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Le Parfum de la Magie

Lire le chapitre 3: The Glove's Secret

La pluie avait cessé, mais l'humidité restait suspendue dans l'air du passage des Abbesses, collant les jupons de Camille à ses chevilles. La carte que la femme voilée avait glissée sous sa porte — un simple rectangle de papier épais, marqué d'une adresse en encre dorée et d'un sceau de cire blanche orné d'un lys — tremblait entre ses doigts gantés.

Elle n'avait pas le choix. Si elle ne se présentait pas, ils la trouveraient. Elle l'avait compris en lisant la note, écrite d'une main ferme : *« Pour les affaires de la Maison, vous vous présenterez ce soir, à la neuvième heure. »*

La Maison. Le nom résonnait comme une condamnation.

Le passage débouchait sur une cour intérieure que les immeubles haussmanniens cachaient du reste du monde. Une porte de chêne, noire et sans ornement, s'ouvrit avant même qu'elle n'ait frappé. Camille pénétra dans un vestibule où flottait un mélange d'encens et de vieux bois, puis suivit le corridor éclairé de bougies dans des niches de marbre.

La salle ovoïde se trouvait sous le bâtiment, ses murs de pierre nue couverts d'une fresque passée : des femmes drapées cueillant des fleurs, des alambics, une rivière de parfum serpentant entre leurs pieds. Sept silhouettes se tenaient autour d'une table de chêne massif. La plus âgée, une femme aux cheveux gris relevés en un chignon sévère, portait une robe de soie noire constellée de broderies argentées. Elle parlait, mais cessa à l'entrée de Camille.

« La parfumeuse. »

Pas de nom. Pas de salutation.

Camille s'avança, le dos droit, les mains serrées sur son sac de cuir. Son nez — son outil, son arme — travaillait malgré elle : parmi les odeurs de cire, de papier ancien et d'encens, elle percevait sept essences distinctes. Du musc chez la vieille femme. Une pointe de vétiver chez celle qui se tenait à sa droite. Une glycine discrète chez une troisième. Elle mémorisa, sans comprendre encore pourquoi.

« On m'a dit que vous aviez été rejointe par la foudre, » dit la vieille femme. « Qu'une simple goutte d'huile de néroli avait révélé ce que votre famille avait si soigneusement caché. »

Camille ne répondit pas.

« Ce talent qui s'éveille en vous — ce don que vous n'avez pas demandé — est notre héritage. Il vous a choisie, comme il nous a choisies, génération après génération. Mais un talent non maîtrisé est dangereux. Et vous, Camille Delacroix, êtes incontrôlée. »

Un murmure circula parmi les autres femmes. La vieille leva la main.

« Il y a trois jours, Marguerite Alarie, première de nos sœurs, a été assassinée dans son atelier. La lame était empoisonnée au belladone. Son agonie fut brève. » Elle marqua un silence. « Nous avons trouvé ceci sur le corps. »

La femme au vétiver s'avança et déposa un objet sur la table : un gant en cuir fin, couleur crème, taché d'une large auréole brune à la hauteur de l'index. Le sang était sec, mais l'odeur restait, aigre et métallique, écrasant presque les autres parfums.

« Il porte votre filigrane, » dit la vieille femme.

Camille sentit l'air se vider. Elle connaissait ces gants. C'était sa seconde activité, discrète, presque honteuse : des gants parfumés, qu'elle vendait aux dames du faubourg Saint-Germain pour arrondir ses fins de mois. Chacun portait une trace distinctive — son monogramme entrelacé, brodé à l'intérieur du poignet, invisible sans retournement. Une signature.

« Je ne les confectionne que pour ma clientèle, » dit-elle, entendant sa voix plus calme qu'elle ne l'aurait cru possible. « Marguerite n'était pas de mes acheteuses. »

« Le gant a été trouvé sur sa cuisse. Il peut avoir été placé là. »

« Par quelqu'un qui veut me faire porter le blâme, oui. » Camille fit un pas en avant, ses yeux passant de visage en visage. L'une des femmes — la plus jeune, celle à la glycine — détourna le regard. L'autre, assise dans l'ombre depuis le début, ne bougea pas.

« Vous avez jusqu'à la pleine lune, » dit la vieille. « Huit jours. Trouvez qui a tué Marguerite, et la preuve que ce gant est une falsification. Sinon… »

Elle fit un geste. Le ruban d'argent qui ornait son cou — le symbole de l'autorité de la Maison, Camille le savait — se défit tout seul et tomba sur la table avec un tintement froid.

« Votre don sera scellé. Vous redeviendrez une simple parfumeuse, mais vous perdrez également la mémoire de cette nuit — et de tout ce que vous avez appris ici. Nous effacerons jusqu'à la trace de votre talent. Vous ne sentirez plus jamais les essences comme vous les sentez aujourd'hui. »

Camille fixa le ruban d'argent. Puis elle releva la tête.

« Et si je refuse ? »

La vieille femme sourit — un sourire mince, sans chaleur. « Vous ne voudrez pas le refuser, mon enfant. L'effacement est doux. Le refus, moins. »

Elle claqua des doigts. La femme au vétiver s'approcha de Camille et lui toucha le front du bout des doigts. L'image qui traversa l'esprit de la jeune parfumeuse fut brève mais terrifiante : elle se vit dans une pièce blanche, vide, ses mains inertes levées vers son visage, mais sans mémoire, sans le nom des fleurs, sans la sensation du néroli entre ses doigts. Un trou. Une absence. Elle-même, évidée.

« Huit jours, » répéta la vieille.

Camille sortit de la salle dans un état second. Les corridors lui semblaient plus sombres, plus étroits qu'à l'aller ; les bougies semblaient trembler à chacun de ses pas. Dans la cour, l'air humide de la nuit lui fit du bien, comme une gifle.

Elle marcha deux rues avant de s'arrêter sous un réverbère. Le gant — on ne le lui avait pas rendu. Bien sûr. Elle n'avait que ses souvenirs et sa connaissance des odeurs pour reconstituer la vérité. La journée où Marguerite avait été tuée… Cherchant sa propre mémoire sensorielle, elle remonta les heures : l'atelier au matin, l'odeur d'agrumes et de cire ; la boutique de l'après-midi, les clientes qui sentaient la poudre et l'eau de Cologne ; le soir, chez elle, seule avec ses fioles. Rien d'irrégulier. Rien qui la rapprochait de chez Marguerite.

Elle ferma les yeux, respira à fond.

Mais alors, une déchirure dans son souvenir : elle se rappelait la soirée, mais il y avait un blanc. Un moment où sa fatigue l'avait emportée, où elle avait sombré dans un sommeil sans rêves. Combien de temps ? Impossible à dire. Le réveil avait été brutal, la bouche pâteuse, la tête lourde, comme si elle avait avalé du sirop de coquelicot.

Elle n'avait pas quitté sa boutique cette nuit-là.

N'est-ce pas ?

Un frisson lui parcourut l'échine. Dans sa poche, la fiole contenant la dernière essence — « essai n°7 » — semblait vibrer contre sa hanche, comme une accusatrice. Et dans l'ombre d'une porte cochère, derrière elle, une silhouette de femme se dessinait, un voile noir sur le visage, immobile.