Le Piège des Données
Lire le chapitre 7: A Costly Victory
Le stade entier retint son souffle. James Okafor, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, regardait le ballon se poser proprement sur l'aile droite, exactement là où les données l'avaient prédit. Soixante-douze pour cent de probabilité de réussite sur cette phase. Marcus Cole, dans la tribune présidentielle, affichait ce sourire qu'il réservait aux matchs qu'il croyait gagnés d'avance.
Ce soir, l'analyste l'emportait.
Sur le terrain, la nouvelle recrue — un jeune ailier venu de Hull, acheté pour un tiers de sa valeur marchande grâce aux algorithmes de Priya — déstabilisa son défenseur d'une feinte de corps parfaitement exécutée. Le public se leva. Le centre arriva dans la surface comme une lettre à la poste, et le capitaine Tommy Blanchard, oubliant son genou fragile et ses heures de négociations secrètes, s'éleva dans les airs.
Le ballon heurta le fond des filets.
Une explosion de bruit. James ferma les yeux une seconde, savourant ce moment fragile où le football avait répondu présent, où la logique pure avait battu les arrangements mafieux. Sur le banc, ses entraîneurs — engagés vingt jours plus tôt, une révolution aux yeux des médias — s'étreignaient comme s'ils venaient de remporter la Coupe.
Dix-huit minutes plus tard, tout bascula.
Un contact anodin. Un joueur adverse qui s'effondre comme si une pelleteuse l'avait percuté. L'arbitre siffla, le bras pointé vers le point de penalty. James se pencha en avant, les yeux fixés sur l'homme au sifflet, et son sang se glaça.
Clive Hastings.
Le même officiel dont Diane Cross avait trouvé la trace dans les transactions de Redwood Holdings. Le même homme qui lui avait avoué avoir orchestré une suspension contre un joueur récalcitrant. Le même arbitre dont le nom figurait sur la note d'Ellis Vance.
« Salaud », murmura James entre ses dents.
Autour de lui, le banc explosa de protestations. Le quatrième arbitre criait, les joueurs encerclaient l'arbitre, mais Hastings ne vacilla pas. Il sortit un carton jaune, puis un rouge pour Kimura, le fils de l'ancien propriétaire japonais, coupable d'avoir crié trop fort. Deux décisions en trente secondes.
Le penalty fut transformé. Le score passa à 1-1, puis le match s'enlisa dans un harcèlement sifflé par tout le stade. À la quatre-vingt-huitième minute, Hastings accorda un deuxième penalty pour une main fantôme à quarante mètres de la surface.
Le gardien plongea du bon côté, mais le ballon était trop puissant.
2-1.
Le coup de sifflet final retentit comme un coup de massue. Le public hurla sa colère, des canettes volèrent vers la pelouse. James resta immobile, les poings serrés, le visage de Clive Hastings gravé dans sa rétine.
Dans le couloir menant aux vestiaires, le chaos régnait. Des machines à café renversées, un joueur donnant des coups de pied dans une porte, une infirmière pressant de la glace contre l'épaule de Kimura. James se frayait un chemin à travers cette colère légitime quand une main attrapa son bras.
C'était Youssef Benali, l'arrière latéral formé au club, trentième homme de l'effectif — un joueur dévoué que personne n'avait jamais soupçonné. Son visage était pâle, ses yeux agités.
« Monsieur Okafor », souffla-t-il en tirant James dans un placard à serviettes. « Il faut que vous veniez maintenant. »
« Benali ? Qu'est-ce que— »
Le joueur tenait un téléphone dans sa main tremblante. Un vieux téléphone à clapet, visiblement acheté pour trois fois rien dans une épicerie de quartier. L'écran affichait un message, une unique ligne de chiffres et de lettres :
*Ils ont mon fils.*
James relut le texte. Ses yeux remontèrent vers Benali, qui baissait la tête. Le jeune homme avait une paume moite, les yeux rouges, la respiration saccadée. Dehors, la clameur du stade s'éteignait peu à peu, remplacée par les coups sourds des projecteurs.
« Qui t'a donné ce téléphone, Benali ? » demanda James d'une voix calme, dangereusement calme.
« Le kiné de l'équipe adverse. Il me l'a glissé à la mi-temps. Il a dit... il a dit de vous le donner directement. Que vous sauriez quoi faire. »
« Ce n'est pas avec moi qu'ils veulent parler, n'est-ce pas ? C'est avec Ellis Vance. Et Ellis Vance est mort. Alors dis-moi, Benali, qui est le père de cet enfant ? »
Le joueur releva la tête, les yeux brillants de larmes qu'il se refusait de laisser couler.
« Ils ont pris le fils du kiné », murmura-t-il. « Le kiné s'appelle Alan Travers, non. Il s'appelle Peter Travers. C'est le frère d'Alan. Et son fils a sept ans. »
James ferma les yeux. Le téléphone vibra dans sa main. Un second message apparut :
*Toujours en vie. Pour l'instant.*
Dehors, les célébrations du club adverse résonnaient à travers les murs en béton du stade. James regarda Benali, puis le téléphone, puis les portes battantes du vestiaire où ses joueurs hurlaient leur frustration. Il pensa à la petite fille de la gouvernante d'Anna Whitfield. Il pensa à la vidéo qui le montrait devant la maison de Cole. Il pensa à Ellis Vance, noyé avec son enveloppe dans la poche.
« On va leur rendre la monnaie de leur pièce », dit James. Sa voix était ferme, presque calme. « Mais d'abord, dis-moi tout ce que tu sais sur le frère d'Alan Travers. »