Le Passage Gelé
Lire le chapitre 14: The Captain's Log Recovered
La cale du *Resolute* sentait le renfermé, la cendre froide et le cuir moisi. Nos torches projetaient des ombres vacillantes sur les cloisons givrées, et chaque pas soulevait une fine poussière de neige qui avait trouvé son chemin à travers les jointures du bois. Le navire était mort depuis longtemps, figé dans son linceul de glace, mais ses entrailles gardaient encore les secrets de ceux qui l'avaient habité.
Je me tenais près de la table des cartes, fouillant dans un tiroir que j'avais forcé. Le bois craqua sous la pression de mon épaule, et le tiroir céda dans un gémissement. À l'intérieur, des rouleaux de papier jaunis, des instruments de navigation ternis par l'humidité, et un livre relié de cuir noir, dont la tranche était marquée par l'humidité.
Le journal de bord.
Mes doigts engourdis s'en saisirent. La couverture était froide, presque douloureuse au toucher, mais je la tins comme on tient un enfant malade. Je l'ouvris. Les pages étaient couvertes d'une écriture serrée, ferme, celle d'un homme qui savait où il allait. J'eus un choc en reconnaissant la signature au bas de la première entrée : *Capitaine Elias Mercer, à bord du Resolute, 14 avril 1845.*
Mercer était passé par ici, bien avant nous. Il avait cherché ce passage, et il était mort en le cherchant.
Derrière moi, Whitfield s'approcha. Sa silhouette massive bloquait la lumière de la torche. Il ne dit rien, mais je sentais sa présence, son souffle court dans l'air glacé. Il avait fini par sortir de sa cabine, attiré par l'excitation du navire abandonné. C'était la première fois qu'il se tenait si près de moi depuis notre départ de Londres.
— Il y a quelque chose d'intéressant ? demanda-t-il, sa voix grave comme un grondement lointain.
Je ne répondis pas tout de suite. Je tournai les pages, rapidement, cherchant les entrées plus tardives, celles qui précédaient la fin. Mercer avait écrit presque chaque jour, un vrai marin, discipliné dans ses habitudes. Les premières semaines étaient banales : relevés météorologiques, humeurs de l'équipage, état de la banquise. Puis, quelque chose changea. L'écriture devint plus précise, plus insistante, comme si chaque mot devait graver une vérité dans la page.
Je m'arrêtai sur une entrée datée du 22 juillet.
*« Le passage est plus dangereux que les rapports ne l'indiquent. Les glaces avancent plus vite que prévu, et les courants sont traîtres. L'équipage commence à murmurer. Je devrais rebrousser chemin, mais je connais ce que je cherche. Si je fais demi-tour, personne ne reverra jamais cette carte. Je dois continuer. »*
Mercer savait. Il savait que la route était périlleuse, que ses hommes doutaient, que la mort rôdait autour de la coque comme un loup autour d'un feu de camp. Et pourtant, il continuait.
— Lisez cela, dis-je, tendant le journal à Whitfield.
Il le prit, ses yeux parcourant les lignes. Je le regardai lire, essayant de lire sur son visage la même compréhension qui montait en moi. Mercer n'était pas un fou, ni un homme poussé par la simple gloire. Il cherchait quelque chose de précis, et il croyait que ce quelque chose valait le risque.
Je continuai à fouiller le tiroir. Sous le journal, je trouvai une copie d'une carte, grossièrement dessinée à la main sur du parchemin épais. Je la dépliai avec précaution. Les lignes étaient tracées à l'encre, les côtes et les détroits estompés par le temps. Mais je reconnus immédiatement la forme de notre propre charte, celle que j'avais découverte dans les affaires du capitaine avant sa disparition. La même route vers l'ouest, la même destination marquée d'une croix.
Mais il y avait une différence. Sur cette copie, à mi-chemin, une annotation dans la marge : *« Erreur volontaire. La route indiquée n'est pas la vraie route. »
Je plissai les yeux. L'écriture était fine, presque illisible, mais les mots étaient clairs. Mercer avait volontairement falsifié la carte. Il avait dessiné une route qui n'existait pas.
— Whitfield, regardez ceci.
Je lui tendis le parchemin. Il le prit, le retourna, l'examina sous la lumière. Ses yeux se rétrécirent.
— C'est la même route, murmura-t-il.
— Pas tout à fait. Regardez l'annotation.
Il lut à voix haute, lentement :
— « Erreur volontaire. La route indiquée n'est pas la vraie route. » Il releva les yeux vers moi, et je vis une lueur de compréhension dans son regard fatigué. — Mercer savait qu'il menait ses hommes à la mort.
Je secouai la tête.
— Pas seulement à la mort. Il menait ses hommes vers un leurre. Il savait que s'il traçait la vraie route, quelqu'un d'autre pourrait la suivre. Alors il a créé une diversion, une piste qui mène nulle part.
— Pourquoi ? demanda Whitfield. Pourquoi se sacrifier, lui et son équipage, pour une diversion ?
Je n'avais pas de réponse. Mais je comprenais une chose : Mercer avait voulu échouer. Il avait cherché ce passage, mais il ne voulait pas le trouver. Ou plutôt, il ne voulait pas que d'autres le trouvent en même temps que lui. Il avait délibérément choisi une route périlleuse, une route dont il savait qu'elle le mènerait au blocage, à la mort de son navire et de ses hommes.
Pourquoi ? Que protégeait-il dans ce désert de glace ?
— Franklin, dis-je soudain, presque sans le vouloir.
Whitfield me regarda, interrogateur.
— Franklin ne poursuit pas la vraie destination, poursuivis-je. Il poursuit la route que Mercer a dessinée. Celle qui mène à ce leurre.
— Vous pensez que Franklin se trompe de chemin ?
— Je pense que Mercer a fait exprès que la carte soit trouvée. Il a laissé des indices, des notes, des annotations. Il voulait que quelqu'un la trouve, qu'il suive la fausse route. Et Franklin, avec son arrogance, est tombé dans le piège.
Je pensai à Cummings, mort déchiqueté par les ours. À ses hommes, leurs corps étendus dans la neige rouge. Ils avaient suivi cette même route, celle que Franklin leur avait indiquée. Et elle les avait menés à la mort.
Mercer avait peut-être eu une bonne raison. Mais ses mensonges avaient coûté la vie à des hommes. Mes hommes.
— Nous ne suivrons pas cette trace, dis-je fermement. Nous devons trouver la vraie route.
Whitfield posa le journal et la carte sur la table. Son visage était sombre, marqué par les semaines de froid et d'incertitude.
— Et si la vraie route n'existe pas ? Et si Mercer n'a laissé que des mensonges ?
Je fis face à ses doutes, mais ils m'atteignirent quand même. Et s'il avait raison ? Et si tout n'était que fiction, un néant artificiel destiné à nous perdre tous ? Mais non. Mercer avait une destination en tête, et il avait dessiné une diversion pour protéger quelque chose de réel. Il ne pouvait pas tout avoir falsifié.
— Une erreur volontaire implique qu'une vérité existe ailleurs, dis-je. Nous avons juste besoin de la trouver.
Je repliais la carte, la glissant dans ma veste. Le bois du navire gémit autour de nous, comme si le Resolute lui-même protestait contre notre présence. Je sortis du tiroir une dernière chose : une petite boîte de métal, gravée du nom de Mercer. Je l'ouvris. À l'intérieur, une boussole de marine, son aiguille immobile, figée par le froid et le temps. Mais autour du cadran, quelqu'un avait gravé une série de coordonnées, différentes de celles de la carte.
Je soulevai la boussole à la lumière. Les chiffres étaient nets, profonds, comme si Mercer les avait gravés avec soin, sachant qu'un jour quelqu'un les trouverait.
— Il avait prévu cela, murmurai-je. Il savait que quelqu'un trouverait son journal et sa carte. Il a laissé un indice.
Whitfield s'approcha, examina la boussole.
— Des coordonnées ?
— Oui. Au nord-nord-ouest de notre position actuelle. Une déviation importante par rapport à la route indiquée.
— Franklin ne le sait pas, dit Whitfield.
— Non. Et nous ne le lui dirons pas.
Nous échangeâmes un regard. Pour la première fois depuis des semaines, il n'y avait plus de distance entre nous. Nous étions sur la même page. Mercer avait peut-être dessiné un piège, mais il avait aussi laissé une clé. Et cette clé nous ouvrait une porte que Franklin ne pourrait jamais franchir.
Je rangeai la boussole avec précaution, m'efforçant d'oublier les corps gelés à l'étage, l'équipage de Mercer étendu dans son dernier sommeil. Mercer avait choisi cette fin pour protéger quelque chose. Il avait peut-être échoué dans sa mission, mais son sacrifice pouvait encore sauver le reste d'entre nous.
Je sortis de la cale, l'air froid me fouettant le visage. Le soleil était bas à l'horizon, un disque pâle dans un ciel laiteux. Le reste de l'équipage attendait sur la glace, silhouette sombre devant le navire fantôme. Ils me regardaient, cherchant dans mon expression une réponse qu'ils n'avaient pas encore.
Je m'avançai vers eux, le journal de Mercer battant contre ma poitrine, la boussole froide contre ma hanche.
— Nous allons réparer la voile, annonçai-je. Et puis nous partirons.
— Où ? demanda le maître d'équipage.
— Au nord-ouest. Là où personne d'autre n'est allé.
Je ne leur dis pas pourquoi. Pas encore. Ils avaient besoin de croire que nous avions un but, même si ce but était un mystère. Je leur donnais une direction, et une direction suffisait pour le moment.
La nuit tombait, et les étoiles commençaient à percer le ciel violet. Je pensais à Mercer, à son choix, à sa mort. Il avait peut-être été fou, ou peut-être simplement trop loyal à un secret qui le dépassait. Mais dans ce geste, je voyais un autre homme. Un homme qui avait compris que certaines découvertes ne doivent jamais être faites, que certains passages doivent rester gelés pour toujours.
Je ne savais pas encore si je voulais atteindre la destination de Mercer, ou si je voulais simplement empêcher Franklin de la trouver en premier. Les deux choses devenaient de plus en plus difficiles à distinguer.
Whitfield se tenait à mes côtés, les yeux fixés sur l'horizon.
— Vous croyez que nous pouvons y arriver ? demanda-t-il.
— Nous n'avons pas le choix.
La glace crissa sous nos pieds comme une promesse de tempête.
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