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Le Piège des Données

Lire le chapitre 9: The Double Agent

La pluie battait contre les vitres du café de la gare de Wilmslow, transformant le paysage en aquarelle grise. James avait choisi cet endroit pour une raison précise : trop anonyme pour attirer l'attention, trop public pour que quiconque tente quelque chose. Diane Cross était postée à trois tables de distance, feignant de lire un journal sportif.

L'homme assis en face de lui portait un costume bleu nuit d'une coupe impeccable, trop élégant pour un café de gare. Il s'appelait Victor Malenko, agent de joueurs basé à Manchester, connu dans le milieu pour son carnet d'adresses à l'Est.

« Vous êtes en train de creuser votre propre tombe, monsieur Okafor », dit Malenko en touillant son expresso d'un geste lent. « Mais je suppose que vous le savez déjà. »

James ne répondit pas. Il attendait. C'était la première règle de la négociation que ses années de consulting lui avaient apprise : celui qui parle le premier donne des munitions.

Malenko sourit, comme s'il lisait dans ses pensées. « Ellis Vance était un ami. Un vrai. Pas comme ces requins de Redwood Holdings. Il m'avait demandé de vous contacter si quelque chose lui arrivait. »

James sentit son pouls s'accélérer, mais il garda son visage impassible. « Et quelque chose lui est arrivé. »

« Quelque chose lui est arrivé », confirma Malenko. Il sortit une enveloppe beige de sa poche intérieure et la posa sur la table entre eux, sans la lâcher. « Ellis détenait la preuve que Redwood Holdings est une coquille vide. Derrière elle se cache un consortium d'une douzaine d'investisseurs, principalement basés dans des paradis fiscaux. Mais le vrai pouvoir, ceux qui tirent les ficelles, ce sont des hommes liés à des syndicats de paris illégaux en Asie du Sud-Est. »

James absorba l'information. Cela changeait tout. Ce n'était pas simplement de la corruption footballistique. C'était du blanchiment d'argent à grande échelle, avec le club comme véhicule.

« Pourquoi me donner ça ? » demanda-t-il.

Malenko retira sa main de l'enveloppe. « Parce qu'Ellis me devait une faveur. Et parce que j'ai besoin de quelqu'un au pouvoir quand ces gens tomberont. J'ai un jeune joueur, un attaquant de dix-neuf ans qui joue actuellement en Championship. Il mérite la Premier League. Quand vous aurez nettoyé ce club, vous aurez besoin de sang neuf. »

Le marché était clair. Une information contre une promesse de transfert futur. James connaissait ce genre de transactions – dans son monde précédent, elles s'appelaient des conflits d'intérêts. Mais ici, dans les bas-fonds du football anglais, c'était le seul langage qui fonctionnait.

« Je ne peux pas vous promettre un transfert », dit James en pesant ses mots. « Mais je peux vous promettre que votre joueur sera évalué à sa juste valeur, sans favoritisme ni tractations occultes. C'est tout ce que j'ai à offrir. »

Malenko rit doucement. « Vous êtes un homme étrange, monsieur Okafor. On vous offre la clé de la vérité et vous négociez comme un comptable. »

« Je suis un comptable. Avec un diplôme d'analyse de données. »

L'agent poussa l'enveloppe vers lui. « Prenez-la. Ellis aurait voulu qu'elle vous revienne. Mais je vous préviens : ces hommes ne jouent pas selon les règles. Ils ont déjà fait taire Ellis. Ils ont pris son fils. Que croyez-vous qu'ils feront à un directeur sportif sans expérience ? »

James glissa l'enveloppe dans sa veste, à côté de la photo de Cole et Travers. Son cœur battait fort, mais sa main ne trembla pas. « Ils peuvent essayer. »

Malenko se leva, ajusta sa veste. « Une dernière chose. Le consortium ne contrôle pas seulement Redwood. Ils ont des hommes dans toutes les strates du club. Des gens que vous voyez tous les jours. Des gens en qui vous avez confiance. Ellis l'avait découvert trop tard. »

Il se pencha, baissant la voix. « Votre directeur du football, Alan Travers ? Il n'est pas seulement un pion. C'est l'un d'eux. Il a été recruté il y a huit ans, après une dette de jeu qui aurait ruiné sa famille. Son rôle dans le schéma est plus important que celui de Cole. Beaucoup plus important. »

James resta figé. Travers. L'homme qui l'avait accueilli à son arrivée, qui avait semblé si compétent, si loyal. L'homme avec qui Anna Whitfield s'était disputée avant de disparaître.

« Pourquoi me révéler ça maintenant ? Pourquoi ne pas avoir donné cette information à Vance ? »

Malenko marqua une pause. « Ellis le savait. C'est pour ça qu'il préparait son rapport. Et c'est pour ça qu'il est mort. Travers ne pardonne pas la trahison. Faites attention à qui vous tournez le dos, monsieur Okafor. Même dans votre propre camp. »

Il se retourna et sortit du café sans un regard en arrière, avalé par la pluie.

James resta assis un long moment, l'enveloppe pesant dans sa poche comme un morceau de plomb. Diane Cross s'approcha, glissant une chaise à sa table. « Qu'est-ce qu'il vous a dit ? »

James ouvrit l'enveloppe. À l'intérieur, des photos satellites d'un port à Batoumi, en Géorgie. Une adresse manuscrite. Et une liste de noms avec des montants en face de certains. Le nom d'Alan Travers apparaissait en deuxième position, avec une somme à six chiffres à côté.

« Il m'a dit que notre directeur du football travaille pour l'ennemi. Et il m'a donné l'adresse où Ellis pensait que son fils était détenu. »

Diane examina les documents, son visage professionnel ne laissant transparaître aucune émotion. « La femme de Vance habite à cinq minutes d'ici. Vous la voyez toujours ? »

James hocha la tête, rangeant les documents. « Encore plus maintenant. Il faut que quelqu'un sache qui était réellement son mari. Et ce qu'il a découvert. »

Dehors, sous la pluie battante, James sentit le poids de la situation s'abattre sur lui. Le club était miné de l'intérieur. Cole était un pantin, Travers un traître, et le consortium qui tirait les ficelles avait déjà prouvé qu'il était prêt à tuer pour protéger ses intérêts. Ellis Vance avait payé cette vérité de sa vie. Son fils la payait encore.

James sortit son téléphone. Un message de Cole, reçu dix minutes plus tôt : « J'espère que vous avez préparé vos valises. Le vote sur le stade approche. Attendons de voir qui sera encore en poste après. »

Il sourit froidement, rangeant le téléphone sans répondre. Cole pensait encore que cette partie se jouait sur la place publique, avec des articles de presse et des votes. Il n'avait pas compris qu'elle se jouait déjà dans l'ombre, avec des vies humaines et des secrets mortels.

James se tourna vers Diane. « Allons voir Mme Vance. Il est temps que quelqu'un lui dise la vérité sur son mari. »

Diane hocha la tête, mais son regard s'attarda sur l'adresse de Batoumi. « Et pour le fils ?

— Nous n'avons pas encore les moyens de monter une opération de sauvetage. Mais bientôt. Très bientôt. »