Le Petit Navire
Lire le chapitre 18: The Last Boat
La marée montante avait trahi la promesse de calme. Là-bas, à quelques centaines de mètres, la coque retournée d'une barque de pêche gisait à demi enfouie dans le sable mouillé, son mât brisé pointant vers un ciel qui commençait à rougeoyer. Arthur ne ralentit pas. Il traînait George contre sa poitrine, les bras verrouillés sous les aisselles de son fils, chaque pas dans le sable profond une lutte contre la gravité.
La femme courait devant eux, ses jupes relevées et nouées à la taille, révélant des mollets fermes et sales. Elle atteignit l'épave avant eux et s'accroupit pour inspecter l'intérieur.
« Elle a pris l'eau, mais le fond est là, cria-t-elle. Trois rames, peut-être quatre. »
Arthur laissa glisser George sur le sable, doucement, comme on dépose un sac trop lourd. Le visage de son fils était gris, sa poitrine se soulevait par à-coups saccadés, et une fine mousse rosâtre perlait à ses lèvres. Arthur pressa deux doigts contre le cou de George. Pouls faible, mais présent.
« Il faut le bouger », dit un soldat épuisé qui les avait suivis depuis les dunes, un caporal dont Arthur n'avait jamais retenu le nom. « Les Allemands tirent des fusées éclairantes au nord. Ils vont nous tomber dessus avant l'aube. »
Trois autres soldats émergèrent des broussailles près de la digue. L'un d'eux portait un bras en écharpe sanglante, un autre une jambe qui traînait. Le caporal compta les hommes. Sept. Sept soldats, Arthur, la femme, George et une famille de réfugiés qui s'était collée à eux sur la plage — un père aux yeux fous, une mère qui serrait un nouveau-né, et deux enfants aux joues creusées.
« Onze personnes, dit Arthur en se relevant. Trop pour cette coquille. »
La femme était déjà à genoux, creusant le sable sous la quille fendue. « On la bouche avec des manteaux, des chemises, n'importe quoi. Et on prie. »
Arthur hésita. À l'intérieur de sa tête, le télex de Whitmore se répétait : *Votre présence n'est plus exigée à terre.* Et l'officier mourant, les doigts glacés refermés sur sa manche : *Le message doit atteindre le Keith à tout prix.* Mais George toussa, et une bulle rose éclata à ses lèvres. Arthur grogna, souleva son fils dans ses bras et le déposa au fond de la barque.
« On la remorque à la mer », dit-il.
Ils poussèrent. La barque était lourde, gorgée d'eau, mais le sable était meuble et ils étaient beaucoup. La première vague la souleva, la reposa, la souleva encore. Arthur sauta par-dessus le bord, trouva une des rames et commença à écoper avec sa botte. Le caporal l'imita. Les soldats suivirent, malgré leurs blessures, se penchant sur les avirons. Les deux enfants, une fille et un garçon d'environ dix ans, s'accrochèrent aux bancs de nage et tirèrent avec tout ce que leurs bras frêles pouvaient offrir.
La femme resta debout à l'arrière, les yeux fixés sur le rivage. La casemate, celle du message, se dressait à deux cents mètres, ses meurtrières béantes comme des bouches noires. Arthur la vit hésiter, le poids du papier dans sa poche devenant presque tangible.
« Madame », dit-il, et le titre était un reproche.
Elle tourna la tête, le regarda un long moment. Puis elle enjamba le bord et prit sa place à l'avant, s'emparant d'une rame.
Ils ramèrent. La côte recula, mètre après mètre. La barque tanguait, prenait l'eau par une fissure longue comme un avant-bras près de l'étrave. Les manteaux tassés par-dessus ne suffisaient pas — l'eau montait, froide, leur léchant les pieds.
« On est trop chargés », souffla le soldat au bras blessé. « On va couler avant d'arriver nulle part. »
Arthur ne répondit pas. Ses épaules hurlaient, ses paumes saignaient sur le bois rugueux de la rame. George, recroquevillé entre deux bancs, tremblait malgré la couverture que la mère réfugiée avait étendue sur lui.
« Arthur. »
La voix de Mac ? Non. La voix de la femme, calme comme une pierre. Elle pointait l'ouest.
La vedette allemande émergea de la brume de mer, silhouette noire contre le soir qui tombait. Elle avait fini sa manœuvre autour du *Perseverance* — ou peut-être l'avait-elle laissé pour eux, cette proie plus facile. Le bruit de ses moteurs traversa l'eau, grondement de fauve affamé.
« Ils nous ont vus », dit le caporal, les mains serrées sur le plat-bord.
Le faisceau d'un projecteur jaillit, coupa la surface de l'eau à quelques dizaines de mètres, commença à balayer vers eux. Arthur rabattit George contre le fond de la barque, se couchant presque sur lui, comme s'il pouvait faire de son corps un bouclier.
« ramez », hurla-t-il.
Ils ramèrent. Les soldats, la famille, la femme. La mitrailleuse de la vedette ouvrit le feu. Des gerbes d'eau explosèrent autour de la coque, une première rafale trop haute, une seconde trop longue, puis une troisième qui trouva sa cible.
Le bois gémit. Un bruit sourd, humide, celui de quelque chose qui se déchire.
La balle avait traversé le plat-bord à bâbord, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Pas de gros dégât — mais une seconde rafale suivit, et la femme poussa un cri étranglé lorsque l'eau jaillit près de son pied. La fissure s'élargissait, la barque s'enfonçait visiblement.
« On coule, on coule ! » cria l'un des enfants.
Arthur lâcha sa rame, s'arc-bouta sur le banc, et regarda autour de lui. À quelques encablures, une grande silhouette sombre faisait route vers l'est — un vapeur, un car-ferry converti, chars et camions sur son pont. Il se leva, agita les bras malgré le risque, hurla quelque chose que les moteurs noyèrent.
Le vapeur ne ralentit pas. Il vira légèrement, fuyant la vedette allemande, fuyant tout ce qui ressemblait au danger. Arthur le vit s'éloigner, la proue coupant la houle, ses cheminées crachant des cendres rouges dans le crépuscule.
« Ils nous laissent », souffla le caporal.
Arthur regarda l'eau qui leur montait aux chevilles. Il regarda George, dont les paupières papillonnaient, le visage encore plus pâle dans la lumière déclinante. Puis il regarda la vedette allemande, qui se remettait en route vers eux, nonchalante, sûre de sa prise.
Et il pensa à la poche de son caban, au porte-documents toujours dans la cale du *Perseverance*, au capitaine écossais qui n'attendait plus le signal. Pousser l'une des rames pour la coincer dans la fissure ne suffirait pas. Il n'y avait pas de bateau ici. Pas de bateau sauf l'Allemand qui s'approchait.
Sa main glissa vers le fond de sa botte, là où il gardait un couteau de marinier, une habitude de trente ans.
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