Le Passage Gelé
Lire le chapitre 4: The Brass Compass
La lampe à huile vacillait dans le carré des officiers, projetant des ombres dansantes sur les cartes étalées devant eux. Harlow avait convoqué les trois hommes en qui il avait le plus confiance—le bosco MacReady, le chirurgien Evans et le second maître de manœuvre O'Brian—sous prétexte d'inspecter les provisions.
« Fermez la porte, » dit-il sans lever les yeux du rouleau de parchemin qu'il avait posé sur la table. Sa voix portait un poids qu'il ne ressentait pas encore pleinement.
MacReady obéit, puis s'approcha. Le bosco était un Écossais taillé dans le granit, le visage creusé par quarante ans de sel et de brume, mais ses yeux restaient vifs. Evans, plus jeune, avait encore la pâleur des cales de Bristol sur les joues. O'Brian traînait derrière, les mains dans les poches, un pli amer entre les sourcils.
« Qu'est-ce que c'est, monsieur ? » demanda Evans.
Harlow déroula la carte. Le parchemin jauni craqua sous ses doigts. Il aurait préféré les préparer, trouver les mots justes, mais le temps pressait déjà contre la coque comme une bête affamée.
« Le capitaine Mercer avait caché ceci dans sa cabine. Je l'ai trouvé hier soir. »
Il y eut un silence, seulement troublé par le gémissement de la glace contre la coque—un son constant qui était devenu leur compagnon muet.
MacReady s'approcha le premier, penchant sa tête grisonnante au-dessus de la carte. Ses doigts calleux suivirent les traits d'encre fine qui dessinaient des passes au-delà de leur position, s'enfonçant vers l'ouest à travers un dédale d'îles que les cartes officielles indiquaient comme un continent blanc et vierge.
« C'est une plaisanterie, » dit-il enfin. « On ne cartographie pas ce qui n'existe pas, et ça… » Il tapota un passage marqué *« Canal de Mackenzie »* avec scepticisme. « Ça n'a jamais existé. »
« Mercer croyait le contraire. »
« Le capitaine croyait beaucoup de choses, » murmura O'Brian depuis l'arrière de la pièce. Sa voix grinçait comme une charnière rouillée. « Il croyait qu'on passerait. Regardez où nous sommes. »
Harlow soutint son regard. « Il a caché cette route avant de nous faire engager dans les glaces. Il la connaissait depuis Londres. » Il leur montra le coin déchiré de la page de journal qu'il avait glissée sous la carte. « Cette annotation date du 14 septembre. Nous avons quitté le fleuve deux jours plus tôt. »
Evans prit le fragment et l'examina à la lumière. « Deux jours ? »
« Il nous a menés ici en sachant qu'il y avait une autre voie. »
L'air dans le carré s'épaissit. MacReady croisa les bras, son visage soudain las. « Pourquoi ferait-il une chose pareille ? »
« C'est bien la question. » Harlow replia la page et la remit dans sa poche. « Je n'ai pas de réponse. Mais j'en ai besoin, pour décider si cette carte nous sauvera ou nous tuera. »
O'Brian s'avança, sa silhouette dégingandée coupant la lumière de la lampe. « Et qu'est-ce que Whitfield pense de tout ça ? »
« Whitfield ne sait rien. Et vous n'en parlerez pas. » Harlow laissa le poids de sa décision s'appuyer sur chaque mot. « Tant que je n'ai pas confirmé la véracité de cette route, elle reste entre nous. La moindre rumeur dans l'équipage nous serait fatale. Mercer a laissé un mot derrière lui, et il est suffisamment ambigu pour que des hommes affamés le lisent de travers. »
« Vous gardez ça pour vous aussi ? » demanda Evans sans colère. C'était une question, pas un reproche.
« Oui. »
Le silence qui suivit n'était ni hostile, ni approbateur. MacReady rompit finalement la tension en se grattant la barbe. « Très bien. On joue serré, on surveille nos hommes. D'ici là… » Il fouilla dans la poche de sa veste, en sortit un objet qui lança un faible éclat doré dans la lumière. « J'ai ça pour vous, monsieur. »
Harlow tendit la main. L'objet était lourd mais pas massif—une boîte de laiton d'environ six centimètres de côté, fermée par un fermoir de la même matière, terni par les ans. Des gravures fines ornaient la surface, des lignes géométriques qui ressemblaient à une rose des vents stylisée.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Le compas du vieux Mercer. » MacReady le lui remit. « Il l'a laissé aux quartiers des boscos avant de… » Il laissa la phrase mourir. « Avant de partir. Je me demandais ce que j'allais en faire. C'est un instrument de marin, ça devrait rester avec celui qui mène le navire. »
Harlow ouvrit le fermoir. À l'intérieur, un cadran doré captura la lumière de la lampe, finement ouvragé. L'aiguille, une flèche de laiton noirci, semblait frémir encore du mouvement. Une autre rose était gravée au centre, plus petite que celle de l'extérieur, mais d'une précision remarquable.
Il fit tourner doucement la boîte entre ses doigts. L'aiguille se déplaça, suivit le mouvement, puis s'immobilisa à un angle étrange—ni nord, ni même un faux nord magnétique reconnaissable.
MacReady fronça les sourcils. « Quelque chose ne va pas ? »
« Elle pointe vers l'ouest-nord-ouest, » dit Harlow en se penchant pour comparer avec la boussole fixe du carré, suspendue contre la cloison. « La nôtre dit que nous faisons face au sud-sud-est. Même en tenant compte de la déclinaison magnétique, il devrait y avoir une quarantaine de degrés de différence, pas une soixantaine. »
Il reposa le compas sur la table et le fit pivoter lentement. L'aiguille resta obstinément orientée dans la même direction, comme si elle cherchait quelque chose qui n'existait pas dans cette pièce.
« Un mécanisme faussé, » proposa Evans. « Il a souffert du froid. »
« Le froid ne déforme pas ce genre de précision. » Harlow se pencha, le visage à quelques centimètres du cadran. Les gravures autour de la rose portaient des lettres minuscules—pas de l'anglais, ni du français. Quelque chose de plus ancien, peut-être du danois ou du norvégien, mais trop effacé pour qu'il puisse le lire avec certitude.
« Qu'est-ce que vous voyez ? » demanda O'Brian, la curiosité l'emportant sur le ressentiment.
Harlow suivit l'angle de l'aiguille du regard, la prolongeant mentalement à travers la pièce, à travers la coque, jusqu'au désert de glace qui les entourait. L'aiguille pointait presque parfaitement vers l'endroit où la carte de Mercer indiquait le début du passage—si l'on pouvait accorder foi à son tracé, qui sinuait entre des accidents géographiques invisibles depuis leur position.
Il retourna à la carte, posa le compas à plat sur la position de leur navire, marquée d'une croix à l'encre rouge. L'aiguille coïncidait avec une ligne pointillée reliant le navire à un point au-delà d'une chaîne d'îles, où le parchemin portait une petite croix supplémentaire, écrite d'une encre différente, plus claire.
MacReady siffla doucement. « Ce n'est pas un compas de navigation. C'est une clé. »
« Ou une flèche, » murmura Harlow.
Il resta un long moment sans parler, regardant les tracés se répondre—le laiton terni et l'encre sèche s'accordant pour former une géométrie improbable qui aurait dû être impossible. Le capitaine Mercer avait laissé derrière lui une route et une clé pour la lire. Mais il avait aussi laissé une note accusant son premier officier de l'avoir forcé dans les glaces, et une page de journal qui posait plus de questions qu'elle ne répondait.
« Monsieur ? » Evans, hésitant.
Harlow leva les yeux. « Qu'est-ce qui vous est arrivé, Mercer ? » demanda-t-il, pas vraiment à eux. « Vous aviez un passage. Vous aviez une clé. Et vous êtes parti seul dans la nuit. Qu'est-ce qu'il vous manquait ? »
« Il lui manquait peut-être d'être le seul à le savoir, » dit O'Brian, exprimant à voix haute ce que Harlow n'osait pas formuler.
Le cap du regard de Harlow revint à la carte, s'attarda sur la croix à l'encre claire au-delà des îles. Une corde se tendait dans sa poitrine, entre devoir et doute. Il referma le compas d'un geste sec et le glissa dans la poche de sa veste, où il pesa comme une conscience.
« Demain, nous ferons un relevé précis de notre position avec ce compas, » affirma-t-il. « Il nous indiquera ce vers quoi il pointait réellement, et si ce n'est pas le nord, c'est que Mercer cherchait autre chose qu'une route vers la maison. »
Il plia la carte, la remit dans sa cache sous la doublure de sa veste. Il n'était pas encore prêt à la dévoiler à l'équipage—ni même à Whitfield qui, chaque jour, le dévisageait à distance comme un chien affamé surveille l'os du maître. Mais l'aiguille du compas brûlait déjà contre sa poitrine, lui rappelant qu'il existe des forces qui ne se laissent pas enfermer dans les latitudes d'un cartographe.
« Messieurs, nous avons un navire à sauver et des hommes à ramener chez eux. Je veux que vous vérifiiez chaque cordage, chaque barrique, chaque visage. Et si quelqu'un vous parle du capitaine, écoutez. Ne répondez pas. Écoutez. Dans ce genre d'endroit, les mots voyagent plus vite que les provisions. »
Ils acquiescèrent. O'Brian sortit le premier, le pas rapide, faussement désinvolte. Evans le suivit après un bref serrement de main. MacReady resta sur le seuil.
« Vous pensez qu'elle pointe vers autre chose que le salut, cette aiguille ? »
Harlow toucha la poche où reposait le compas. « Je pense que Mercer n'était pas aussi fou qu'il le paraissait. Ce qui est plus inquiétant. »
MacReady hocha la tête, puis disparut dans le couloir obscur, laissant Harlow seul avec la lampe qui crachotait et la certitude nouvelle, brûlante, que le laiton qu'il portait contre son cœur savait ce que lui ne savait pas encore.
Dehors, la glace soupirait, se déplaçant lentement autour de la coque, et quelque part au-delà des crêtes, vers l'ouest, une force silencieuse attendait qu'il vienne lui poser ses questions.