Le Poison Doré
Lire le chapitre 33: The Search for Claire
Le lendemain matin, Versailles était encore engourdi dans les brumes grises de l'aube. Marguerite se glissa hors de son lit sans réveiller la Duchesse, qui reposait enfin dans un sommeil agité après les confessions de la veille. Elle avait passé la nuit à retourner les mots de Claire dans sa tête. La jeune femme avait disparu, mais elle détenait la vérité ultime—celle qui pouvait sauver la Duchesse et réduire à néant les derniers complots de Madame de Soissons.
Elle trouva Beaumont dans la cour des Cerfs, comme convenu. Il portait un manteau de voyage et une expression déterminée.
« J'ai interrogé les gardes, lui dit-il à voix basse. Une jeune femme correspondant à la description de Claire a été vue quittant Versailles par la porte de l'Orangerie, il y a trois jours. Elle voyageait avec une carriole de marchandes de pommes. »
Marguerite hocha la tête. « Elle a dû se réfugier dans un couvent. Son frère est novice à l'abbaye de la Madeleine, hors de Paris. Elle avait parlé de lui, autrefois. »
Beaumont haussa un sourcil. « Vous n'aviez jamais mentionné cette information. »
« Je la réservais pour le bon moment. » Marguerite ajusta son bonnet et remonta son châle. « Le moment est venu. »
Le voyage dura près de trois heures. La berline cahotait sur les chemins boueux, escortée par les arbres dépouillés de la forêt de Meudon. Marguerite n'avait pas dormi depuis deux jours, mais l'adrénaline la maintenait éveillée. À chaque tournant de roue, elle revoyait le visage de la Duchesse s'effondrant sous le poids de la trahison maternelle, puis celui de Beaumont, dans le corridor, ses aveux à peine murmurés.
« Vous êtes bien silencieuse, fit-il remarquer.
— Je réfléchis.
— À quoi ?
— À ce que je dirai à Claire quand je la trouverai. Elle a peur, probablement. Peut-être qu'elle se croit poursuivie par les mêmes ombres que nous.
— Elle est poursuivie, Marguerite. La personne qui l'épiait ne l'a pas laissée disparaître par hasard. »
Le couvent de la Madeleine était un bâtiment de pierre grise, niché dans une vallée étroite à deux lieues de la capitale. Ses murs épais et ses volets clos semblaient absorber toute la lumière du ciel. Marguerite demanda à voir la sœur tourière et présenta ses lettres de créance auprès de la Duchesse. Le visage de la nonne s'assombrit.
« Je crains que la personne que vous cherchez ne souhaite pas être trouvée », dit-elle d'une voix de pierre.
Marguerite soutint son regard. « Sœur, je ne viens pas lui faire du mal. Je viens lui offrir une protection. Si elle est ici, c'est qu'elle est en danger. Et si vous la retenez contre sa volonté, vous la condamnez à une prison pire que celle qu'elle fuit. »
La sœur hésita, puis ses traits se détendirent imperceptiblement. « Attendez dans le parloir. Je verrai si elle consent à vous recevoir. »
Le parloir sentait la cire d'abeille et l'encens rassis. Marguerite s'assit sur un banc de chêne, les mains croisées. Beaumont restait debout près de la fenêtre, observant la cour intérieure où quelques novices arpentaient le cloître en silence.
Elle arriva enfin : une silhouette frêle dans une robe brune d'une propreté austère, cheveux cachés sous un voile blanc. Claire avait maigri, ses pommettes saillaient sous une peau transparente, mais ses yeux avaient conservé leur éclat vif, celui de la servante qui sait toujours ce qui se trame derrière les portes closes.
« Marguerite ? » Sa voix trembla. « Comment m'avez-vous trouvée ? »
Marguerite se leva lentement, paumes ouvertes. « Par votre frère, Augustin. Le novice qui vous a cachée ici. »
Claire blêmit. « Je ne l'ai pas impliqué. Si on lui pose des questions—
— Nous ne lui avons rien demandé. Le père abbé s'est montré plus bavard qu'il n'était prudent, à propos d'une jeune âme égarée qu'il protégeait. » Marguerite fit un pas en avant. « Claire, tout est fini. Madame de Soissons a été démasquée devant le Roi. Elle est exilée, exécrée par la cour entière. Vous n'avez plus rien à craindre d'elle. »
Claire secoua la tête, un rire amer au bord des lèvres. « Vous croyez que c'est elle que je crains ? »
Marguerite échangea un regard avec Beaumont. « C'est ce que j'avais cru comprendre. La confession que vous avez fait parvenir—
« La confession, oui. Je vous l'ai envoyée pour vous sauver, Marguerite, parce que vous étiez innocente. Mais je me suis enfuie pour une autre raison. »
Elle s'assit, épuisée, sur une chaise près de la cheminée éteinte. Marguerite la rejoignit, s'accroupit à sa hauteur.
« Alors dites-moi. Pourquoi avez-vous fui ? »
Claire baissa les yeux, ses doigts froissant le pli de sa robe. « Je n'ai pas été empoisonnée. Le danger qui me guettait n'était pas dans les fioles de l'apothicaire. »
Elle releva la tête, et ses yeux étaient ceux d'une femme qui a vu quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû voir.
« J'ai découvert que j'étais surveillée. Un homme, pas un garde, pas un laquais de la cour, mais un serviteur de la Comtesse de Grant. Il me suivait depuis des semaines. Il savait tout ce que je faisais, tout ce que je voyais, tout ce que j'entendais. Il connaissait le nom de ma mère, la couleur de la robe que je portais la veille. »
Marguerite sentit un frisson glacé lui descendre le long de l'échine. La Comtesse de Grant. Une figure discrète de la cour, une amie proche de Madame de Soissons, jamais impliquée dans les scandales publics, toujours présente dans les salons quand les secrets s'échangeaient à voix basse.
« Pourquoi la Comtesse s'intéresserait-elle à vous ? » demanda Beaumont.
Claire riva ses yeux à ceux de Marguerite. « Parce que j'avais vu quelque chose, cette nuit-là. La nuit où j'ai fui. J'étais au service de la Duchesse, je vous l'ai dit. Je l'aimais, elle était bonne avec moi. Mais j'ai surpris, dans le corridor du deuxième étage, une conversation entre deux femmes. L'une d'elles était Madame de Soissons. L'autre, c'était la Comtesse de Grant. Elles parlaient d'un projet qui devait se terminer par une mort lente à la cour. Elles parlaient de la Duchesse. Et elles parlaient de moi, comme d'un obstacle qu'il fallait écarter. »
La pièce parut se resserrer autour d'elles. Marguerite prit une inspiration.
« Vous connaissez le nom de la servante qui vous espionnait ?
— Elle s'appelait Louison. Une petite femme brune, les yeux noirs, une cicatrice sur la lèvre. Elle servait la Comtesse depuis dix ans. » Claire saisit la main de Marguerite avec une force inattendue. « Marguerite, elle m'a trouvée ici. Avant-hier. Elle est venue aux grilles du couvent et a demandé à me voir sous un faux nom. Les sœurs m'ont prévenue à temps, mais elle sait où je suis. Si vous restez ici, vous êtes également en danger. »
Marguerite serra la main de Claire dans les siennes. Un froid calcul s'installa dans son esprit.
« Alors vous allez revenir avec nous. Ce soir, devant le Roi et la cour réunie. Vous témoignerez de ce que vous avez entendu. Et si la Comtesse de Grant ose vous approcher, elle trouvera en moi une adversaire plus redoutable que tous les espions qu'elle a pu envoyer. »
Claire ouvrit la bouche pour protester, mais Marguerite la coupa.
« Vous avez peur. C'est normal. Mais la peur ne protège personne. Elle paralyse. Vous voulez voir Madame de Soissons partir en exil prochainement ? Vous voulez voir la Comtesse démasquée et la Duchesse vengée ? Alors venez. Venez et parlez. »
Dans le silence qui suivit, un des novices passa dans le couloir, ses sandales claquant sur les dalles. Claire ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, il y avait dans son regard une détermination neuve.
« Il me faut une robe convenable. Je ne peux pas témoigner devant le Roi en habit de novice. »
Marguerite se leva, une lueur féroce dans les yeux. « Nous vous trouverons une robe. Et nous trouverons peut-être aussi, en chemin, de quoi faire avouer à ce serviteur de la Comtesse le nom de la personne qui lui a donné ordre de vous suivre. »
Beaumont s'avança. « Vous ne croyez pas que c'est aller trop loin ? La Comtesse de Grant n'a jamais été compromis dans aucune affaire de poison. »
Marguerite se tourna vers lui, un sourire sans joie aux lèvres. « C'est bien pour cela qu'il faut s'en méfier, docteur. Ceux qui ne sont jamais impliqués dans les scandales sont parfois ceux qui les orchestrent en coulisses. »
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