Le Passage Gelé
Lire le chapitre 21: The Hunted Hunters
La hutte se découpait sur la banquise comme une mâchoire noire contre le blanc infini. Harlow en avait fait le tour deux fois, la main sur le bois glacé, pendant que le vent tombait enfin. Les traces fraîches autour de l'abri n'étaient pas celles d'hommes blancs — des semelles ointes, des raquettes souples, une manière de glisser plutôt que de poser le pied.
Il les vit avant que quiconque ne donne l'alarme.
Ils étaient cinq, puis dix, puis quinze — sortis de nulle part, nés de la banquise elle-même. Des silhouettes en peaux de phoque, des capuches bordées de fourrure, des yeux qui ne clignaient pas. Ils s'arrêtèrent à quarante pas, formant un arc de cercle patient, comme des chasseurs qui ont le temps.
— Les Esquimaux, murmura Whitfield derrière lui.
— Les *Inuits*, corrigea Harlow sans se retourner.
Il leva les mains lentement, paumes ouvertes. Le plus vieux des hommes — celui qui se tenait légèrement en avant des autres, un visage raviné par le froid et des yeux d'un noir si profond qu'ils semblaient absorber la lumière — le regarda longuement. Puis il fit un pas, puis deux.
Harlow n'avait rien à offrir. C'était là le nœud de sa peur — il n'avait rien, sauf des lames d'acier, des clous, des outils que ces gens n'avaient jamais vus. Sa main gauche trouva dans sa poche le compas de Mercer, dont l'aiguille tremblait encore, obstinément pointée vers la hutte.
— Nous cherchons de la nourriture, dit-il lentement, en articulant chaque mot. Du poisson. De la viande.
Le vieil homme suivit son regard vers la hutte. Il dit quelque chose dans une langue qui roulait comme des pierres sous la glace, et ses compagnons s'agitèrent.
— Qu'est-ce qu'il dit ? demanda Elliott.
— Comment le saurais-je ? souffla Harlow.
Le vieil homme s'approcha encore, et quelque chose dans sa main attrapa la lumière — un morceau de métal, terni, que Harlow reconnut aussitôt. Une lame de couteau, fixée à un manche d'os. Une lame de couteau anglais.
Harlow avança d'un pas. Il sortit son propre couteau — un couteau de bord, solide, aiguisé — et le tendit, lame vers lui.
Le vieil homme contempla l'acier. Il tendit la main d'un geste lent, presque cérémonieux, et fit glisser son pouce sur le fil. Sa bouche s'ouvrit sur un mot que Harlow ne comprit pas d'emblée, puis la répétition le cloua sur place :
— *Qallunaat.*
Un murmure parcourut le groupe des Inuits. Le vieil homme leva les yeux vers Harlow, et pour la première fois, Harlow vit autre chose que la prudence dans ces yeux là. Il vit une expérience. Une connaissance.
— Il a vu des Blancs avant, dit Harlow, assez fort pour que les autres l'entendent. Il a vu des hommes comme nous. Récemment.
— La hutte, dit Whitfield. Il a vu qui bâtissait la hutte.
Le vieil homme fit un geste — un bras tendu vers l'ouest, une inflexion de la main qui signifiait peut-être un voyage, peut-être un navire. Puis il toucha le couteau que Harlow lui tendait toujours, et hocha la tête.
On échangea des mains de poisson séché contre trois couteaux, un miroir, un rouleau de fil de cuivre. Les Inuits travaillèrent vite, sans un mot de trop, et l'ordre de la transaction était si calme qu'Harlow en oublia presque l'urgence.
C'est Shaw qui la brisa.
— Regardez-les, ricana-t-il, assez fort pour être entendu du groupe entier assis à l'angle de la hutte. Ils nous regardent comme des chiens affamés. On leur donne de l'acier, et ils nous refilent leur poisson pourri.
— Tais-toi, grogna Elliott.
— Je dis rien de faux, poursuivit Shaw, en haussant la voix. Ils se foutent de nous. Ils se disent : voilà des ânes d'Européens qui crèvent de faim et qui nous donnent nos propres outils en échange de nos restes.
Il cracha sur la glace, à moins d'un mètre des pieds de l'Inuit le plus proche — un jeune homme, le visage plat et lisse, qui tenait un harpon à la main.
Le silence tomba comme une hache.
Le jeune Inuit leva le harpon, et Harlow vit le mouvement dans ses épaules, l'économie brutale d'un geste de chasseur. Il se jeta en avant, non pas vers Shaw mais vers le vieil homme, les deux mains dans le vide.
— Non ! cria-t-il. *Amitié !* Nous sommes amis !
Le mot chevroté, vague, inutile. Mais le vieil homme leva la main, et le jeune Inuit s'immobilisa.
Un long regard passa entre le vieux et Harlow. Puis le vieil homme dit quelque chose, doucement, comme une sentence ou une bénédiction, et le jeune Inuit abaissa son harpon.
Harlow se tourna vers Shaw, et sa voix était de la glace.
— Tu retournes au navire. Maintenant. Et tu ne repars plus en permission avant que je t'y autorise. Deux semaines. À la pompe, au carré, dans la cale — tu feras ce que je dirai, sans un mot.
Shaw ouvrit la bouche pour protester.
— Un mot de plus, poursuivit Harlow, et c'est aux fers que tu attends la fonte des glaces.
L'équipage regarda Shaw partir, les épaules rentrées, la tête baissée. Les Inuits regardèrent eux aussi, sans un commentaire.
Le vieil homme s'adressa alors à Harlow. Il parlait lentement, comme on parle à un enfant, et il tira de sous sa parka un objet que Harlow reconnut avec un sursaut du cœur.
Une boussole. Une boussole de marine anglaise, en cuivre et en verre — la vitre brisée, l'aiguille morte.
Le vieil homme la tendit à Harlow. Il dit un mot, trois fois, en le répétant comme pour s'assurer que Harlow comprenne :
— *Resolute. Resolute. Resolute.*
Harlow sentit le monde se déplacer sous ses pieds.
Cette boussole venait du navire de Mercer. Elle avait été retirée de la timonerie du *Resolute* — quelque part, par quelqu'un, il y avait eu un conflit, un échange, un naufrage. Le vieil homme la lui donnait comme on rend une dette.
— Où ? demanda Harlow, la voix rauque. *Où* ?
Le vieil homme fit un geste vers l'ouest, encore. Il prononça un autre mot, plus complexe, en désignant la boussole brisée, puis la hutte, puis le compas dans la main d'Harlow.
— Il dit que le même aiguillage l'a conduit ici, souffla O'Malley, qui s'était approché en silence. Le même chemin que nous. Mercer n'était pas seul, capitaine. Les Inuits l'ont vu. Ils ont vu les hommes du *Resolute* descendre à terre — et marcher vers l'ouest.
Harlow serra la boussole brisée. Elle était encore froide, mais sous ses doigts, elle semblait vibrer d'un vestige de vie.
Le vieil homme fit un geste vers le compas que Harlow tenait à la main — ou plutôt vers l'aiguille, qui tremblait, toujours braquée sur la hutte.
Il dit un mot.
Les Inuits autour de lui hochèrent tous la tête, comme on confirme une chose connue depuis longtemps.
— Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Elliott.
O'Malley hésita. Il déglutit, lança un regard au vieil homme, puis se tourna vers Harlow.
— Il a dit « la porte que les morts ne peuvent pas franchir ». Et il a souri.
Le vieil homme souriait, en effet. Il montra la hutte. Puis il montra la boussole brisée de Mercer. Puis il pointa son propre torse, et dit un nom :
— *Tullugaq. Tullugaq.*
— Il veut nous montrer quelque chose, dit Harlow.
— Ou il veut nous prendre quelque chose, murmura Whitfield.
Mais Harlow ne l'écoutait plus. Il regardait la hutte — cette hutte de bois frais, bâtie par des mains d'hommes du *Resolute* — et dans sa tête, la porte que les morts ne pouvaient pas franchir se confondait avec la passe cachée du compas, avec la carte de Mercer, avec la promesse d'un passage qui n'existait sur aucune carte.
Il fallait ouvrir cette porte.
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