Le Pont à l'Aube
Lire le chapitre 22: The Junction Box
L’odeur de la terre fraîchement remuée leur sauta au visage dès qu’ils s’accroupirent sous la toile de camouflage. La junction box était là, nichée dans l’excavation récente, un bloc d’acier graisseux bourré de câbles qui convergeaient comme des serpents vers un panneau de commande central. Le souffle de Jack se condensait en nuages rapides, sa fièvre faisant danser des points dorés au bord de sa vision.
Weiss se glissa devant eux, ses doigts déjà habiles sur les fermetures du boîtier. Henri braquait son pistolet-mitrailleur sur l’entrée de la tranchée, tandis que Claire couvrait l’arrière. Le paysage nocturne vibrait du grondement lointain des camions du convoi, qui s’était arrêté à trois cents mètres, comme prévu.
— Les charges enfouies, murmura Jack, la voix rauque. Tu m’avais caché ça.
Weiss haussa une épaule sans se retourner. — Vous ne m’avez pas demandé.
La fièvre faisait battre les tempes de Jack. Il s’accroupit près du panneau, forçant ses yeux à se concentrer sur le dédale de fils colorés. Bleu, rouge, jaune, noir. Chaque couleur une fonction, chaque fonction un piège mortel.
Weiss sortit un coupe-fil de sa poche de poitrine. Ses gestes étaient précis, presque nonchalants. Trop nonchalants.
— Le détonateur principal est alimenté par cette ligne rouge, dit-il en pointant un câble épais gainé de caoutchouc. Je la coupe, et le circuit est mort.
Jack retint sa main. — Et la ligne de secours ?
— Il n’y en a pas. Une seule ligne, un seul interrupteur.
Un mensonge. Jack le sentit dans ses os, le même instinct qui l’avait sauvé vingt fois depuis Omaha Beach. Il avait vu le schéma. Weiss l’avait montré lui-même dans la grange. De multiples lignes, des redondances, une conception de paranoïaque allemand.
— Vous mentez, dit Jack d’une voix douce. Sa main gauche tremblait, il la cacha sous son bras.
Weiss tourna la tête. Dans la pénombre, son sourire était une fente pâle. — Peut-être. Mais vous n’avez pas le temps de vérifier.
Il avait raison. Jack distinguait à peine les fils maintenant, sa vision se brouillant par à-coups. Il cligna des yeux, força, mais les couleurs dansaient et se mélangeaient.
— Henri, tu vois ce que je vois ?
Henri s’approcha, sa lampe masquée jetant un cône de lumière jaune sur le panneau. Il étudia le circuit, fronça les sourcils.
— Il y a un second relais, là. Sous la ligne rouge. Ce n’est pas sur le schéma.
— Bien vu, vieil homme, dit Weiss. Sa main disparut derrière son dos.
Jack bougea sans réfléchir. La fièvre ralentissait ses réflexes, mais l’instinct prit le relais. Il se jeta en avant au moment où la main de Weiss revenait, agrippant un Luger compact volé à quelque soldat mort.
Le coup partit, dévié par le choc de leur corps contre le boîtier. La balle s’écrasa dans la paroi de terre, trois centimètres au-dessus de la tête de Claire. Jack et Weiss roulèrent ensemble dans un enchevêtrement de membres, le métal froid du panneau heurtant les côtes de Jack.
La main de Weiss chercha sa gorge. Jack planté ses coudes, sentit le poids de l’Allemand, la rue lutte désespérée dans un espace où chaque centimètre était du temps perdu.
Henri était sur eux en une seconde, le canon de son MAT accueillit contre la tempe de Weiss.
— Arrête-toi, ou je te fais sauter la tête.
Weiss se figea. Sa respiration sifflait entre ses dents serrées.
— Quelque chose — murmura Claire.
Un bruit électrique, un bourdonnement aigu qui montait du boîtier. Et puis un déclic sec, presque intime.
Jack se força à regarder. Dans la chute, le coupe-fil était resté enfoncé dans le panneau, là où Weiss l’avait laissé après avoir dénudé un fil. Pas la ligne rouge. La ligne bleue. Et le fil bleu, sectionné, avait libéré un petit levier qui s’était enclenché dans une position différente.
En dessous, une ampoule minuscule clignotait en rouge.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Henri.
Jack attendit que son cerveau en feu réussisse à assembler les pièces. Il avait vu ce genre de système une fois, dans les briefings avant le jour J. Les Allemands utilisaient des alarmes inversées : le couper en silence donnait le signal.
Weiss rit. Un bruit brisé, presque amusé.
— Ça veut dire qu’ils savent, souffla Jack, le cœur battant à tout rompre. Quelque part, dans leur poste de commandement, une cloche est en train de sonner. Ils savent que quelqu’un tripote leur belle junction box. Et dans deux minutes, ils seront là, avec tout ce qu’ils ont.
Dans le lointain, le ronronnement des camions du convoi changea de tonalité. Des moteurs s’emballèrent. Des ordres aboyés par des haut-parleurs déchirèrent la nuit.
Henri retira son arme de la tempe de Weiss, le visage sombre.
— On ne finit pas le travail ?
Jack regarda le boîtier mutilé, la ligne rouge toujours intacte, le détonateur toujours armé, la charge toujours en place. Il n’y avait plus le temps. Plus ce genre de temps.
Un tir de mitrailleuse déchira les airs au-dessus de leurs têtes, cognant des étincelles sur le métal au-dessus d’eux.
— On court, dit Jack, tirant Henri par l’épaule. Maintenant.
Ils jaillirent hors de l’excavation comme des rats dans les ténèbres, avec seulement le poids de l’échec derrière eux, et devant eux, toute une armée qui accourait vers le pont.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.