Le Parfum de la Magie
Lire le chapitre 18: The Revelation's Scent
Le silence qui suivit la confession de Marie était tel que Camille entendait son propre cœur battre contre ses côtes, comme une bête prisonnière. La glycine imprégnait l'air de l'atelier, cette odeur entêtante qui avait hanté chaque recoin de cette affaire, et qui émanait maintenant de la femme qu'elle avait crue être son amie la plus fidèle.
« Toi, » souffla Camille, et le mot était à la fois une accusation et une plainte.
Marie se tenait près de la trappe enchantée par laquelle elle avait tenté de fuir. Ses cheveux bruns défaits, son regard brillant, elle ressemblait encore à la jeune femme qui avait partagé les secrets de Camille pendant plus de dix ans. Mais ses yeux contenaient une lueur que Camille ne reconnaissait pas.
« Ne fais pas cette tête, » dit Marie, et sa voix avait perdu toute chaleur. « Tu as toujours été si prévisible. La bonne fille, la dévouée. Celle qui pleurait sa mère en composant des parfums de deuil. »
Laurent s'avança, la main sur son revolver. « Vous avez tué Violetta. Vous avez volé l'identité de Marguerite pour accuser Camille. Pourquoi ? »
Marie rit, un son sec qui n'avait rien du rire cristallin que Camille connaissait. « Pourquoi ? Parce que Camille croit que le monde lui est dû. Que la magie devait lui revenir parce qu'elle est la fille de Claire Delacroix. Elle n'a jamais vu ce que moi, j'ai dû faire pour arracher ne serait-ce qu'une once de pouvoir à ce monde d'hommes et de mensonges. »
Camille sentit sa blessure pulser douloureusement, comme si chaque mot de Marie la poignardait. « Ma mère n'a rien à voir avec ça. »
« Vraiment ? » Marie sortit de sa poche un petit flacon de cristal, identique à celui de Camille. « Ta mère a reçu ce flacon le solstice où elle a disparu. Moi, j'ai dû attendre vingt ans pour que la Marcheuse me le confie. Vingt ans à te regarder prospérer pendant que je n'étais que l'ombre de ton succès. »
Laurent s'interposa entre elles. « Vous avez assassiné la maîtresse de guilde. Vous avez orchestré tout ceci pour vous emparer du parfum de la Résurrection. »
« La Résurrection ? » Marie secoua la tête, presque avec pitié. « Vous ne comprenez rien. Le masque de sang n'est pas une résurrection. C'est une renaissance. La Marcheuse ne cherche pas à ramener les morts, elle cherche à créer de nouvelles vies à partir des identités collectées. Et moi... moi, j'ai choisi d'en faire partie. »
Camille avança d'un pas, le flacon de cristal brûlant contre sa poitrine à travers son corset. « Choisi ? Tu as choisi de devenir une meurtrière ? »
« J'ai choisi de ne plus être une servante, » cracha Marie. « J'ai choisi de décider de ma propre identité au lieu de vivre dans celle que tu m'avais assignée. L'amie dévouée. La confidente discrète. Celle qui reste en arrière pendant que Camille rayonne. »
Elle fit un geste brusque et le masque de Marguerite tomba complètement, révélant son vrai visage. Mais quelque chose clochait : sa peau semblait trop tendue, comme un gant de peau écorché qui venait d'être posé sur un modèle trop grand.
« Ta mère, » dit Marie, et les mots glacèrent l'air. « Tu veux savoir ? Je ne l'ai pas rencontrée. Mais la Marcheuse m'a tout raconté. Claire Delacroix était une Tailleuse, comme elle. Elles travaillaient ensemble au dernier solstice. Mais ta mère a eu peur au dernier moment. Elle a fui avec la moitié du travail accompli. »
« Tu mens, » dit Camille, mais même à ses propres oreilles, la protestation sonnait creux.
« Est-ce que je mens ? » Marie sourit, et c'était le sourire le plus terrible que Camille ait jamais vu. « Demande-toi plutôt pourquoi tu as le flacon de ta mère. Pourquoi ta blessure pulse quand tu t'approches du parchemin du Tailleur. Pourquoi la Marcheuse t'attendait dans cette prison. Ta mère n'était pas innocente, Camille. Elle était une sorcière ambitieuse qui a trahi son propre clan et qui t'a laissé son fardeau en héritage. »
Laurent attrapa le bras de Camille pour la retenir alors qu'elle s'élançait. « Ne la laisse pas t'atteindre. C'est exactement ce qu'elle veut. »
Mais la colère avait déjà embrasé le cœur de Camille, et elle se dégagea. « Tu ne parleras pas d'elle. Jamais. »
Elle bondit vers Marie, mais celle-ci avait anticipé le mouvement. Elle recula dans les profondeurs de l'atelier, vers les cuves d'essence où mijotaient les concentrés floraux, et Camille comprit trop tard que c'était un piège.
Marie tira sur un câble dissimulé. Une cuve de jasmin vacilla, bascula, et déversa son contenu ambré sur les dalles. Camille glissa sur le sol huileux, tomba, et Marie en profita pour la contourner.
« Tu n'as toujours pas compris comment fonctionne le pouvoir, » dit Marie, et sa voix était presque douce maintenant. « Ce n'est pas la compétence qui compte. C'est la volonté de tout sacrifier. »
Elle se pencha soudain, saisit le flacon de cristal à la ceinture de Camille, le brisa entre ses doigts et en recueillit les éclats sanglants. La blessure de Camille hurla de douleur.
« Non ! »
Camille se releva, toutes ses forces concentrées dans un seul geste. Elle attrapa la cheville de Marie, la tira. Marie bascula en arrière, les éclats de cristal projetés hors de sa main. Sa tête heurta le rebord de la grande cuve de violette qui trônait au centre de l'atelier.
Le son fut sourd, horrible. Un craquement de verre épais et d'os.
Marie bascula par-dessus le rebord de la cuve, ses yeux agrandis par la surprise, et disparut dans l'océan liquide de violette et d'alcool. Une seconde, deux secondes, une onde dans la surface lisse.
Puis plus rien.
Camille se traîna jusqu'au bord, haletante. La surface du liquide était parfaitement calme, comme une sépulture d'améthyste. Marie ne remonta pas. Elle n'avait pas crié.
Laurent s'agenouilla près d'elle, mais Camille n'entendait plus que le battement de son propre sang et le tintement des éclats de cristal éparpillés sur le sol. Des fragments du flacon de sa mère, encore humides du sang de la Marcheuse.
La cuve de violette, où flottait l'essence de la femme qui avait été sa meilleure amie. Celle qui connaissait tous les secrets de sa mère.
Celle qui venait d'emporter dans son tombeau d'alcool la vérité que Camille n'avait pas réussi à lui arracher.
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