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Le Piège des Données

Lire le chapitre 10: A Transfer Window Trap

Le café de la gare de Wilmslow sentait le désinfectant et le café brûlé. James avait encore l'écho des révélations de Malenko dans la tête – Redwood Holdings, le consortium de paris illégaux, Travers le traître – lorsqu'il avait enfin trouvé la maison de la veuve d'Ellis Vance. Diane Cross l'attendait dans une voiture garée en face, moteur éteint, fenêtre entrouverte.

« Deux hommes sur le périmètre, avait-elle dit en ajustant sa visière. Professionnels. Pas des sportifs. »

James avait hoché la tête, ignoré la voix intérieure qui lui criait de faire demi-tour, et avait sonné.

La femme qui ouvrit la porte avait des cernes profonds, des cheveux gris relevés en chignon lâche et une robe de chambre sur des vêtements de ville. Elle avait soixante ans à peine, mais semblait en porter dix de plus.

« Mme Vance ? Je suis James Okafor. Votre mari travaillait pour mon club. »

Elle avait regardé la carte qu'il tendait, puis l'avait scruté des pieds à la tête, avant de s'effacer pour le laisser entrer.

Dans le salon, les photos d'Ellis Vance trônaient en évidence – au milieu d'hommes en costard lors d'un gala de charité, sur un terrain de golf avec des trophées, aux côtés d'un adolescent souriant dans un maillot de l'académie.

« Vous êtes venu pour parler de l'enveloppe », dit-elle.

James s'immobilisa.

« Vous êtes au courant ?

– Ellis m'avait tout dit. Depuis le début. » Elle s'assit en face de lui, les mains croisées sur les genoux. « Il savait que si quelque chose lui arrivait, vous seriez le seul à pouvoir finir le travail. Votre réputation vous a précédé, monsieur Okafor. »

Elle lui tendit une boîte métallique verte, fermée par un ruban adhésif.

« Il a laissé ça pour vous. Plus de détail que ce qu'il avait donné à cette femme Whitfield. Le nom du fils, des éléments sur la façon dont ils l'ont, et surtout… une liste. Celle des joueurs qu'ils ont utilisés comme des instruments. »

James ouvrit la boîte. Des documents, quelques photos, une clé USB marquée simplement : « LISTE ROUGE ».

« Je peux vous poser une question ? » dit-il en refermant la boîte.

« Oui. »

« Pourquoi ne m'avez-vous pas contacté plus tôt ? »

Elle eut un sourire triste, infiniment triste.

« Parce qu'Ellis m'avait dit que vous viendriez. Et parce que… » Elle jeta un coup d'œil vers la fenêtre. « Parce que depuis sa mort, on me suit partout. Je sais qui ils sont. Si j'avais bougé, il m'aurait fallu regarder mon fils dans un cercueil, comme j'ai regardé mon mari. »

James serra la boîte contre lui.

« Je vous protège. Vous avez ma parole.

– Votre parole ne m'a pas protégée il y a six mois quand ils ont tué Ellis. Mais prenez-la quand même. » Elle le raccompagna vers la porte, puis ajouta d'une voix étrangement calme : « Ce jeune homme dans la photo, avec Ellis sur le terrain de golf ? C'est Enzo. Mon fils. Celui qui est mort l'année dernière dans un accident de voiture. Le syndrome du complot vous rend paranoïaque, monsieur Okafor. Ils ne l'ont pas kidnappé. Ils l'ont tué. »

James resta figé.

Sa veuve referma la porte sans un mot de plus.

Il avait marché jusqu'à la voiture de Diane Cross dans un état second, la boîte de conserve contre la poitrine. Elle lui lança un regard.

« Ça va ?

– Non. » Il sortit la clé USB de la boîte. « On rentre. J'ai besoin de voir ce qu'il y a là-dedans. »

La nuit fut courte. Les documents d'Ellis Vance contenaient une chronologie complète des mouvements d'argent du club depuis vingt ans, listés comme une comptabilité macabre. Les pourcentages sur des transferts gonflés. Les amendes « perdues ». Les salaires fantômes. Chaque paragraphe était plus compromettant que le précédent, et à la fin, une seule phrase soulignée trois fois :

*Alan Travers n'est pas seulement un informateur. C'est un croupier.*

James avait éteint son ordinateur à quatre heures du matin, respirait lentement, la tête entre les mains.

Le lendemain, il y avait une réunion de transfert au club.

La salle stratégique, habituellement réservée aux discussions de sélection d'équipe, avait été préparée pour un appel vidéo avec un intermédiaire qatari. Sur la table, une pile de dossiers jaunie. Markus, le jeune attaquant de vingt-deux ans au talent réel mais au caractère explosif, était le sujet du jour. Le deal pourrait dégager huit millions de livres de masse salariale et injecter huit autres dans une trésorerie exsangue, en plus des frais de transfert précédemment établis. Une bouée de sauvetage.

Alan Travers s'assit en face de James, un sourire contrit aux lèvres.

« Mon pote, on est presqu'à la limite de la fenêtre, lundi. On doit boucler ça aujourd'hui, ou pas du tout.

– Je sais. J'ai vu leurs emails. Ils veulent une clause de rachat dans deux ans.

– Ouais, et on n'a pas le luxe de négocier ça.

– Non », répondit James calmement. « On a le luxe de faire monter les enchères. La clause, c'est 25 % de moins que ce que Markus vaudra. On met une clause de résiliation et des pourcentages sur la revente. »

Travers marqua un silence.

« Et s'ils refusent ?

– Alors, on garde Markus et on explique au conseil d'administration qu'on ne va pas hypothéquer l'avenir pour une bouffée d'argent rapide. » James sourit sans chaleur. « C'est exactement ce qui a tué ce club avant. L'argent facile. »

Travers soutint son regard une seconde de trop avant de baisser les yeux sur ses notes, le vide de son expression trop calculé pour être sincère.

L'appel vidéo se déroula mieux que prévu. Les représentants qatari – deux hommes en costume impeccable, avec un drapeau de leur pays derrière eux – acceptèrent les termes révisés avec une indifférence presque déconcertante. Trois heures plus tard, James signait le document final de la cession, et l'argent était notifié sur le compte séquestre.

Et puis, tout bascula.

À dix-neuf heures, le lendemain, un e-mail de leur avocat de Londres : le transfert était bloqué. Un « différend commercial » avait surgi, suspendu par une réclamation d'un tiers nommant un créancier historique du club. L'avocat n'en savait pas plus. Il demanda d'où venait la réclamation.

James envoya treize e-mails, fit quatre appels. Personne ne savait rien. Ou personne ne voulait parler.

Ce fut quand il appela le directeur financier du club, Graham, que la phrase l'arrêta net, comme une lame froide dans la nuque.

« Graham, on a besoin de débloquer ce dossier avant lundi. Ça pèse huit millions.

– Je ne peux rien faire, monsieur Okafor. J'ai vu la notification de blocage juste après midi… à ton bureau.

– À mon bureau ?

– Oui, je croyais que tu l'avais demandé. » Graham hésita. « C'est Travers qui m'a demandé de passer la demande en priorité. Il avait un document signé de ta part. »

James raccrocha, les mâchoires serrées. Il ouvrit la porte de son bureau et marcha dans le couloir, ses pas résonnant sur le sol marbré, jusqu'au bureau de son directeur sportif. Travers était là, tête penchée sur son téléphone.

James referma la porte derrière lui sans prévenir.

« J'ai besoin de comprendre ce que tu fais. »

Travers leva la tête, un sourire figé.

« Je prépare l'offre pour le dossier de prêt de Lamptey.

– Non. Pourquoi tu as bloqué le transfert de Markus ? »

Le silence qui suivit fut chargé. Travers déposa son téléphone sur la table, écran vers le bas, avec une lenteur théâtrale.

« Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Le document signé que tu as fait passer à Graham aujourd'hui. Le tiers qui réclame une dette. » James s'assit en face de lui, sans quitter ses yeux. « C'est toi qui as fait bloquer le deal. »

Travers ne cilla pas.

« Tu fais une erreur, Okafor.

– Non. » James sortit son téléphone et fit glisser une photocopie du document original – celui que Diane Cross avait extrait d'Ellis Vance – sur le bureau. « C'est toi. Le croupier. Tu alimentes Redwood depuis huit ans, tu leur donnes les noms des joueurs en négociation, tu cales les comptes pour que les trains arrivent au bon moment pour eux. Et maintenant tu bloques ma vente.

Travers regarda la photocopie, quelques secondes, puis une transformation se produisit. La carrure légère qu'il maintenait – un sourire de façade en toutes circonstances – tomba, remplacée par une expression de pierre.

« Tu es intelligent, James. Je te l'accorde. » Il se leva, lentement, et vint fermer la porte à clé. « Mais tu ne sais pas ce que tu tiens. Ces gens, ils ne tuent pas pour de l'argent. Ils tuent pour le contrôle. Et si je suis ce que je suis, un croupier comme tu dis, c'est parce que j'ai vu ce qui arrive à ceux qui se rebiffent contre eux. Moi, je veux vivre, et voir ma fille grandir. Alors, dis-moi, James Okafor, est-ce que tu préfères être un héros mort, ou un homme seul ? »

James resta assis, immobile.

« Dis-moi qui les finance. Qui est derrière Oceanline dans le club ?

– Si je te dis ça, je suis mort avant minuit.

– Tu es mort à minuit si tu ne me dis rien. Je vais te sortir de là, Travers. Je te le promets.

– Tes promesses et la victoire de Markus cette saison… » Travers secoua la tête, son téléphone sonnant soudain. Il regarda l'écran, blêmit. « Je dois y aller.

– Non. »

Mais Travers avait déjà ouvert la porte, et marchait dans le couloir d'un pas vif, son téléphone à l'oreille. James le suivit, une rage froide montant.

Dans le parking souterrain, sous la lumière orange des halogènes, Travers ouvrit sa portière, se pencha pour s'asseoir.

Il y eut un bruit sec. Une détonation sourde, comme un claquement de porte.

James vit la tête de Travers rebondir sur le montant de la portière avant son corps suivre, s'affalant dans l'habitacle. Une flaque s'étala lentement sous la voiture, sombre et luisante.

James se figea, son téléphone déjà en main, composant le 999.

Derrière lui, un souffle d'air dans l'obscurité du parking – des pas rapides qui s'éloignaient, trop légers pour n'être pas calculés. Il ne vit personne. Il ne vit que le corps de son traître, tué avant d'avoir pu parler.

Son téléphone vibra. Un message d'un numéro privé :

*Les croupiers tombent aussi. J'espère que tu as compris la leçon.*

Il ne répondit pas. Il resta là, le regard fixe sur le sang qui se répandait sur le béton, la lettre de Vance encore chaude dans sa poche intérieure.