Le Pont à l'Aube
Lire le chapitre 11: The Cellar
La clé tourna dans la serrure avec un grincement métallique qui sembla résonner dans toute la cave. Henri poussa la porte de l'orangerie, et l'odeur de poussière et de pommes pourries les enveloppa. La lune filtrait à travers les vitres brisées du toit, dessinant des flaques d'argent sur le sol de pierre.
— La combinaison, murmura Jack. 14-10-37.
Henri s'approcha du vieux buffet de chêne contre le mur du fond. Il fit glisser ses doigts sous le plateau, trouva la plaque de fer dissimulée. Trois cadrans, patinés par les années. Ses mains tremblaient légèrement tandis qu'il tournait les molettes. Un déclic sourd. Le panneau pivota sur des charnières cachées.
Jack siffla doucement. À l'intérieur, des caisses de bois empilées avec soin. Il en souleva le couvercle : des pains de TNT, enveloppés dans de la toile cirée, rangés comme des lingots. Plus loin, des détonateurs, de la corde de mèche lente en rouleaux serrés, et deux fusils-mitrailleurs Sten dont l'acier luisait encore de graisse.
— Le Baron n'a pas menti, dit Henri, la voix étranglée.
— Pas encore.
Jack commença à remplir les sacs de toile qu'ils avaient apportés. Des pains, des détonateurs, cinquante mètres de mèche. Quatre minutes de travail, pas plus. L'urgence cognait dans sa poitrine, aussi réelle que la sueur qui coulait dans son cou.
Un bruit au-dessus. Des pas. Plusieurs hommes. Des voix gutturales, des ordres brefs.
Henri figea, un pain de TNT à la main.
— Les Allemands, souffla-t-il.
Les pas résonnèrent dans le vestibule. Des bottes sur le marbre. Jack compta les voix. Au moins six, peut-être huit hommes. Il regarda la sortie de l'orangerie — un passage étroit qui donnait sur les jardins.
— Par là, dit-il en désignant une petite porte à l'opposé.
Ils chargèrent les sacs et se glissèrent vers la sortie. Jack poussa la porte.
Un garde allemand se tenait à trois mètres, son fusil en bandoulière, tourné vers la cour. Il entendit le grincement.
La seconde s'étira comme du caoutchouc. Le garde pivota, les yeux s'écarquillèrent, sa main chercha son arme.
Jack n'eut pas le temps de réfléchir. Son couteau de lancer fendit l'air avant même que sa pensée ne soit complète. La lame se planta dans la gorge du sentinelle. Un gargouillis horrible. Le corps bascula en avant, puis s'effondra dans l'herbe avec un bruit sourd.
— Merde, jura Jack entre ses dents.
Henri sortit derrière lui, les sacs lourdement chargés sur les épaules. Mais déjà, une voix s'élevait de l'intérieur. Un appel. Puis silence. Puis un cri, plus aigu.
— Otto ? Otto !
Une alerte stridente déchira la nuit. La cour s'illumina soudainement d'un projecteur surgi de nulle part, un faisceau aveuglant qui balayait les arbres.
— Cours ! cria Jack.
Ils sprintèrent vers la haie d'aubépines le long du mur d'enceinte. Derrière eux, la maison explosa en une ruche de lumière et d'aboiements. Des ordres en allemand, des courses, le cliquetis des arrières de culasses qu'on armait.
Jack passa sous la haie en premier, atterrissant dans un fossé humide. Henri le rejoignit dans un bruit de branches brisées. Le projecteur balayait le mur de pierre.
Dans la maison, une fenêtre s'ouvrit au premier étage. Jack leva les yeux. Le Baron de Vaulx, en robe de chambre, un garde le tenant par le bras. Leurs regards se croisèrent à travers les trente mètres qui les séparaient. Le Baron hocha presque imperceptiblement la tête, puis un officier allemand le poussa violemment hors de la vue.
— Hauptmann Brandt, annonça une voix qui portait bien à travers la cour. Le Baron a hébergé des espions. Emmenez-le. Interrogez-le. Que toute la zone soit quadrillée avant le lever du jour.
Henri fit un pas vers le mur, les yeux fous.
— Non, chuchota Jack en l'attrapant par la manche de sa veste en cuir. Tu ne peux rien faire pour lui.
— Il m'a sauvé la vie, haleta Henri. Je l'ai conduis à son exécution.
— Il a choisi ce risque, répondit Jack, la voix plate. Et nous avons des exploifs. Maintenant, on file.
Des coups de feu éclatèrent derrière eux, des balles sifflant au-dessus de leurs têtes. Jack tira Henri dans l'obscurité des champs, vers la zone marécageuse qu'ils avaient cartographiée à l'aube. La respiration rauque d'Henri le suivait comme un écho.
— Écoute-moi, chuchota Jack entre deux foulées. Dans une heure, toute la région saura que des hommes ont frappé le château. Après demain, il n'y aura plus aucun endroit où se cacher entre ici et le pont.
Henri ne répondit rien. Sa main serrait le sac d'explosifs comme s'il s'y agrippait pour ne pas tomber. Jack savait ce qu'il fallait voir : le Baron, les mains liées, les traits décomposés, un héros silencieux conduit à la mort. Jack ne connaissait que ce détail, désormais, pour sûr : le Baron les avait remis entre leurs mains, et maintenant il paierait le prix.
Derrière eux, les abois des chiens — deux bergers allemands qu'on lançait à leur poursuite.
— Il nous faut un plan B, dit Jack. Si Brandt bloque les routes de la zone avant l'aube, on ne pourra plus passer.
Henri s'arrêta net, se tournant pour faire face aux lumières du château après une dernière foulée de fuite. Sa voix était dure, presque cassée.
— Alors il faut trouver les hommes de main du Baron. La Résistance qu'il abritait dans les fermes du marais.
Jack releva ses sourcils, secouant déjà la tête.
— Tu les as perdus depuis des semaines. Ils sont introuvables.
— Non. Le Baron m'a dit où ils se cachent. Il ne m'a pas dit pourquoi ils s'étaient arrêtés de combattre.
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