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Le Passage Gelé

Lire le chapitre 9: The Navigator's Doubt

Le grincement du gouvernail gelé résonna comme un reproche dans le silence de la cabine de navigation. James Harlow se tenait penché sur la table, les doigts écartés sur le parchemin de Mercer, la carte interdite étalée sous la lumière jaune d'une lampe à huile qui vacillait au rythme de la coque gémissante.

M. Ainsley, le navigateur, restait debout de l'autre côté, les bras croisés, le menton baissé. Il avait les yeux d'un homme qui n'a pas dormi depuis plusieurs nuits, et sa voix trahissait une fatigue qui n'avait rien de physique.

— Je ne remets pas en cause votre autorité, monsieur Harlow. Je remets en cause ceci.

Il désigna la carte d'un index sale. Son doigt suivit une ligne de côte incertaine, hachurée de pointillés qui semblaient plus le fruit de l'imagination que de l'observation.

— Ces relevés... ils ne correspondent à rien de ce que je connais. J'ai navigué ces eaux trois fois. Il n'y a pas de passage ici. Pas de détroit, pas d'ouverture. Juste de la glace, encore de la glace, et puis la mort.

Harlow releva la tête. Il avait prévu cette confrontation depuis qu'il avait annoncé son intention de pousser vers l'ouest. Ainsley était un homme minutieux, un professionnel qui mesurait chaque degré de latitude avec une dévotion presque religieuse. Si quelqu'un devait douter, ce serait lui.

— Mercer a tracé cette route, dit Harlow. Il l'a payée de sa vie.

— Ou il l'a inventée.

La phrase tomba comme une hache sur la glace. Ainsley soutint son regard, puis détourna les yeux, comme s'il regrettait déjà d'avoir parlé. Mais le mot était sorti, et il flottait maintenant entre eux, lourd et froid.

Harlow sentit sa mâchoire se serrer. Il pensa à Mercer, à la manière dont le capitaine l'avait regardé la dernière fois qu'il l'avait vu vivant — un regard qui n'était pas un adieu, mais une transmission. Un fardeau qu'on dépose sur les épaules de quelqu'un d'autre sans demander la permission.

— Le capitaine Mercer n'était pas un homme à inventer des routes, monsieur Ainsley. Il était navigateur, comme vous. Meilleur que vous.

— Je ne le conteste pas.

— Mais vous contestez sa carte.

Ainsley ouvrit la bouche, puis la referma. Il semblait chercher ses mots dans un vocabulaire qui refusait de les livrer. Finalement, il sortit de sa poche un petit sextant de poche, usé par des années de service, et le posa sur la table à côté de la carte.

— Ce que je conteste, monsieur Harlow, c'est que cette route nous mène à la mort. Et que nous y marchions en chantant.

Harlow le regarda longuement. La fatigue des derniers jours pesait sur ses épaules comme une couverture mouillée, et il sentait le poids de chaque décision, chaque mort, chaque silence accusateur. Bailey était mort sous ses yeux. Cummings croupissait dans sa cabine, ses accusations encore fraîches dans les mémoires. Franklin déplaçait les provisions comme un joueur d'échecs qui connaît déjà la fin de la partie. Et maintenant le navigateur — son navigateur — doutait.

— Vous avez raison de douter, dit Harlow finalement. C'est votre rôle.

Ainsley cligna des yeux, surpris par la concession.

— Mais j'ai quelque chose que je n'ai pas encore montré au reste de l'équipage. Quelque chose que Mercer m'a laissé — ou plutôt, que son absence m'a laissé.

Il sortit de sa poche le compas de laiton du bosun, celui qui avait appartenu à Mercer. Il le posa sur la carte, près de la croix marquée d'une encre rouge.

— Le bosun me l'a donné. Il l'a trouvé dans les affaires personnelles de Mercer après sa disparition.

Ainsley se pencha, les sourcils froncés. Le compas semblait ordinaire, banal même — un instrument de navigation comme il en avait manipulé des centaines. Mais Harlow savait que ce n'était pas le cas.

— Observez.

Il tourna délicatement la rose des vents. L'aiguille, au lieu de pointer vers le nord magnétique comme elle aurait dû le faire, dévia lentement jusqu'à s'immobiliser dans une direction précise — celle de la croix rouge sur la carte.

Ainsley leva les yeux, perplexe.

— C'est impossible.

— Et pourtant.

— Un compas ne peut pas pointer vers un lieu précis, Harlow. C'est de la magie de foire, pas de la navigation.

Harlow retira sa main. L'aiguille resta obstinément fixée dans sa direction, comme si elle avait trouvé sa vérité.

— Mercer était un homme pratique, monsieur Ainsley. Un homme qui ne croyait pas aux miracles. S'il a fait modifier ce compas pour pointer vers un lieu spécifique, c'est qu'il avait une raison très concrète de le faire. Et cette raison est là-bas.

Il désigna la croix rouge.

Ainsley secoua la tête, mais son regard resta rivé sur l'instrument. Il tendit la main, puis la retira, comme s'il craignait que le compas ne se mette à mentir sous son contact.

— Même si je vous accorde ce point, dit-il lentement, cela ne prouve pas que le passage existe. Cela prouve seulement que Mercer voulait que quelqu'un se rende à un endroit précis. Peut-être pour une tout autre raison.

— Quelle autre raison ?

— Je ne sais pas. Et c'est précisément ce qui m'inquiète.

Le silence s'épaissit entre eux. La lampe à huile grésilla, projetant des ombres mouvantes sur les parois de la cabine. Quelque part au-dessus, le vent sifflait à travers le gréement gelé, une plainte continue qui semblait ne jamais s'arrêter.

Harlow regarda Ainsley. Il fallait qu'il le convainque. Non pas pour la gloire, non pas pour la fierté — mais parce que sans un navigateur qui croyait en la route, il n'avait aucune chance de mener ces hommes à bon port.

— Le compas a été réglé pour une destination précise, dit-il. Si cette destination est le passage lui-même, alors la carte est exacte. Si elle ne l'est pas, alors Mercer a caché quelque chose d'autre à l'intérieur des glaces — quelque chose qu'il estimait plus précieux que sa propre vie.

Ainsley le dévisagea. Ses yeux, fatigués, cherchaient une faille dans la logique de Harlow. Il finit par la trouver, ou peut-être par l'inventer.

— Et si ce quelque chose était précisément ce qui l'a tué ?

La question s'accrocha à Harlow comme un hameçon. Il y avait pensé, bien sûr. Chaque nuit, dans l'obscurité de sa cabine, il retournait la question dans tous les sens : pourquoi Mercer avait-il disparu ? Pourquoi avait-il laissé cette carte derrière lui, sans explication ? Pourquoi le compas, pourquoi l'enfant caché, pourquoi tant de secrets accumulés comme des couches de glace sur une coque déjà fragile ?

La porte de la cabine s'ouvrit soudainement, sans frappe. Le bosun entra, le visage rouge de froid, de la neige encore accrochée à son col.

— Monsieur Harlow. Il y a un problème.

Harlow se redressa, la main instinctivement sur la garde de son sabre.

— De quoi s'agit-il ?

— C'est le mousse, Evans. Il dit avoir vu des traces de pas dans la neige près de la cale des provisions. Des traces qui n'étaient pas là ce matin.

Une tension électrique parcourut l'échine de Harlow. Les provisions. Franklin savait déjà où elles étaient. Mais quelqu'un d'autre bougeait pendant qu'ils parlaient, quelqu'un qui ne respectait pas les règles parce qu'il ne les avait jamais acceptées.

— Des traces d'un homme seul ? demanda-t-il.

— Oui, et elles arrivent de l'intérieur du navire. Pas de l'extérieur. Quelqu'un est descendu du navire pendant la nuit, puis est remonté avant l'aube.

Harlow échangea un regard avec Ainsley. Le navigateur semblait troublé, lui aussi, mais pour une raison différente — quelque chose dans ses yeux, une lueur, une hypothèse qu'il ne formulait pas à voix haute.

— Qu'en pensez-vous, monsieur Ainsley ? demanda Harlow.

Le navigateur hésita. Puis il se pencha vers la carte, posa son doigt sur la croix rouge, et répondit d'une voix si basse que Harlow dut tendre l'oreille pour l'entendre :

— Je pense que nous ne sommes pas les seuls à vouloir atteindre cet endroit. Et que les autres ne veulent pas y arriver après nous. Ils veulent y arriver avant.