Le Passage Gelé
Lire le chapitre 12: The Ice Opens
La glace craqua comme un coup de canon.
Harlow releva la tête, la pelle encore levée au-dessus du tertre de glace qui recouvrait les corps des mutins. Autour de lui, les hommes de la troupe de recherche figèrent. Le son roula sur l'étendue blanche, se répercuta entre les hummocks, puis un second craquement suivit, plus profond, plus long, qui sembla naître des entrailles mêmes du monde.
« Le pack s'ouvre », murmura Mercer.
Harlow jeta la pelle. Il ne vit rien d'abord — une plaine de glace poussiéreuse qui s'étendait jusqu'à l'horizon sous un ciel de plomb. Mais il connut ce son. Trois ans plus tôt, au Spitzberg, il avait entendu la mort gronder de la même façon avant que le passage s'offre brutalement à eux, pour se refermer huit heures plus tard comme une mâchoire de chien.
« Rejoignez le navire ! » cria-t-il.
Ils laissèrent les corps. Il n'y avait rien d'autre à faire. Les provisions récupérées sur les mutins furent empilées sur les traîneaux, les harnais tirés par des hommes qui couraient autant que leurs jambes pouvaient les porter. Le craquement devenait un gémissement continu, une plainte sourde qui montait de toutes parts.
La coque noire de la *Discovery* se dressa bientôt devant eux, émergeant de la brume de banquise. Sur le pont, Whitfield les observait, immobile à la lisse, sa grande silhouette rendue plus fantomatique par les lambeaux de brume qui s'accrochaient au gréement. Il ne les aida pas. Il ne bougea pas davantage lorsqu'ils hissèrent traîneaux et provisions par-dessus bord.
« Le canal est à deux milles à l'ouest », jeta Harlow à Mercer en gravissant l'échelle de coupée. « Faites hisser les voiles. Toutes. »
Le maître d'équipage le dévisagea. « Les voiles, monsieur ? Elles sont ferlées depuis trois mois. »
« Alors on les déferlera. » Harlow se tourna vers le pont. Les hommes remontaient, épuisés, leurs vêtements raidillis par le sel et le froid. Leurs visages disaient tout : ils n'avaient pas la force d'une manœuvre lourde. « Jones, Price, Tranter — au gréement. Les autres, aux pompes et à la barre. »
Whitfield descendit de la dunette, posé, presque nonchalant. « Vous comptez naviguer par ce chenal, monsieur Harlow ? »
« Le pack vient de s'ouvrir », dit Harlow. « Nous avons peut-être quelques heures avant qu'il se referme. Nous partons. »
« Et si on se retrouve encerclés à nouveau, à une centaine de milles de nos provisions ? »
Cette fois, Harlow soutint son regard. « On sera plus près de notre destination. C'est ce que vous voulez, non ? Avancer vers l'ouest ? »
Whitfield ne répondit pas. Il se retourna et regagna sa cabine sans un mot. Harlow le regarda disparaître sous le pont, la mâchoire serrée. Il n'avait pas encore trouvé le moment de lui parler de la carte, de la conduite de Franklin — et chaque jour passé rendait cette conversation plus lourde.
L'équipage hissa l'ancre à la force des bras. La glace commença à grincer contre les bordages. Puis, un à un, les huniers se déployèrent, claquant dans un vent polaire qui s'était levé soudainement, comme appelé par l'ouverture du chenal.
La *Discovery* bougea.
Harlow sentit ce mouvement comme une délivrance — non pas une glisse, mais quelque chose de plus âpre, un soubresaut, puis un autre, comme un animal qui se réveille de son long sommeil. Le navire s'engagea dans le chenal noir, entre les falaises de glace qui se dressaient de part et d'autre, hautes de plusieurs mètres.
« Le guindeau ! » hurla Harlow, une main accrochée au bastingage.
Le son déchirant du bois qui cédait lui parvint avant le cri du vigie. « Le grand hunier s'est déchiré ! »
Il leva les yeux. La toile arachnéenne du mât principal pendait en lambeaux, fouettée par le vent. Le pied de la voile s'était détaché du parc et battait la nature, chaque rafale arrachant quelques centimètres de plus à la largeur restante.
« Levez-le ! Deux hommes pour saisir la vergue ! »
Kelling, le maître voilier, monta au gréement avec deux matelots. Ils travaillèrent dans les hauteurs, suspendus entre ciel et glace, leurs mains nues saisissant la toile gelée qui leur coupait les doigts comme des lames de verre. Trois minutes. Quatre. Cinq minutes que le navire dérivait lentement vers la paroi de glace sur tribord.
« Misaine en avant ! », cria Harlow. « Artimon ! On manœuvrera à la misaine seule. »
La barre mordit. La *Discovery* vira lentement, louvoiant dans le passage dont les parois se rapprochaient à vue d'œil. Harlow regarda la glace refermer sa gueule derrière la poupe : les blocs qui s'étaient écartés pour les laisser passer reprenaient maintenant leur place, lentement, inexorablement.
« On ne peut pas rebrousser chemin », dit Ainsley derrière lui.
Harlow ne tourna pas la tête. Il regardait le chenal s'ouvrir devant eux, plus étroit, plus sinueux à chacun de leurs efforts. « Je sais. »
« Si ça se bouche devant nous... »
« Je sais. »
Le silence qui suivit ne dura que le temps de quelques pas sur le pont. Derrière eux, un grondement sourd : les parois de glace qui se rejoignaient en broyant tout sur leur passage. L'étau.
« Une ouverture par bâbord ! » cria le vigie. « À trois cents mètres ! »
Pour la première fois de la journée, Harlow laissa tomber ses épaules — un seul instant. Trois cents mètres de chenal encore navigable, puis une ouverture, peut-être un bassin, peut-être un autre bras de mer.
« Capsulez la barre à bâbord », dit-il. « Tenez la route. »
L'étrave s'engagea. La glace frôlait les bordés avec un grincement continu qui faisait vibrer le pont sous leurs pieds. Kelling pendait encore à la vergue, saignant des mains, tandis que les lambeaux de toile claquaient autour de lui comme des oriflammes de funérailles.
Le navire atteignit l'ouverture.
C'était un bassin, une cuvette d'environ mille mètres de diamètre, cernée de glace de toutes parts — sauf à l'ouest, où quelque chose d'extraordinaire se dessinait : un chenal d'eau libre, si vaste que ses rives se perdaient à l'horizon.
« C'est impossible », souffla Mercer.
Harlow ne répondit pas. Il sortit la carte de son manteau, la déplia sous le vent, et contempla la ligne rouge de sa main qui courait vers une petite croix tracée à l'ouest. Il leva les yeux vers l'ouverture.
La croix correspondait.
Il plissa les yeux. Non pas exactement. À l'ouest, un chenal s'ouvrait, oui — mais un peu plus au nord que cette croix, comme si la destination indiquée par la carte ferait dévier leur route vers le large. Une autre question : que trouveraient-ils là-bas ? Un havre ? Un passage ? La preuve de l'ancienne expédition ? Il savait qu'il verrait bientôt la réponse.
Puis son regard retomba sur l'iceberg isolé qui dérivait lentement dans l'ouverture.
Sur sa face nord, à hauteur d'homme, quelqu'un avait gravé trois lettres dans la glace bleue :
**J.F.**
Horace Franklin n'était pas parti vers l'ouest sans y laisser de sa marque. Et s'il était passé par là, il était plus proche qu'Harlow ne le croyait.
« Nous prenons le bassin », dit Harlow. « Kelling, réparez la misaine. Mercer, rationnez l'eau : je ne veux pas que les hommes touchent à la glace du rivage. Elle est peut-être souillée. »
Il fourra la carte dans son manteau, sans laisser aux regards curieux le temps de la lire.
Sous ses pieds, il sentit le grondement presque familier des plaques sur le point de se rapprocher. Ils avaient une fenêtre — peut-être quelques heures, peut-être un jour. Le temps de prendre l'avance sur les dernières provisions de Franklin. Pas davantage.
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