Le Piège des Données
Lire le chapitre 12: A Hidden Ally
La pluie battait le toit de tôle de l’entrepôt de Rotterdam quand Diane Cross lui ouvrit la porte. Elle ne portait pas son manteau habituel, seulement un gilet pare-balles par-dessus un pull noir. Son regard en disait long.
— Il est là, James. Troisième salle, au fond. Vivant.
James s’avança dans le couloir humide, sentant l’odeur de moisi et de gas-oil. Il avait brûlé son passeport professionnel, pris un vol low-cost sous un faux nom, laissé son téléphone à Londres. Si la menace sur sa fille était réelle, chaque minute comptait.
— Vous êtes sûre que ce sont bien les hommes de Malenko qui le gardent ?
— Non. Ce sont des hommes à Redwood. Mais ils ont le même logiciel de survie : des mercenaires payés pour surveiller, pas pour se battre.
James marqua une pause devant la porte métallique. Il posa sa main à plat.
— Le plan, c’est toujours le mien ?
— Vous déclenchez l’alarme incendie, je coupe la caméra du couloir, vous entrez par le conduit d’aération latéral. Deux gardes. Un dans la salle, un dans le couloir. Vous avez trente secondes entre les deux rotations.
— Et si ça tourne mal ?
Diane sortit un pistolet à impulsion électrique de sa ceinture.
— Alors je fais du bruit. Mais vous, vous courez.
James acquiesça. Il retira sa veste, ne gardant qu’une cagoule et des gants noirs. Le conduit était étroit, métal froid contre ses épaules. Il rampait en silence, comptant les secondes dans sa tête.
Quand il tomba de l’autre côté, un homme était adossé au mur, un sandwich à la main. James l’atteignit avant qu’il ne puisse crier, une prise sous la mâchoire, et le corps s’effondra.
Au centre de la pièce, un jeune homme d’environ vingt-cinq ans était ligoté à une chaise métallique. Son visage portait les traces de plusieurs semaines de captivité — barbe épaisse, yeux creusés, pommettes saillantes. Mais c’était bien lui.
— Ben Vance ?
Le jeune homme leva la tête, les yeux écarquillés.
— Qui… qui êtes-vous ?
— Je suis James Okafor. Votre père travaillait pour mon club. Je suis là pour vous sortir.
Le garçon secoua la tête, un rire amer mourant dans sa gorge.
— Mon père ? Mon père est un menteur. Il m’a vendu, espèce d’idiot. Il a vendu mon propre sang à Redwood pour couvrir ses paris.
James resta figé.
— Quoi ?
— Ellis Vance. Le grand enquêteur. Le héros. Il a détourné douze millions du fonds de rénovation du stade. Quand les hommes de Redwood ont découvert, ils ont exigé que je serve de garantie. Mon père a accepté. Il leur a dit que je savais où était la preuve. Je ne savais rien. Je n’ai jamais rien su.
La voix du garçon se brisa.
— Ils m’ont gardé en vie parce qu’ils pensaient que j’allais les mener à la preuve. Mais il n’y a pas de preuve.
James s’accroupit devant lui, les yeux dans les siens.
— Votre mère m’a dit que vous étiez mort. Assassiné.
Ben soupira, épuisé.
— Maman est dans le déni. Elle vit avec l’idée qu’il y a un héros quelque part, un martyr qui va tout réparer. C’était plus facile pour elle de croire que j’étais mort que de regarder la vérité : son mari est un escroc.
Dans la poche de James, son téléphone vibra. Diane. Deux minutes avant le changement de garde. Il défit les liens de Ben.
— On parle plus tard. Venez.
Ils rampèrent dans le conduit, Ben tremblant de froid et de peur. Quand ils atteignirent la sortie latérale, Diane les attendait dans une camionnette, moteur tournant.
Alors qu’ils filaient vers l’aéroport régional de La Haye, Ben sortit de sa poche un vieux téléphone à rabat.
— C’était à mon père. Il l’a caché dans ma valise avant de me livrer à ces gens. Il semblait penser que c’était une sorte de protection. Vous savez ce qu’il y a dedans ?
James regarda l’écran fissuré. Un dossier audio. Une conversation entre Ellis Vance et un homme qui parlait anglais avec un net accent de l’est.
— « Tant que le garçon est vivant, vous ne toucherez pas à mes parts des bénéfices. Je tiens la liste rouge. Cette liste, c’est mon assurance vie. »
La voix de Vance.
James serra la mâchoire. Son instinct de consultant l’avait tenu en éveil. Trois semaines qu’il poursuivait une conspiration. Et pendant tout ce temps, l’architecte était celui qu’il venait de venger.
Il regarda Ben.
— Votre mère croit encore en lui.
Le garçon garda les yeux fixés sur la route défilante.
— Ma mère a besoin de croire en quelqu’un. Ce sera toujours mieux que de croire en la vérité.
James ne répondit pas. Il pensait à la veuve Vance, aux documents qu’elle lui avait remis avec dignité, aux larmes dans sa cuisine à Wilmslow. Il pensait à sa propre fille, à sa propre sécurité.
À l’arrière de la camionnette, la pluie de Rotterdam continuait de tomber. Le témoignage de Ben ne racontait plus une histoire de victimes. Il racontait une histoire de traîtres.
Et maintenant, James tenait une preuve que nul n’avait jamais eue. Une preuve qui brûlait tout le monde.
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