Le Portrait Caché
Lire le chapitre 12: Revelations
La pluie battait contre les vitres de la maison normande quand Claire poussa la porte de la chambre de son père. L'air sentait la maladie et le renfermé. André Dubois était assis dans son lit, les mains nouées sur le drap, le visage creusé par des semaines de souffrance.
Il leva les yeux. « Tu es revenue. »
— J'ai trouvé quelque chose. À Montmartre.
Elle sortit le certificat de naissance de son sac. Le papier était jauni, les bords effrangés, mais l'encre restait nette : *Née le 3 avril 1959, Claire M. Fille d'Élodie Verger et d'Auguste M.*
André la regarda sans comprendre. Elle le lui tendit.
Il l'examina longuement. Ses doigts tremblaient, mais ce n'était pas la maladie. C'était autre chose. Une peur ancienne.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Mon acte de naissance. Je suis la fille d'Élodie Verger et d'un artiste nommé Auguste. Pas la tienne.
Le silence s'étira comme un fil qu'on tire jusqu'à ce qu'il casse.
— C'est impossible, dit-il enfin, la voix rauque.
— Vous m'avez dit que vous m'aviez recueillie orpheline. Vous m'avez dit que ma mère était morte en couches et que personne ne voulait de moi. C'est encore un mensonge ?
André ferma les yeux. Ses paupières étaient fines comme du papier de soie.
— Je t'ai trouvée dans un orphelinat à Rouen. C'est la vérité. En 1959, j'étais jeune restaurateur, je travaillais pour un marchand qui faisait des dons à l'institution pour défiscaliser. Une sœur m'a montrée toi. Une petite chose qui hurlait, seule dans un berceau. Elle m'a dit que ta mère était morte en accouchant et que le père avait disparu. Personne n'avait réclamé l'enfant.
— Et vous m'avez adoptée.
— Pas officiellement. C'était plus simple à l'époque. J'ai payé, j'ai signé des papiers, tu es devenue Claire Dubois. Je ne savais pas qui étaient tes parents biologiques. Je te le jure sur ma vie.
Claire serra le certificat au creux de sa main. Sa paume était moite, son cœur battait trop vite.
— Vous ne connaissiez pas Élodie Verger avant 1978 ?
— Non. Je l'ai appris en restaurant le portrait de Laurent. Quand j'ai compris ce que je cachais sous cette couche de peinture, j'ai voulu refuser. Laurent m'a montré une photo d'elle. Il m'a dit qu'elle était morte. Il m'a dit que c'était elle sur le portrait caché, et que je devais la recouvrir à jamais.
— Il vous a payé pour mentir.
André hocha lentement la tête. Ses yeux s'embuèrent.
— J'ai cru que je protégeais quelqu'un. Je ne savais pas qui. Je ne savais pas que c'était toi.
La pluie redoubla. Claire s'assit au bord du lit. Elle voulait le haïr, le tenir responsable de toute cette construction de mensonges, mais sa main était si frêle posée sur le drap.
— Pourquoi m'avez-vous cherchée à l'orphelinat ? Qu'est-ce que vous cherchiez ?
— Je ne cherchais rien. C'est toi qui m'as choisi. Tu t'es accrochée à mon doigt avec une force incroyable. La sœur a ri, elle a dit : *Elle sait ce qu'elle veut, celle-là.*
Les larmes coulaient sur ses joues, creusant des sillons dans sa peau ridée.
— Et j'ai pensé : c'est une battante. Elle a survécu à la mort de sa mère, elle survivra à tout. Je n'ai jamais su pour Élodie Verger. Jamais.
Le téléphone de Marc vibra dans la pièce voisine, un bourdonnement insistant. Ils se regardèrent. Marc décrocha, puis son visage se figea.
— Allô ?
Une voix métallique traversa l'appareil, assez forte pour que Claire en distingue des bribes. *— … si vous continuez à fouiller… vous le regretterez… l'affaire est close…*
Marc écouta, les mâchoires serrées. Il raccrocha sans répondre.
— Qui c'était ?
— Aucune idée. Le numéro est masqué. Mais il sait qui je suis, il sait pourquoi on est ici. Il a dit de laisser tomber les *Verger* ou on s'occupera de nous personnellement.
Claire se leva d'un bond. Le certificat froissé dans sa main, le portrait d'Élodie dans sa tête.
— Mon atelier.
Ils roulèrent en silence sous la pluie, l'asphalte brillant comme du verre noir. Quand ils arrivèrent devant l'immeuble, la porte de l'atelier était entrebâillée, la serrure forcée, le bois éclaté.
Claire poussa la porte lentement. Le désastre l'attendait : chevalets renversés, pots de pigments répandus en flaques violettes et ocre, tessons de verre sous ses semelles. Les étagères avaient été vidées de leur contenu. Ses carnets était éparpillés. Le chevalet central, celui où elle avait posé le portrait d'Élodie caché sous la peinture de Laurent, était nu.
— Non. Non, non, non.
Elle fouilla frénétiquement sous l'établi, où elle avait rangé le portrait dans une housse de protection avec le locket.
La housse avait disparu. Le portrait avait disparu. Le locket aussi.
Marc saisit son bras.
— Claire, il faut qu'on parte. Ils peuvent revenir.
— Ils ont pris le portrait, articula-t-elle d'une voix blanche. Ils ont pris le portrait de ma mère. Ils ont pris le locket.
Ses mains tremblaient. Elle se redressa lentement, les yeux parcourant la pièce dévastée, s'arrêtant sur chaque débris, chaque trace.
— La prochaine fois que je les croiserai, dit-elle d'une voix ferme, nouvelle, froide, je leur ferai regretter d'avoir touché à son visage.
Elle serra le poing sur le certificat de naissance.
— Je vais les retrouver. Portrait, locket, vérité. Tout. Et personne ne m'arrêtera.
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