Le Petit Navire
Lire le chapitre 30: The Cipher
Le fracas d'un moteur diesel monta du quai, et Arthur tourna la tête. Le jeune homme — le second frère Foster, celui dont Mac n'avait jamais parlé — referma la porte de l'entrepôt derrière eux. La lumière jaune d'une ampoule nue balançait au plafond, jetant des ombres mouvantes sur les caisses empilées.
« Vous avez dit que vous vouliez la vérité, » grogna Arthur, posant son sac sur un établi poussiéreux. « La voici. Mais elle ne se raconte pas. Elle se décode. »
Mac s'avança, son visage émacié éclairé par la lampe. Il sortit de sa poche un vieux carnet à la couverture de cuir élimé — le codebook que le lieutenant Foster avait confié à Arthur sur la plage de Dunkerque, des semaines plus tôt. Arthur l'avait gardé dans son sac, précieusement, sans jamais savoir quand il servirait.
« Ton frère, » dit Mac au jeune homme, « a donné sa vie pour que ce carnet atteigne Londres. Et le message qu'il portait — celui que ton autre frère, enfin, celui que Céline a fait passer — est dans la ceinture d'Arthur. »
Le jeune homme, qui ne s'était pas présenté, s'appuya contre une caisse. Il avait les mêmes yeux clairs que le lieutenant. « Appelez-moi Étienne. Et si vous voulez que je vous aide à entrer à l'Amirauté, il faut que je sache ce que je transporte. »
Arthur déboucla sa ceinture. Ses doigts trouvèrent la lourdeur inhabituelle dans l'épaisseur du cuir, le microfilm cylindrique cousu dans une poche secrète. Il le fit glisser dehors — un petit tube de métal, pas plus grand que son pouce.
« Vous avez une lampe de projection ? » demanda-t-il.
Étienne hocha la tête et disparut derrière une pile de caisses. Il revint avec un projecteur de cinéma portatif, du genre qu'on utilisait dans les salles de réunion militaires. Mac brancha l'appareil à une prise branlante du mur.
« Il faut faire le noir, » dit-il.
Arthur éteignit l'ampoule. Le projecteur s'alluma, jetant un rectangle de lumière sur le mur blanc de l'entrepôt. Étienne inséra le microfilm dans une fente de lecture. L'image trembla, se stabilisa — des colonnes de chiffres, des lettres en allemand, des codes de navigation.
Mac ouvrit le codebook. Il avait vieilli de dix ans en quelques semaines, ses doigts tachés de nicotine et d'encre, mais son esprit demeurait vif. Il commença à transcrire, murmurant les groupes de chiffres.
« Colonne cinq... croise avec la grille du codebook... Acht, neuf, vier... »
Les minutes s'étirèrent. Dehors, la nuit était trouée par le gémissement des sirènes et le grondement lointain des bombes. À l'intérieur, le silence n'était rompu que par le crissement du crayon de Mac sur une feuille de papier et le souffle court de George, assis contre un mur, sa main pressant son flanc bandé.
« C'est... » Mac s'arrêta. Le crayon tomba de ses doigts.
« Quoi ? » demanda Arthur.
Mac leva les yeux. Son visage avait perdu toute couleur. « Ce ne sont pas des coordonnées de Dunkerque. Ce n'est pas une opération de sauvetage. »
Il se tourna vers le mur où l'image demeurait figée. « C'est un plan d'invasion. Une contre-attaque. Les Allemands préparent un débarquement sur la côte sud de l'Angleterre — non pas une invasion massive, mais une opération commando chirurgicale. Pour détruire la flotte évacuée avant qu'elle ne soit réarmée. »
Arthur s'approcha du mur. Les coordonnées alignées en colonnes serrées — il les reconnut, ces lectures de navigation qu'il faisait depuis trente ans. Douvres. Folkestone. Ramsgate. Sa ville.
« Quand ? » demanda-t-il, la gorge serrée.
Mac retourna les pages du codebook, ses doigts courant sur les colonnes de dates allemandes. « Dans trois jours. La marée sera favorable. La lune sera haute. Ils savent que nos forces sont épuisées, que nos défenses sont concentrées sur les côtes de la Manche face à Calais. Ils frapperont au sud, là où on les attend le moins. »
Étienne s'avança dans la lumière du projecteur. « C'est votre preuve. Votre message. Mais ce n'est qu'un papier. Les Allemands ont des planches à dessin pleines de plans d'invasion. Ce qui fera la différence — c'est de le mettre entre les mains de quelqu'un qui peut agir. »
« Le microfilm entier — il y a plus que les coordonnées ? » demanda Arthur.
Mac fit défiler l'image avec un bouton du projecteur. Une seconde page apparut — une liste de noms. Des agents allemands déjà en Angleterre, avec leurs codes de transmission et leurs adresses de couverture. Arthur parcourut la liste. Arriva à une ligne.
Il s'arrêta.
« Mac. Regarde. »
Le nom inscrit était : *Dévaux, Céline — agent double, code Schwarze Witwe — planque : Hôtel Victoria, Douvres, chambre 12.* En dessous, une note manuscrite d'officier allemand : « Payée. Fiabilité incertaine. Éliminer après usage. »
« Elle est sur leur liste, » dit Arthur lentement. « Mais pas comme une agent fidèle. Comme une employée jetable. »
Étienne regarda le nom de sa sœur apparaître en lettres lumineuses. Son visage se durcit. « Elle nous a toujours dit qu'elle travaillait pour la France. Qu'elle était en mission de contre-espionnage, infiltrée chez les Allemands. »
« C'est peut-être vrai, » dit Mac. « Les doubles agents sont souvent répertoriés par les deux côtés, chacun croyant qu'elle travaille pour lui. La question est : de quel côté sa loyauté s'est-elle finalement penchée ? »
Le projecteur surchauffa et clignota. Dans l'obscurité momentanée, Arthur entendit un bruit qu'il connaissait trop bien : le grincement d'une poulie, tout au fond de l'entrepôt. Quelqu'un d'autre était là.
Il éteignit le projecteur d'un geste sec. Le rectangle de lumière disparut. Le noir retomba, dense et pressant.
« On a de la compagnie, » murmura George, tirant son revolver de sa ceinture.
Arthur glissa le microfilm dans la poche de sa veste, puis le codebook dans son sac. Il se baissa, saisit l'épaule d'Étienne. « Il y a une issue à l'arrière ? »
« Un passage vers les quais de Chelsea. Mais si tu veux atteindre l'Amirauté avec ça, il ne faut pas courir. Il faut appeler. Il y a des lignes spéciales — des lignes sécurisées pour les messages urgents. »
Un déclic métallique résonna quelque part. Puis un pas. Puis un autre.
Arthur serra le sac contre sa poitrine. Le microfilm pesait contre son cœur. Trois jours avant l'invasion. Et une femme qui les avait peut-être trahis, ou peut-être pas, qui seule savait comment atteindre les hommes qui pouvaient agir.
Une voix s'éleva du fond de l'entrepôt, douce, presque familière. Une voix de femme.
« Arthur Briggs. Je savais que vous trouveriez le chemin de Londres. »
Arthur ferma les yeux. Il avait entendu cette voix à Douvres, dans un café, quelques heures seulement avant que tout bascule.
Céline Dévaux.
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