Le Poison Doré
Lire le chapitre 31: The False Confession
La salle des Glaces était une fournaise de lumière et de murmures. Marguerite se tenait à deux pas derrière la Duchesse, les mains serrées dans les plis de sa robe, et regardait Madame de Soissons traverser la foule comme un vaisseau de guerre. La mère de la Duchesse portait une robe de velours pourpre, trop jeune pour elle, et un sourire qui ne touchait pas ses yeux.
« Ma fille, » dit-elle en tendant les deux mains, « quelle joie de te voir si éclatante. »
La Duchesse ne prit pas les mains. « Mère. Nous avons à parler. »
Madame de Soissons inclina la tête avec une grâce feinte. « Bien sûr. Le petit cabinet, peut-être ? Les murs ici ont trop d'oreilles. »
Marguerite sentit le regard de la mère glisser sur elle comme une lame. Un instant, juste un instant, elle vit quelque chose dans ces yeux—pas de la peur, mais de l'évaluation. La mesure d'un adversaire.
Dans le petit cabinet, l'air était plus lourd. Le docteur Beaumont s'était posté près de la fenêtre, le faux exemplaire des Écritures dans sa sacoche. Marguerite sortit le registre et le posa sur la table sans un mot.
Madame de Soissons le regarda, puis leva les yeux vers sa fille. « Et qu'est-ce que c'est ? »
« Le registre véritable de l'apothicaire Aubin, » dit la Duchesse. « Celui que tu croyais brûlé avec lui. »
Il y eut un silence. Un long silence. Marguerite observa le visage de la mère—la façon dont sa pommette droite tressaillit presque imperceptiblement.
« Ma chère enfant, » dit enfin Madame de Soissons avec un rire clair et faux, « tu as toujours eu une imagination débordante. Que prétend ce registre ? »
« Que tu as acheté un remède, » dit la Duchesse lentement, « pour "mettre une fille au lit." »
Madame de Soissons ne cilla pas. Elle se tourna vers Marguerite avec une expression de pitié exquise. « Et c'est cette servante qui t'a raconté cela ? Ma pauvre fille. On t'a bien manœuvrée. »
Marguerite sentit le sang lui monter aux joues, mais elle se tut.
« Je te connais, Dorothée, » continua la mère en se rapprochant de la Duchesse. « Tu as toujours été sensible. Trop confiante. Cette fille—» elle désigna Marguerite d'un mouvement du menton, « —a vu une occasion de s'élever. Elle a fabriqué des preuves. Elle a inventé une conspiration. »
« Les écritures de l'apothicaire, » dit sèchement Beaumont, « ne se fabriquent pas. »
Madame de Soissons se tourna vers lui avec un sourire empoisonné. « Et vous, docteur. Depuis quand un médecin de province s'intéresse-t-il aux affaires d'une famille noble ? À moins que... » Elle laissa la phrase en suspens, son regard allant de Beaumont à Marguerite, puis à la Duchesse. « Je vois. Voilà le vrai complot, n'est-ce pas ? Une servante et un médecin qui montent une histoire pour s'attirer les faveurs d'une duchesse crédule. »
La Duchesse hésita. Marguerite la vit hésiter—le petit battement de paupières, le fléchissement des épaules. Un doute venait de s'installer.
« Mère, » dit la Duchesse d'une voix moins ferme, « le registre est authentique. »
« Que tu l'aies acheté à un charlatan après la mort de l'apothicaire, » dit Madame de Soissons avec une douceur affreuse, « prouve seulement ta crédulité. On a vu des faussaires plus habiles que cela. »
Elle se tourna vers Marguerite, les yeux plissés. « Dis-moi, servante. Combien as-tu payé pour ce faux ? Ou plutôt—combien le docteur t'a-t-il promis pour l'avoir ? »
Marguerite resta muette. Parce que, en vérité, le prix était cent louis d'or. Et qu'ils avaient obtenu cet argent par un chantage. La vérité avait des angles morts, et Madame de Soissons venait de plonger la main exactement dans l'un d'eux.
***
Ce soir-là, au bal, la rumeur avait déjà accompli son travail. Marguerite avait croisé trois regards fuyants, deux sourires en coin, et un murmure qui s'était tu à son passage. Mais quand Madame de Soissons monta sur l'estrade des musiciens et frappa dans ses mains, le silence se fit d'instinct.
« Mesdames et messieurs, » dit-elle avec un sourire de triomphe modeste, « je dois vous entretenir d'une affaire désagréable. Une voleuse s'est introduite dans notre intimité. »
Les yeux se tournèrent vers Marguerite. Elle voulut reculer, mais ses talons étaient cloués au parquet.
« Cette fille, » continua la mère, la main désignant Marguerite comme on montre une bête curieuse, « a volé des lettres personnelles dans ma chambre. Des correspondances intimes qui ne la regardaient pas. Et j'ai bien peur, » elle laissa le silence s'étirer, « qu'elle ne s'en serve pour faire chanter ma propre fille. »
Des exclamations. Des regards. La Duchesse, au bord de la piste de danse, était pâle comme sa robe.
« Mère, » dit-elle d'une voix étranglée, « ceci est une calomnie. »
« Une calomnie ? » Madame de Soissons sortit de son manchon une feuille pliée. « Voici une lettre que l'on a retrouvée dans ses effets. Dans sa chambre même, cachée sous son matelas. »
Marguerite sentit le sol se dérober. Sa chambre. La clé abandonnée dans le couloir. Quelqu'un y était entré.
La Duchesse prit la lettre d'une main tremblante. Ses yeux parcoururent la page, puis se levèrent vers Marguerite avec une expression que celle-ci n'avait jamais vue—une fracture.
« Marguerite... » souffla la Duchesse. « Pourquoi ? »
Marguerite voulut répondre, mais aucun mot ne sortit. Elle était prise au piège, enfermée dans une machination si propre, si parfaite, qu'elle ne voyait aucune issue.
Et puis une main se posa sur son épaule.
Marguerite se retourna. Lisette, la petite servante pâle, se tenait là, les yeux agrandis par la peur, et tenait une lettre froissée dans sa main tremblante.
« Mademoiselle, » murmura-t-elle d'une voix que l'assemblée entière pouvait entendre, « on m'a dit de vous la remettre ce soir. De la part de Claire. »
Claire. La disparue. L'ancienne femme de chambre de la Duchesse qui s'était évanouie dans la nuit.
Lisette lui poussa la lettre dans la main et recula, puis se fondit dans la foule avant que quiconque puisse l'arrêter.
Marguerite déplia le papier, ses yeux courant sur l'écriture irrégulière, pressée, comme écrite dans la peur.
La première ligne disait : « Je, Claire Martinet, sous la contrainte de Madame de Soissons, déclare avoir versé la teinture prescrite dans le vin de la Duchesse de Montfort, et que j'ai agi sur son ordre, contre mon gré. Que Dieu me pardonne, et que la vérité soit connue. »
Marguerite releva les yeux. Madame de Soissons la regardait, blanche comme la mort.
Le silence de la salle des Glaces n'avait jamais été aussi total. Et Marguerite tint la confession de Claire devant toute la cour de France, témoin de la vérité enfin révélée.
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