendu des choses très prometteuses à votre sujet hier soir, et je me demandais si vous seriez disponible samedi après-midi pour une dégustation privée ?

Samedi. Dans quatre jours.

— Je… oui, bien sûr. Samedi, ce serait parfait.

— À quelle heure ?

— Disons quinze heures ? Pour le goûter.

— Parfait. J'ai hâte de découvrir le travail d'une véritable championne.

La communication se termina. Clara resta là, le téléphone toujours collé à l'oreille, écoutant la tonalité vide comme si elle contenait une réponse. Elle raccrocha précipitamment, attrapa son manteau, et courut jusqu'à la pâtisserie de Julien.

Elle le trouva en train de glacer des éclairs au chocolat, dos tourné, entièrement absorbé par la précision de son geste. Il ne se retourna pas à son entrée.

— Tu as encore mis de la farine sur ton front, dit-il sans lever les yeux.

Clara s'essuya le visage d'un geste rageur.

— Ce n'est pas le moment. J'ai un problème.

— Tu en as toujours un. Lequel aujourd'hui ?

Elle fit le tour du comptoir pour se planter devant lui, l'empêchant de travailler. Il soupira, abaissa sa poche à douille.

— Une critique. Adèle Chenal. Elle vient samedi pour goûter mes créations.

Julien ne réagit pas immédiatement. Il reposa sa poche à douille, croisa les bras.

— La Chenal ? Celle qui a descendu le restaurant de Pierre Lambert en flammes l'année dernière ? La même qui a fait fermer la crêperie de Saint-Martin ?

Clara sentit son estomac se nouer.

— Oui, celle-là. Et elle s'attend à goûter les créations d'une championne. D'une véritable championne.

Un silence s'installa. Julien l'observait, une expression indéchiffrable sur le visage.

— Tu sais, la plupart des gens auraient simplement dit la vérité. Que tu débutes, que tu apprends.

— Je sais.

— Mais non. Toi, tu as choisi de mentir, puis de continuer le mensonge, puis de l'amplifier jusqu'à ce qu'il prenne des proportions ridicules.

— Je sais ! cria Clara, les larmes aux yeux. Je sais très bien. Mais c'est fait maintenant. Et j'ai besoin d'aide.

Julien se tut, la dévisageant longuement. Elle vit quelque chose passer dans son regard. De la pitié ? De l'agacement ? Ou autre chose ?

— Quel genre d'aide ? demanda-t-il prudemment.

Clara respira un grand coup. C'était le moment. Elle devait formuler la demande la plus absurde de toute sa vie.

— Je veux que tu me remplaces.

— Quoi ?

— Pas littéralement. Je veux que tu viennes samedi et que tu… que tu sois mon assistant. Que tu prépares tout en avance. Que tu me dises quoi faire pendant la dégustation. Que tu t'assures que rien ne rate.

Julien éclata de rire – un vrai rire, franc, profond, qui n'avait rien du rire moqueur qu'elle connaissait chez lui.

— Tu veux que le pâtissier qui a remporté le prix hier soir devienne la main invisible d'une fausse championne ? C'est génial. Tu es sérieuse ?

— Totalement.

Son rire s'éteignit. Il la dévisagea, cette fois sans aucune trace d'humour.

— Clara, ce que tu me demandes, c'est de m'associer à ton mensonge. Devant toute la presse locale. Devant la Chenal. Tu comprends ce que ça signifie pour ma réputation si jamais ça se découvre ?

— Ce serait la fin de ta carrière dans cette région. Je sais. Mais si tu m'aides, je m'engage à tout te dire un jour. Tout. Sur Élise. Sur ce que j'ai trouvé dans son carnet. Sur ce que je soupçonne à propos de ton père et de cette boulangerie.

Le visage de Julien se ferma. Il se tourna lentement vers sa pâtisserie, saisit une spatule, puis la reposa sans s'en servir.

— Tu joues tes cartes comme une professionnelle, dit-il enfin.

— J'étais consultante en stratégie. Je sais négocier.

— Négocier n'est pas mentir.

— Dis-moi oui.

Il resta silencieux longtemps. Clara entendait le tic-tac de l'horloge murale, le souffle régulier de la ventilation au-dessus du four, les battements désordonnés de son propre cœur.

— Samedi, dit-il enfin. Tu seras là à six heures. Nous préparerons tout. Trois pièces. Des classiques. Rien de risqué, rien d'original. Et tu feras exactement ce que je te dirai, quand je te le dirai, sans question.

— Marché conclu.

Elle tendit la main. Il la regarda, hésita, puis la serra brièvement. Sa paume était chaude et rugueuse – une main qui travaillait, pas une main de bureau comme la sienne.

— Une chose encore, dit-il en la relâchant. Ta promesse de tout me dire un jour. Quand viendra ce jour, ce sera moi qui choisirai le moment. Pas toi.

Elle hocha la tête, le cœur battant. Il lui tournait déjà le dos, retournant à ses éclairs.

De retour à la boulangerie, Clara monta dans la pièce du haut avec un chiffon – elle devait nettoyer cette fenêtre avant que quelqu'un ne s'interroge sur l'empreinte de main qui s'y trouvait encore. Elle poussa la porte, traversa la pièce ensoleillée, et s'arrêta devant la fenêtre.

L'empreinte avait disparu.

Et à la place, posée délicatement sur le rebord intérieur de la fenêtre, une fleur bleue fraîchement cueillie laissait tomber une unique goutte de rosée. Elle n'était pas là il y a dix minutes. Personne n'était entré. La porte était verrouillée.

Clara saisit la fleur, la retourna entre ses doigts. Une petite étiquette blanche, à moitié cachée sous une feuille, portait un message écrit à la main :

*Elle viendra samedi. Elle n'est pas votre amie.*

Clara relut les mots trois fois. Le papier était encore humide d'encre. Quelqu'un avait écrit ceci il y a quelques minutes à peine.

Elle regarda autour d'elle dans la pièce vide. Le soleil dorait les murs de pierre, les étagères poussiéreuses dansaient dans la lumière. Rien. Personne.

Mais quelque part, quelqu'un la regardait. Et cette personne – cet homme au visage et aux mains si familiers – venait de lui sauver la vie.